Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La capacité d’agir et le développement des enfants dans les sociétés africaines

2011

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La réflexion sur les enfants s’est traditionnellement beaucoup inspirée des modèles de l’enfance très influencée par la socialisation et le développement. Les sociologues et les anthropologues, par exemple, ont examiné l’idée selon laquelle les enfants ont besoin de socialisation, d’abord par leurs familles et leurs proches, mais plus tard par l’école et les institutions communautaires, à travers lesquels ils acquièrent les compétences et les connaissances nécessaires à la vie adulte. Cette idée a complété les prémisses fondamentales de la psychologie du développement, la principale discipline qui a étudié l’enfance et l’a perçue comme une série d’étapes par lesquelles les enfants accumulent progressivement les compétences psychologiques et émotionnelles nécessaires pour devenir des adultes équilibrés. Toutefois, ces deux paradigmes ont récemment fait l’objet d’un débat critique soutenu. Les « nouvelles études sociales sur l’enfance » ont notamment mis un accent considérable sur les enfants en tant qu’« êtres » plutôt que des « devenirs », et sur le fait que la vie des enfants doit être étudiée hic et nunc, plutôt qu’en fonction de ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas devenir.

En conséquence, la capacité d’agir des enfants en tant que tels, est devenue une préoccupation croissante. La perception traditionnelle de l’enfance en Afrique est celle qui voit les enfants comme des êtres subissant passivement les impératifs du développement psychologique ou les exigences de participation à la société civile ainsi que l’accumulation des normes culturelles et sociales qui régissent la vie sociale. Cette perception est soutenue par la philosophie des sociétés traditionnelles très unies où les capacités inhérentes aux enfants en matière de processus de réflexion et d’initiative sont profondément subsumées dans les exigences et les aspirations des adultes. Cependant, cette situation a fortement évoluée suite aux transformations sociales et économiques dans un monde de plus en plus façonné par la globalisation.

En effet, l’histoire contemporaine de l’Afrique offre une illustration de la participation des enfants et des jeunes dans les luttes pour se libérer du joug de la colonisation, de l’apartheid ou de la dictature. La modernisation, découlant de la dynamique sociale interne et des pressions exogènes, a affecté les croyances et pratiques traditionnelles. Ce développement a cependant créé des tensions palpables entre les « traditionalistes » et les « modernistes », les gouvernements et les ONG (souvent à l’avant-garde du changement social), les adultes et les enfants, etc. Ainsi, la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE) concède formellement des droits considérables à l’enfance et met les enfants dans une position leur permettant de s’impliquer dans la détermination des aspects essentiels de leur vie. Par ailleurs, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en dépit de la position de soumission des enfants dans la société censée être plus conforme à notre culture africaine, n’en admet pas moins le changement social et ce qui en résulte, à savoir à bien des égards la capacité résultante des enfants à l’auto-détermination.

En réalité, les divers droits concédés aux enfants dans la CDE et la Charte africaine sont encore un sujet de dispute. Le Web ubiquitaire à travers le monde entier a élargi la portée mentale et les limites virtuelles des enfants africains. Tous ces facteurs ont accru la capacité de s’affirmer et d’être plus dynamiques dans les foyers et les communautés et ont renforcé leur instinct de survie et d’autoconservation. L’accent est par conséquent sur les compétences, les capacités et la créativité que les enfants possèdent, et comment ils prennent part à la vie dans le monde qui les entoure et comment ils manipulent celui-ci.

Cependant, les compétences croissantes des enfants africains sont-elles uniquement attribuables aux efforts faits au niveau local et mondial pour élargir les frontières de la puissance individuelle ? Ne sont-elles pas plutôt voire surtout le résultat involontaire de la pauvreté endémique qui pousse beaucoup d’enfants dans ce rôle de devoir prendre des décisions et faire des choix pour eux-mêmes, même s’ils ne possèdent pas la capacité suffisante pour le faire ? Après tout, la réalité sociale et économique de nombreuses sociétés africaines est que l’extrême pauvreté et la privation amène tout un chacun à être créatif et à développer des capacités nouvelles pour assurer sa propre survie supplémentaire pour la survie.

février 18 2011

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