Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La place de l’université africaine dans la construction d’un espace mondial de l’enseignement supérieur

6-7 décembre 2011, Rabat (Maroc)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir de vous informer de la tenue de la quatrième session de son initiative créée pour rassembler les doyens de facultés de sciences sociales et humaines. Dans le cadre de sa stratégie de soutien à l’université africaine, le CODESRIA a créé ce forum qu’il veut régulier et qui permet aux gestionnaires du système d’enseignement supérieur en général, et aux doyens des facultés de sciences sociales et humaines en particulier,

- 1. de réfléchir sur leurs expériences,
- 2. d’échanger des vues sur les défis communs auxquels ils font face,
- 3. d’apprendre les uns des autres,
- 4. et de tirer profit des solutions aux problèmes des uns et des autres de façon à leur permettre de trouver de nouvelles perspectives comparatives dans le domaine de l’enseignement supérieur inscrit dans une période de transition.

Chaque conférence doit déboucher sur la publication d’un ouvrage qui sera à la fois un constat et une déclaration sur l’état des sciences sociales et humaines en Afrique.

Le CODESRIA, à travers ses programmes, a été à la pointe de l’effort fait en Afrique pour contribuer au renforcement et au renouveau des sciences sociales et humaines, par des interventions diverses et multidisciplinaires. Partant du fait qu’aucune société ne peut espérer faire face aux défis de développement auxquels elle est confrontée si elle n’investit pas dans les sciences sociales et humaines, le CODESRIA a voulu donner une portée certaine à ses efforts programmatiques en lançant la conférence annuelle des doyens de facultés de sciences sociales et humaines des universités africaines. Cette initiative vient au moment où la direction académique et administrative des universités africaines traverse des changements multiples et variés, y compris le départ à la retraite d’un grand nombre de pionniers de la période post-indépendance et l’arrivée dans les fonctions de direction de la deuxième et troisième génération de chercheurs. La conférence encouragera une réflexion approfondie par ceux/celles qui, de par leur fonction dans le système universitaire, occupent des positions de premier plan dans la direction académique et administrative. Elle servira également à créer un réseau des doyens au-delà des frontières géographiques, linguistiques et de genre qui ont tendance à les séparer.

Pour la session 2011 qui se tiendra les 6 et 7 décembre, en marge de l’Assemblée générale de Rabat (Maroc), le thème choisi est La place de l’université africaine dans la construction d’un espace mondial de l’enseignement supérieur. Le contexte de la mondialisation est aussi celui de la construction d’un espace mondial de l’enseignement supérieur, dont les différents jalons ont, entre autres, été posés successivement par la Convention de Lisbonne élaborée par le Conseil de l’Europe et l’Unesco (1997), la Déclaration de la Sorbonne (1998), celle de Bologne (1999) et le sommet de Berlin en 2003. Il convient aussi de mettre en exergue le rôle majeur de l’UNESCO dans ces changements qui interviennent au niveau global comme le montrent par exemple les six conférences régionales sur l’enseignement supérieur (Cartagena de Indias, Macau, Dakar, New Delhi, Bucarest, Le Caire) ainsi que les Conférences mondiales de 1998 et 2009.

Cette nouvelle géographie qui se dessine dans le Nord impose, d’une manière ou d’une autre, des défis au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche en sciences sociales en Afrique. Le processus de Bologne, qui avait pour objectif de créer un espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche intégrant le paramètre de la mobilité et de la compétitivité, a fini par déborder de son lieu originel pour s’imposer, à travers la réforme LMD ou 3-5-8, à l’université africaine à un moment particulier de son histoire. En effet, un regard rétrospectif montre que la crise qui a secoué les économies africaines depuis la fin des années 70 et qui atteint son paroxysme dans les années 80 (les lost decades) a entraîné progressivement le délabrement et la déstabilisation de l’université africaine, affectant la recherche, surtout celle en sciences sociales. En fait, les problèmes de massification, de manque de financement et d’infrastructures, de baisse de la qualité, de fuite des cerveaux, de fin de monopole sur la production du savoir auxquels est confrontée l’université africaine compromettent gravement tant le renouvellement des connaissances et que celui du corps professionnel qui les produit.

C’est dans cette situation de précarité que l’université africaine s’intègre dans cet espace mondial de l’enseignement supérieur en construction qui la soumet au paradigme néolibéral et à la logique de la compétitivité, et ce, à un moment où le savoir devient une valeur incommensurable et le cerveau humain « la plus importante infrastructure de notre économie contemporaine » comme le disait Akilakpa Sawyerr.

A y regarder de plus près, cette réforme unificatrice qui fait peu cas de la diversité culturelle, a eu pour conséquence le fait d’occulter la dimension politique de l’université qui seule permet de prendre en charge les priorités de développement que se sont fixées les sociétés africaines. Ce phénomène qui voit l’université africaine s’inscrire dans la logique de l’espace ou du marché mondial de l’enseignement supérieur n’est-il pas l’expression d’une totale soumission à l’ordre économique et épistémologique dominant, lequel fait peu cas du pluralisme, de l’égalité et de l’équité ? L’université africaine ne risque-t-elle pas de plus en plus de devenir un lieu périphérique de production du savoir, voire un lieu de production de savoir périphérique ?

Comment remédier à cette situation et surtout quel rôle pour les sciences sociales dans l’affirmation d’une présence africaine crédible et de qualité dans le nouveau village global ? Comment les sciences sociales pourront-elles aller au-delà de la fragmentation et surtout, s’inscrire dans une ère post-disciplinaire pour prendre en charge la complexité des défis ? Comment, par le biais de la recherche en sciences sociales, créer de nouvelles solidarités entre différentes parties du continent permettant de mieux prendre en charge les besoins de développement de nos sociétés qui sont confrontées à la pauvreté, au sida, au changement climatique, aux problèmes d’environnement, d’inégalité de genre, etc. ? Comment, pour répondre à ces défis de nature variée, transformer le déficit en capital humain résultant de la fuite des cerveaux en une source d’opportunités pour l’université et la recherche en sciences sociales en Afrique ? Comment réfléchir sur ces différents défis sans s’interroger sur les mécanismes de financement de l’université qui participent à la construction de l’autonomie de la recherche ? En effet, aujourd’hui, l’essentiel du financement de la recherche en sciences sociales émane de bailleurs de fonds extérieurs au continent qui exigent de plus en plus une obligation de résultats en termes d’impact des activités de recherches qu’ils financent sur les politiques élaborées au niveau local, national ou régional comme sur les conditions de vie des populations africaines. Comment, dans ces conditions, surmonter le défi du financement en incitant les Etats africains, les organisations régionales et même les mécènes à financer la recherche en sciences sociales de telle sorte que les priorités soient les leurs et non celles des bailleurs de fonds ? La réflexion devra aussi s’intéresser à la place d’institutions régionales comme le CODESRIA, OSSREA, le projet d’université panafricaine de l’Union africaine (UA), le CAMES, dans ce nouveau contexte et par rapport à ces défis que le XXI° siècle impose à l’Afrique. De quelle manière l’action de ces organisations participe-t-elle a la création d’un espace africain d’enseignement supérieur et de recherche, un lieu de coordination et de mise en commun de ressources, de définition de curricula et programmes qui répondent mieux aux besoins de l’Afrique, et de négociation pour une place plus grande et un statut plus significatif pour l’université et la recherche africaine dans l’espace mondial ?

Il s’agira, in fine, lors de cette conférence, en s’aidant aussi d’une approche prospective, de réexaminer la mission de l’université africaine dans cet espace mondial de l’enseignement supérieur en construction, avec ses contraintes, ses défis mais aussi ses opportunités.

juillet 14 2011



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