Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La régulation internationale et la gouvernance en Afrique

2011

Nombre de visites : 2674

Au plan théorique, la régulation met en œuvre un ensemble de règles et procédures qui permettent d’élaborer et de structurer une réponse (action collective) à des facteurs qui ont conduit à des changements non désirés de situation. Originellement limitée à la sphère de l’économie réelle, elle a peu à peu conquis les théories de l’Etat, des institutions, du développement, de la gouvernance, etc., car la recherche d’équilibres non spontanés ne peut faire abstraction de la mise en place de certaines formes de régulation. .Par ailleurs, la gouvernance comme processus interactif qui met en jeu différents acteurs sur la base de la réflexion, de la prise de décision, et de l’évaluation des enjeux pour parvenir à la construction d’un projet collectif, renvoie nécessairement à une régulation entre ces différents acteurs. Ainsi autant la gouvernance suppose une certaine régulation, autant cette dernière doit faire l’objet d’une nouvelle gouvernance afin de corriger réellement les asymétries qu’elle est censée rectifier.

La récente crise financière internationale, qui a mis à mal des secteurs d’activités essentiels dans nombre de pays, montre les limites de la gouvernance mondiale tout en mettant en exergue la nécessité de sortir de l’« intégrisme de marché » et de repenser les mécanismes de régulation qui sont au cœur de la logique néolibérale et productiviste. Elle n’a fait que confirmer notre constat sur les autres grandes crises (1929, Seconde guerre mondiale, chocs pétroliers, etc.) qui ont, d’une certaine façon, remis en cause le caractère auto stabilisateur du marché et les instruments de régulation qui se sont imposés pour organiser la reprise économique et la reconstruction. Cependant, au-delà du fait d’encadrer le marché à l’échelle internationale, les instruments de régulation sont au service du mode de gouvernance hégémonique néolibérale et de fait régentent le monde. En effet, les instruments internationaux en perte de légitimité, tels le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et l’Organisation internationale du commerce (OMC), exigent de profondes transformations dans leur gouvernance globale sans oublier la mise en œuvre d’une coordination internationale des politiques économiques. Pour ce faire, il faut maîtriser les mécanismes et instruments de cette régulation pour comprendre comment se construit le maintien des inégalités structurelles qu’elle est supposée réduire.

Il suffit par exemple d’évoquer l’influence des multinationales dans le domaine de l’alimentation pour s’en convaincre. En effet, même si 90% des produits alimentaires restent dans le circuit de l’économie domestique, ce sont les multinationales contrôlant les 10% restant qui imposent leurs règles en fixant les prix et les modes de transactions que les producteurs subissent autant que les consommateurs. Dès lors que quelques firmes sont en mesure de dicter leur loi et de contrôler les instruments de régulation au plan international, le mode de gouvernance est bien en cause.

Trouver des alternatives est devenu un impératif d’autant plus que les interactions devenues fortes et facilitées par les avancées technologiques nous installent dans un village planétaire et font de la mondialisation un fait. Cette mondialisation s’accompagne d’une gouvernance à l’échelle internationale pour réguler les enjeux géopolitiques, économiques voire climatiques qu’elle suscite. Elle favorise des interactions transfrontalières entre les peuples et des liens d’interdépendance entre les Etats. En effet, le développement des marchés globaux pour les échanges de biens, de services, de capitaux et de technologies et leurs conséquences sur le plan environnemental nécessite une régulation globale de la planète. Contrairement à la pratique actuelle, celle-ci devrait être basée sur une coopération démocratique et solidaire, avec pour finalité d’assurer le bien-être des populations quelques soient les orientations idéologiques des Etats dans lesquels elles vivent.

Il y a donc lieu de repenser les modèles de régulation dans une approche holiste qui ne mette pas en exergue la seule dimension économique et surtout qui prenne en compte l’Afrique qui aujourd’hui ne laisse indifférente aucune puissance et constitue un élément essentiel de la géopolitique mondiale. Le continent attire en effet plus que jamais la demande mondiale en matières premières, en raison de son immense potentiel en ressources naturelles de toute nature sans parler des larges superficies qui restent sous-exploitées voire inexploitées par l’agriculture. C’est ainsi que 30% des richesses mondiales se trouvent dans le sous-sol africain. Cependant, bien que l’Afrique, grande exportatrice de matières premières, ait connu une hausse significative de son produit intérieur brut (PIB), surtout pour les exportateurs nets de pétrole et de diamant, elle n’en est pas moins fragilisée par l’existence même de ces ressources, par le faible contrôle sur ces dernières et leur faible niveau de transformation sur place, sans oublier l’impact de la nature des instruments de régulation... De par son poids/potentiel économique, l’Afrique doit peser davantage dans la gouvernance mondiale.

Outre les instruments de régulation imposés à l’Afrique à l’échelle internationale via divers mécanismes (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale pour le Commerce, Accords de Partenariat Economique, etc.), l’intégration économique sous régionale et régionale se réalise progressivement par le biais d’une régulation choisie qui s’exprime dans des cadres politiques tels la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Southern African Development Community (SADC) ou l’Union africaine (UA). Les organismes régionaux d’intégration et l’UA se posent également de plus en plus comme garants des processus démocratiques dans les pays du continent comme le montrent leur implication en vue de trouver une solution à la crise ivoirienne. Sans remettre en cause la souveraineté nationale, la surveillance des processus électoraux et les différentes formes d’arbitrage post-conflit conduisent à valoriser une masse critique de références partagées obligeant les protagonistes à dialoguer et à respecter les libertés démocratiques. De nombreux acteurs non gouvernementaux s’impliquent et s’imposent dans la régulation politique en jouant un rôle de plus en plus fort dans l’observation des processus démocratiques à l’échelle du continent. Cette régulation qui s’inscrit ainsi au cœur de la gouvernance fait cependant débat puisque qu’elle est considérée par certains comme une opportunité et par d’autre comme une contrainte notamment lorsqu’elle prend le caractère d’une conditionnalité politique pour l’atteinte des objectifs de développement social en Afrique.

Il faut donc s’arrêter sur les choix de régulation ainsi que les instruments, tant au plan économique que politique, pour mieux appréhender la gouvernance et ses enjeux en Afrique.

Les sous thèmes à traiter pendant l’institut seront les suivants :

- Les théories de la régulation et les relations internationales sous l’angle des processus de développement sur la longue durée : les implications sur la gouvernance en Afrique
- Les Etats-Nations, la problématique des frontières et les conditions de régulation politique.
- La transition démographique et la problématique de la dividende démographique en Afrique : projections démographiques, perspectives de développement et régulation de la croissance économique.
- L’Afrique, le marché mondial, les Accords de Partenariat Economique (APE)
- Les multinationales et leurs influences sur les institutions de régulation internationale : leurs impacts sur l’Afrique (le cas de l’agriculture et l’alimentation à l’OMC).
- Les instruments et disposition de régulation politique en Afrique : observatoires des processus démocratiques, modes d’arbitrage des conflits, prise de position sur les événements en Afrique.
- Les échanges intra-africains, le marché africain et sa régulation
- Les institutions régionales d’intégration africaine (CEDEAO, CEMAC, UEMOA, SADC, UMA, IGAD, etc.) : leçons apprises des régulations régionales par les politiques sectorielles et par les instruments budgétaires.
- La régulation par l’aide au développement
- Les instruments nationaux de régulation sectorielle
- L’autorégulation : la croissance inclusive ; la coproduction des politiques publiques par les types d’acteurs (Etat, secteur privé, société civile, mouvements sociaux)
- Cohérence des politiques publiques : comparaison de la gouvernance par la régulation entre l’Afrique et les autres continents.
- L’Afrique, les Pays/pouvoirs émergents et les défis de la gouvernance mondiale

avril 19 2011

Bibliographie PDF 973.2 ko


Commentaires