Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Enterrant Mandela pour mieux liquider l’humanité

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Ce qui suit fut inspiré, en partie, par un article « Terrorisme publicitaire » paru dans Le Monde. (26 octobre 2013), écrit par Hans Magnus Enzensberger –traduit de l’allemand par Frédéric Joly. Selon ma lecture, l’auteur illustre comment l’humanité s’est retrouvée prisonnière d’un mode de vie carcéral dicté par un petit groupe dont les racines, contrairement à l’argument de l’auteur, vont beaucoup plus loin que le 19ème siècle et la naissance de l’industrie manufacturière de l’Europe.

La publicité telle qu’elle existe aujourd’hui par le biais quasi invisible mais pesamment présente, pressante par l’internet fait penser que son existence est récente alors que celle-ci s’étire depuis les temps où un petit groupe (parfois il suffit d’une seule personne, si on se fie aux mythes les plus antiques) décide de s’approprier pour son propre compte des bienfaits venant d’un travail collectif. La lutte entre ce qui s’appelle aujourd’hui le privé et le public est plus que millénaire.

Dans son roman, KMT—In the House of Life—An Epistemic Novel, l’écrivain Ghanéen Ayi Kwei Armah a imaginé comment, longtemps avant l’ère chrétienne, les scribes, maîtres et gardiens de la production et reproduction des savoirs dans l’Égypte Pharaonique, concevaient cette charge. Pour les uns, il s’agissait d’un privilège à faire fructifier en vue de concentrer le pouvoir ; pour d’autres, cette charge devait être mise à profit pour servir la communauté. Concrètement, la division entre les deux conceptions s’est traduite par, d’un côté, les gens des pyramides et de l’autre les gens des sphères. D’un côté la construction d’une société pyramidale, renforcée par l’individualisme, et de l’autre une société construite autour de principes communautaires de solidarité. Du temps de l’Égypte des Pharaons, Ayi Kwei Armah nous fait observer les tensions entre les tenants de l’appropriation du pouvoir à des fins individuelles et ceux qui estimaient que l’accès au savoir devait toujours servir les intérêts de tous, de manière solidaire.

Cette contradiction entre les individualistes et les solidaires s’est manifestée au cours des siècles de manières diverses. Aujourd’hui le débat qui fait rage et qui divise la planète a été formaté par le biais de l’interprétation de la Constitution des Etats-Unis qui a fait du privé une forteresse autour de laquelle se retrouvent des gens qui, idéologiquement, seraient autrement opposés. Aujourd’hui, grâce au courage d’une personne, Edward Snowden, on se rend compte que la conscience de l’humanité continue d’être vigilante et fait penser au temps du conflit imaginé par Ayi Kwei Armah entre les gens de la sphère et les gens des pyramides de l’Égypte Ancienne.

Le domaine privé des conquis des Amériques et des Caraïbes, d’abord, et du reste du monde par la suite, n’existait pas pour les conquérants. Pour ceux-ci, la distinction entre le privé et le public des conquis ne pouvait pas exister. Une fois conquis, ceux-ci, par définition, font partie du domaine privé des conquérants, deviennent leurs biens meubles.

Ainsi habitudes des conquérants
D’errance en errance
D’arrogance en arrogance
Ont conduit leur système
Dans une transe
En apparence devenue incontrôlable

D’errance en errance,
Habitudes en turpitudes
Le capital, la finance
Sous masque de sollicitude
Colonise
par missions civilisatrices

aujourd’hui cicatrices
génocidaires
maquillée par des missions humanitaires

D’errance en errance
Le capital en transe
En cadence avec la finance
est-il encore capable de penser
panser
une humanité en transhumance
vers une terre promise
désertifiée, asphyxiée,
sans oxygène, déconnectée des gènes
de l’homo sapiens sapiens

Ainsi on a pu voir comment, avec les funérailles de Mandela, les bénéficiaires de l’apartheid, de tous bords, ont cherché, avec un certain succès, à se présenter comme les plus fidèles compagnons de celui qui fut l’incarnation de la conscience de l’émancipation de l’humanité. Avec Mandela, mort, les fossoyeurs mal déguisés de l’humanité, ont repris, sans se rendre compte, les habitudes de traiter les Africains, les pauvres, comme des biens meubles, malléables et corvéables à merci.

Ils ont profité du départ physique, de l’absence corporelle de Madiba pour dire des mensonges que seul Madiba, en fait, pouvait dénoncer. Madiba ou ses alliés, ses héritiers, ne se sont pas fait priés de manifester leur mécontentement dans l’arène. Dans l’arène, les vrais continuateurs de la longue marche de Mandela, pouvaient s’exprimer, mais pas à partir du podium.

Pourquoi dans ces funérailles, il est permis de se demander, tout comme cela s’est fait depuis des millénaires, en Afrique et ailleurs, n’a-t-on pas entendu les voix des enfants de Mandela, de celles qui ont continué/continuent l’émancipation

les voix de celles qui ont continué
sur le long chemin ouvert
par les infatigables
fatiguées
des viols, jamais épuisées
de s’égosiller pour une justice juste,
une seule pour tout le monde,
riches comme pauvres

Pourquoi n’a-t-on pas entendu
Les voix de celles et ceux qui n’ont jamais arrêté
De continuer sur le chemin qui était passé
Récemment encore
Par Haiti, Cuba, Mueda, Roben Island, Wounded Knee, Sharpeville,
Guantanamo, Marikana, Sabra, Shatila, Cuito Cuanavale, Soweto, Abahlali- _ Kennedy-Road/Durban, Cato Manor/Durban

Madiba, un témoin de comment rester fidèle à l’humanité continuait de ne pas être compris par les pharisiens des temples financiers espionnant toute la Planète pour bloquer la transition vers une humanité unie, libre des séquelles de l’esclavage, des codes noirs, des habitudes jamais délaissées des guerres de conquêtes aux guerres froides et chaudes pour imposer la puissance sœur jumelle de la jouissance de l’impunité. Car pouvoir signifie permission de tout faire dans l’impunité totale, comme tout violeur, n’importe où, a appris à savoir.

Les Nations Unies ont vécues
Liquéfiées sur l’autel de la finance
Arrogante à outrance

D’errances en errances,
Transes irrésistibles des conquérants
Liquidateurs de l’humanité

Ivres de joie mal cachée
du triomphe
d’enterrer Mandela sans jamais avoir été obligé
D’enterrer l’esclavage
La colonisation
L’apartheid
Pour que vive, pour eux seuls,
la globalisation
Rêve des fossoyeurs de l’humanité
Déguisés en missionnaires humanitaires

January 31 2014



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