Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Lutte contre la maladie à virus Ebola : Le socio-anthropologue Cheikh Ibrahima Niang appelle à l’unité des communautés

La peur, la panique, le manque de confiance, le faible plateau technique des structures de santé, le déficit de personnel de santé sont, entre autres, les éléments qui ont favorisé la propagation du virus Ebola. En animant une conférence, jeudi dernier, le socio-anthropologue Cheikh Ibrahima Niang a appelé à une mobilisation internationale.

Number of visits: 2684

La lutte contre la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest continue de mobiliser le personnel de santé, les chercheurs, la société civile, les spécialistes des sciences sociales, les médias… Ces derniers ont pris part, le 6 novembre dernier, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), à une table ronde sur le thème : « Ebola, au regard des sciences sociales ». Sous forme de vidéoconférence, cette activité a été organisée par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria).

Le socio-anthropologue Cheikh Ibrahima Niang, chercheur à l’Ucad, a séjourné dans la zone de l’épidémie, notamment dans les districts sanitaires de Kailahun et de Kenema, en Sierra Leone. Dans ces deux localités, il a constaté que le manque de cohésion sociale et le poids des guerres civiles ont été les principaux facteurs de propagation rapide de la maladie à virus Ebola. Selon le chercheur, pour que le virus Ebola ne soit plus une menace dans les pays touchés, il faut rétablir la cohésion sociale. Il a justifié ses arguments devant un parterre de scientifiques. A l’en croire, dans ces trois pays, le tissu social est en train de se déchirer, parce que l’on perd les réflexes de confiance à cause de cette maladie. « Le Liberia, la Sierra Leone et La Guinée sont des pays qui trainent déjà un héritage d’atteinte de leur cohésion sociale. Ceci a favorisé le développement de cette épidémie », a indiqué M. Niang.
Pour faire face à cette épidémie, le socio-anthropologue a plaidé pour la reconstruction de la cohésion des sociétés en impliquant les communautés, mais surtout de réaliser ce qu’il appelle l’unité au niveau des populations. Laquelle aidera ces dernières à échanger et à surmonter la peur qui constitue un des facteurs de propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest.

Médecins en exil

Cheikh Ibrahima Niang a démontré que la maladie à virus Ebola n’est pas seulement une épidémie liée au virus, mais à la panique, à la peur et au manque de confiance. Dans la zone où il a séjourné, les populations ne font pas confiance à leur système de santé. « Il faut alors reconstruire ces relations de confiance pour que l’épidémie puisse être vaincue », a-t-il conseillé, tout en notant que les valeurs culturelles peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre l’épidémie. Ainsi, M. Niang a invité tous ceux qui travaillent dans la prévention de cette maladie à communiquer avec les populations dans les langues qu’elles maîtrisent ou d’utiliser les canaux de communication traditionnelle. Lesquels permettraient aux communautés d’échanger et de s’informer sur les modes de prévention.

De même, il a déclaré que dans la culture des populations des pays touchés par Ebola, il y a des notions de solidarité et de compassion. « Il faut utiliser ces notions pour amener ces populations à se protéger contre cette maladie et éviter, à l’image des personnes qui sont mortes, qu’il y ait des communautés qui disparaissent. Il faut un discours qui réconcilie les exigences de la prévention du point de vue médical », a-t-il lancé. Cependant, il a reconnu que le niveau d’éducation des populations des pays touchés a compliqué la lutte. L’éducation est une longue histoire dans ces trois pays qui, de l’avis du conférencier, portent l’héritage des années de guerre civile. « Dans tous les pays où il y a eu ces genres de conflit, les conditions ne sont pas souvent favorables pour maîtriser et faire face à des épidémies, parce que les gens ne sont pas alphabétisés », a expliqué Cheikh Ibrahima Niang, soulignant que dans ces pays, tous les bons médecins sont en exil. « Les infirmiers sur place ne sont pas payés », a-t-il déploré. A cela s’ajoutent des tensions politiques, des guerres et la mauvaise gouvernance qui font qu’il n’y a pas de politique d’investissement dans les structures de santé. Au même moment, les populations assistent à des pillages des ressources minières, car le sous-sol est extrêmement riche. « C’est une malédiction pour les pays africains, parce que la question de répartition des ressources, de manière équilibrée et équitable, pose encore problème en Afrique », a regretté le chercheur.

La fermeture des frontières ne peut pas empêcher la propagation d’Ebola
La fermeture des frontières n’est pas un moyen efficace de lutte contre la maladie à virus Ebola. Selon le chercheur Cheikh Ibrahima Niang, les frontières africaines sont poreuses, parce que les populations ne s’identifient pas par rapport à elles. Les Africains ne prennent pas les frontières comme un repère absolu. Selon lui, les populations ont des relations de parenté qui vont au-delà de ces frontières, car elles sont issues de la colonisation. Ces frontières sont récentes par rapport à l’histoire des sociétés africaines où les communautés ont vécu dans un grand ensemble et ont des relations de parenté forte. « Donc, cette fermeture ne peut pas empêcher la propagation de cette maladie », a indiqué le socio-anthropologue qui a proposé la démultiplication des postes de surveillance et de contrôle sanitaire le long de la zone frontalière, encourager les gens à respecter les mesures d’hygiène et à éviter tout contact avec les malades…

Source : http://www.lesoleil.sn/index.php?option=com_content&view=article&id=43094:lutte-contre-la-maladie-a-virus-ebola-le-socio-anthropologue-cheikh-ibrahima-niang-appelle-a-lunite-des-communautes&catid=140:actualites




Comments