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Revue de livre : Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation

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Compte rendu informatif par, Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène :
Gender and citizenship in the global age / Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation,
Laroussi Amri, Ramola Ramtohul (dir.), 2014, Dakar : CODESRIA, 348 p. ISBN 9782869785892

Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation, est un travail collectif sous la direction de du sociologue Laroussi Amri, Chercheur Senior membre du CODESRIA et Ramola Ramtohul chercheure à l’Institute for Women and Gender Studies à l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud. Les différents textes dans ce volume ont été présentés à un colloque organisé par le CODESRIA sur le genre et la citoyenneté tenue au Caire en octobre 2008. Le CODESRIA est à la pointe d’une mobilisation des universitaires africains dans le but d’être à l’avant-garde de la production du savoir sur les questions de genre. Car, la problématique de la citoyenneté politique en Afrique a été cernée depuis les années 1990, sous l’angle d’une représentation politique visant l’égalité des femmes et des hommes, et sa mise en perspective à travers différentes associations de la société civile. Ainsi, cet ouvrage de 314 pages, explore la contribution de l’expérience et de l’identité africaines au débat sur le genre et la citoyenneté à l’ère de la globalisation.

Dans leur introduction (pp.1-28), les éditeurs ont pris conscience des multiples manières de classifier les textes ici présentés selon des thématiques choisies et selon la compréhension du lecteur. De même que leurs contenus analytiques tout en restant autour du thème principal du genre et de la citoyenneté à l’ère de la mondialisation, permettent de dégager les sous-thèmes liés aux questions du corps ; des lois, textes protocolaires et traités internationaux ; de la sphère publique et privée ; du leadership et de la chefferie ; ainsi que des obstacles à l’avancement des femmes (p.20).

Ainsi, ce compte rendu descriptif se limitera à offrir une analyse linéaire des différents textes sans chercher à les regrouper dans un champ thématique.

Le premier texte de cet ouvrage porte sur la "Citoyenneté, démocratie et genre : Le principe féminin comme alternative d’ensemble à la société actuelle" (pp.29-60). L’auteur, Laroussi Amri, fait constater que depuis la "démocratie athénienne jusqu’à la démocratie européenne, deux catégories de personnes ont toujours été considérées indésirables : les femmes et les étrangers". Ainsi, dans sa démarche théorique, il voit en la femme, une alternative d’ensemble dans la construction de la société tunisienne qui l’intéresse tout particulièrement.

Le texte de Jacques Tshibwabwa, "État, mondialisation et citoyenneté multiculturelle : femmes bantoues et femmes pygmées face au genre et aux politiques publiques" (pp.61-97) évoque la question relative à la catégorisation des femmes. Pour l’auteur, il s’agit d’examiner la question de la citoyenneté multiculturelle et entre autres, la construction de cette citoyenneté par rapport à deux catégories de femmes : les pygmées et les femmes bantoues. La problématique assez intéressante porte sur les relations intra-sexuelles, de deux catégories de femmes face à la question de la citoyenneté féminine au Zaïre.
“Masculinities, femininities and citizen identities in a global era : the case study of Kiambu District in Kenya, 1980-2007” (pp :99-119), est l’étude proposée par Felix Kiruthi. Le texte essaie de démontrer l’existence d’un "lien solide entre la mondialisation et la construction des identités masculines et féminines au Kenya où les femmes continuent d’être à la périphérie du centre de développement politique, économique et sociale".

Dans le texte qui suit, on se pose la question de savoir si le fait de couronner des femmes comme cheftaines ou notables est la manifestation d’une sensibilité envers le genre, de la part des autorités traditionnelles ou est-ce que cela est une stratégie de repli dans l’ère de modernisation/mondialisation avec ses coûts accrus de développement humain ? Est-ce la preuve d’une bonne gouvernance telle que préconisée par les grandes démocraties ? Telles sont les questions que tentent de répondre Prudentia Fonkwe Tamonkeng dans “Acquisition of new citizenship in the global village through the emerging female chiefship and notability in Bangwaland, Cameroon” (pp.121-150) .

Ivan Marowa, aborde le thème de la “Globalisation, masculinity and citizen migration : rethinking gender in the twenty first century with reference to Zimbabwe” (pp.151-169), en soutenant que la “la mondialisation est beaucoup plus masculine que neutre dans son idéologie du genre". Pour l’auteur, il y a " un besoin urgent de se réorganiser et de réexaminer le concept de mondialisation pour remédier au fait que les politiques de la mondialisation sont restés insensibles au genre et que ses attitudes et croyances tacites contrôlent le modèle de conduite dans la vie sociale, économique et des zones de migration".

Le texte de Mfon Umoren Ekpootu, “ The body as a tool : female youths in Nigeria negotiating the new global order” (pp.171-186) s’intéresse à l’engagement de la jeunesse féminine nigériane dans l’industrie du sexe comme un remède à la privation et à la marginalisation. C’est une interrogation sur la manière dont la mondialisation façonne les activités des jeunes nigérianes dans la négociation de l’espace économique grâce à l’utilisation du corps comme outil de travail.

Dans le même registre lié au corps féminin, Hezron Ndunde Otieno s’intéresse à la manière dont les femmes sont représentées dans les paroles et les images populaires. “ Genge videos ? Struggles over gender and citizenship in Kenya” (pp.187-207), s’intéresse aux modèles de luttes de genre sur la citoyenneté chez les jeunes au Kenya en étudiant le discours de clips musicaux, en particulier les vidéos produites localement connus sous le nom de Genge.
“Citoyenneté et développement humain au Maroc face aux différentes formes d’exclusion : une approche genre" (pp.209-244), est le texte très documenté de Mustapha Ziky. L’étude essaie de mettre en "évidence les effets des inégalités de genre sur la citoyenneté et le développement humain au Maroc". L’auteur s’attarde en effet sur les formes d’inégalités que subissent les femmes et comment elles affectent la citoyenneté et le processus de développement du royaume chérifien.

L’Ouganda semble offrir de bons résultats en termes d’émancipation de la femme. C’est en tout cas ce que démontre le texte de Sabastiano Rwengabo "Uganda’s gendered polity since 1995 : reconstitution of the public sphere to enhance the presence and participation of women” (pp.245-265). A cela, on retiendra que selon l’auteur, "les femmes ont participé en tant que rebelles et commandants rebelles dans les luttes de résistances et elles ont obtenu pour elles-mêmes une certaine influence sur la politique du pays en raison de leur rôle dans la rébellion.
Tandis que les femmes kenyanes peuvent compter sur les organismes internationaux pour revendiquer leurs droits et libertés. Le texte de Samwel Ong’wen Okuro, “Globalization and the gender question : the role of the CEDAW in enhancing women’s experience of citizenship in Kenya” (pp.267-292), cherche à savoir à quel point le gouvernement et l’organisation de la société civile se sont appropriés le CEDAW pour faire avancer la législation sur l’égalité des sexes.

Ramola Ramtohul s’intéresse à une île comme Maurice où la mondialisation a un impact direct sur les populations dû au fait que l’île est largement tributaire du commerce international. Son texte, “Globalisation and gendered citizenship : the Mauritian scenario” (pp. 293-315) ; relève les secteurs clefs où la mondialisation influe positivement ou négativement sur la citoyenneté des iliennes.

Le dernier texte de l’ouvrage est la réflexion de Sharon Groenmeye, “Rethinking gender and citizenship in a global age : a South African perspective on the intersection between political, social and intimate citizenship”,(pp.317-335). L’auteure reconnait d’abord que l’Afrique du Sud est un exemple de démocratie constitutionnelle où les femmes ont des droits similaires à ceux de leurs homologues masculins. Néanmoins, son texte permet de "comprendre le décalage entre l’égalité formelle et la réalité des pratiques contradictoires de la citoyenneté".

Depuis les années 1990, le CODESRIA a engagé un débat sur l’Etat de développement en Afrique afin qu’il soit construit sur des bases démocratiques ou sur l’assise sociale/institutionnelle dans la perspective d’inclure le genre dans ses fondements théoriques et tisser les préoccupations de genre dans le tissu des politiques opérationnelles envisagées. Ce travail Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation entre dans ce cadre et présente des études de cas de différents contextes africains, illustrant l’aspect genre de la citoyenneté tel que vécu par les hommes et femmes sur le continent. Comme souligné à la quatrième de couverture, cette étude ne se veut pas exclusive en termes de théorisation de la problématique. Elle a néanmoins permis de mettre l’accent sur les contextes africains, avec une analyse profonde de la culture locale et des pratiques et leurs implications sur la citoyenneté, afin de fournir une bonne base de problématisation pour ceux qui veulent poursuivre la recherche sur le genre et la citoyenneté en Afrique’.

Laroussi Amri, Ramola Ramtohul (dir.), 2014, Gender and citizenship in the global age / Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation. Dakar : CODESRIA, 348 p. ISBN 9782869785892

avril 2 2015



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