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Le Bambou : ressource inexploitée

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Une source de revenus et de création d’emplois qui permet aussi de protéger l’environnement
Par: Zipporah Musau
Afrique Renouveau:
Avril 2016

C’est une « plante merveilleuse» aux vertus uniques. Pour les agronomes, elle permet de lutter contre la dégradation des paysages ; pour les économistes, elle est un futur «or vert». Pour le désign et l’architecture, elle est aussi un matériau de choix pour lequel il existe déjà un marché mondial.

Le bambou – graminée géante à usages multiples susceptible de pousser sous presque tous les climats et sur les sols les plus pauvres – existe depuis des centaines d’années en Asie, en Amérique latine et dans certaines régions d’Afrique. Cependant, les possibilités d’utilisation de cette plante dont la croissance est la plus rapide au monde (certaines espèces peuvent gagner jusqu’à un mètre par jour) sont encore largement sous-exploitées.

Ainsi ce n’est que récemment qu’a débuté la commercialisation à grande échelle du bambou, générant l’espoir de nouveaux revenus et emplois pour les populations rurales pauvres.

Le marché mondial du bambou, dont la Chine détient la première place, est en pleine expansion en raison d’un accroissement de la demande en produits respectueux de l’environnement en Europe et aux états-Unis. D’après le Réseau international sur le bambou et le rotin (INBAR), une organisation intergouvernementale affiliée auprès de l’ONU qui promeut la culture du bambou et du rotin au profit de l’économie et de l’environnement, le marché mondial du bambou représente aujourd’hui 60 milliards de dollars et est une source de revenus potentielle pour les communautés rurales.

Pour mettre à profit ce marché lucratif, les gouvernements et le secteur privé africains ont entamé des démarches pour la commercialisation du bambou.

Pour le moment, dix-huit pays africains où le bambou pousse naturellement – le Bénin, le Burundi, le Cameroun, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Ghana, le Libéria, le Kenya, le Malawi, Madagascar, le Mozambique, le Nigéria, le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda – sont membres de l’INBAR. L’organisation leur fournit des informations sur le transfert technologique, le renforcement des capacités et l’établissement de politiques aux fins de la culture de cette plante. D’autres pays, comme l’Angola, le Gabon et la Zambie, devraient prochainement rejoindre l’organisation.

D’après le directeur général de l’INBAR, Hans Friederich, le bambou peut devenir un pilier essentiel d’une future économie verte en Afrique. Il peut favoriser la réduction de la pauvreté et la protection de l’environnement. Il représente en outre une solution rapide et concrête à certains des défis en matière de pauvreté et de ressources naturelles auxquels font face de nombreux pays africains.

Le bambou est à l’origine de la fabrication de nombreux produits de valeur. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), il existe plus de 2 000 emplois de cette plante. La Chine avance qu’il en existe près de 10 000 et que sa transformation peut générer encore beaucoup plus d’argent.

Le bambou est utilisé pour la fabrication de meubles, de certains bâtiments et toits, de poteaux, de placages, de revêtements de sol, de panneaux muraux, de plafonds, d’échafaudages, de cadres de portes et de fenêtres, ainsi que de stores.

Dans l’industrie des pâtes à papier, le bambou peut être transformé en papier journal, papier toilette et carton, un avantage pour la préservation des ressources forestières limitées de l’Afrique. Dans les industries textile, agroalimentaire et chimique, le bambou participe à la fabrication de tissus, t-shirts, vins, vinaigres, produits biochimiques et pharmaceutiques.

Au niveau national, le bambou est utilisé pour fabriquer des tapis, des paniers, des canoës, du matériel de pêche, des vélos, des clôtures, des cure-dents, des bureaux d’écolier, des crayons et des gommes, pour ne citer que quelques produits.

Le bambou est également une source d’énergie non polluante. Le bambou fournit une source d’énergie alternative, propre et renouvelable pour un usage domestique ou industriel.

Certains estiment même que le bambou est une plante « magique» pour la protection de l’environnement, car elle atténue les effets du changement climatique en permettant un reboisement rapide, en ralentissant l’érosion des sols et en compensant les faiblesses des écosystèmes. Le bambou est aussi un très bon puits de carbone géant, chaque plante absorbant presque deux fois plus de dioxyde de carbone qu’un arbre.

Pour les agriculteurs, la culture du bambou pourra aussi probablement permettre l’acquisition de crédits de carbone. L’INBAR, la Fondation China Green Carbon et l’Université agricole et forestière du Zhejiang ont mis au point une méthodologie qui permettra aux concepteurs de projet de mesurer les flux de carbone dans une plantation de bambous et de calculer ainsi les crédits de carbone exigibles. Il en résultera une augmentation des revenus des agriculteurs.

La culture commerciale du bambou est susceptible de créer des milliers d’emplois puisqu’elle nécessite une importante main d’œuvre, le bambou devant être planté, entretenu et récolté à la main. Au Ghana, un récent projet d’exploitation a permis l’embauche de 1 500 personnes. En Chine, l’industrie du bambou emploie près de 8 millions de personnes, un chiffre qui devrait atteindre les 10 millions d’ici à 2020 selon l’INBAR.

Un plant de bambou parvient à maturité au bout de quatre à huit ans, selon les espèces ; toutefois, il peut être récolté telle une plante vivace, sans risque de déforestation, trois à cinq ans après avoir été planté. Sa durée de rendement est de plus de quarante ans. Une fois planté, le bambou conserve des racines dans le sol, produisant de nouvelles pousses chaque année, ce qui contribue à sécuriser et stabiliser les sols. « A la différence des forêts, où il faut faire attention à ne pas couper les arbres, le bambou repousse très vite une fois coupé. Plus vous le coupez, plus il pousse, » explique M. Friederich.

Défis

Que le bambou ait de multiples usages et offre de multiples possibilités d’exploitation ne fait aucun doute. Mais alors pourquoi les pays africains l’ont-ils ignoré pendant si longtemps ? « Le principal problème est le manque d’informations», déclare Tesfaye Hunde, Chef du Bureau régional pour l’Afrique de l’est de l’INBAR à Addis-Abeba, à Afrique Renouveau. Le manque de financements et l’absence de politiques nationales et de programmes stratégiques pour développer la culture et l’emploi du bambou ralentissent aussi les avancées dans ce domaine.

Mieux informés, de plus en plus de pays se tournent vers la culture du bambou. «Son emploi est en train d’augmenter énormément», déclare M. Hunde. « Dans plus d’une trentaine de pays africains, il existe des régions où le bambou pousse naturellement. L’INBAR travaille avec d’autres organisations pour permettre un transfert technologique et la formation des agriculteurs dans les régions qui développent une chaîne de valeur du bambou - des agriculteurs aux marchés - ce qui nécessite aussi des politiques nationales, des technologies et des investissements».

Les gouvernements africains doivent aussi contribuer à développer les compétences des agriculteurs en matière de culture et d’entretien des bambous, fournir des semences et organiser des partenariats avec le secteur privé afin de transformer cette matière première et accroître sa valeur ajoutée.

En dépit des possibilités commerciales qui s’offrent à elles, les personnes désireuses de vendre des produits en bambou peuvent se heurter à certains manques en matière de recherche, d’innovation et de marketing. Il faut en outre que les productions de bambous soient adaptées aux normes commerciales et forestières internationales. « Le secteur du bambou est prometteur mais pâtit de son image», estime Gary Quince, ambassadeur de l’Union européenne auprès de l’Union africaine. « Nombre d’agriculteurs considèrent le bambou comme une nuisance parce qu’il pousse vite alors que c’est là son véritable avantage.»

Au vu de ses caractéristiques, comme la croissance rapide, le bambou doit-il être considéré comme une plante envahissante ? Certains redoutent que le bambou remplace la végétation d’origine de certaines régions, modifie l’habitat des espèces animales et perturbe les chaînes alimentaires. Dans un communiqué, la Société américaine du bambou juge le pouvoir d’invasion du bambou faible mais reconnaît que certaines espèces peuvent se développer de façon agressive si elles ne sont pas entretenues correctement. D’autres organisations comme le Fonds mondial pour la nature

(WWF), l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) et l’Organisation néerlandaise de développement (SNV), de même que le PNUE, la FAO, le PNUD, le NEPAD et le Centre international pour la recherche en agroforesterie (CIRAF) ont manifesté leur intérêt pour le bambou, en particulier dans le cadre de la coopération Sud-Sud, selon M. Friederich. La Chine et les Pays-Bas ont déjà accepté de financer un projet commun de culture en Afrique. L’INBAR est actuellement en discussion avec la Commission européenne, le gouvernement canadien, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et la City Foundation pour la mise en place de partenariats.

http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/avril-2016/le-bambou-ressource-inexploit%C3%A9e




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