Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Kampala, 26 ans après… Nos libertés intellectuelles : une « actualité éternelle »

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Il y a exactement 26 ans, la Déclaration de Kampala sur la liberté intellectuelle et la responsabilité sociale était prononcée à l’initiative du CODESRIA (Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales). Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru. Patiemment, par-delà des contraintes à la fois conjoncturelles et structurelles qui brident parfois une affirmation efficiente des libertés intellectuelles en Afrique, condition nécessaire pour l’avènement de sociétés plus justes et démocratiques où penser n’est plus un délit, le CODESRIA a réussi à faire rentrer dans le débat public cette question. La célébration, à ce titre, du 25ème anniversaire de la Déclaration de Kampala en avril dernier à Lilongwe au Malawi, a permis de mesurer les efforts accomplis, les victoires remportées contre les structures d’oppression qui continuent de restreindre les libertés intellectuelles, ainsi que les failles et les défis qui restent nombreux à relever.

Ces défis représentent, pour le CODESRIA, comme pour l’ensemble de la communauté africaine des chercheurs et des universitaires et, bien au-delà, de tout citoyen désireux d’affirmer une opinion dans les limites de la loi sans subir des représailles, une tâche inlassable qui requiert la participation de tous et de chacun. Il persiste encore sur notre continent, de nombreuses situations de violence, des brimades contre ceux qui parfois, au prix de leur santé et de leur vie, se battent pour que soient reconnues des opinions concurrentes, pour que le débat soit possible et pour que toute divergence de vue ne se transforme pas pour le pouvoir comme un cas de casus belli. De nombreux chercheurs et universitaires sur notre continent sont encore marginalisés et opprimés en raison de leurs opinions. L’exemple de Maâti Monjib (Maroc) est un cas d’école. Il a subi pendant de longs mois une interdiction de quitter royaume chérifien, en violation de l’article 4 de la Déclaration de Kampala qui stipule que :

« Tout intellectuel africain doit pouvoir circuler librement à l’intérieur de son pays, et s’il le désire, quitter le pays ou y retourner en toute liberté et sans être harcelé. Aucune action administrative ou autre ne doit, directement ou indirectement, restreindre cette liberté, du fait des opinons intellectuelles de l’individu, de ses croyances et de son activité ».

De même, Ibrahim Abdullah (Sierra Leone) est, depuis de longs mois, sujet à des persécutions et à des brimades qui disent clairement la volonté de le faire taire et d’empêcher l’expression d’une voix dissidente. Il lui est notamment reproché, dans un message de la Cour de l’Université de Sierra Leone datant du 13 juillet 2016, les faits supposés suivants : « une insubordination, des actes d’indiscipline, une attitude négative au travail, un manque de participation dans les affaires du Département d’histoire et d’études africaines [auquel il appartient], etc. ». Ce que l’intéressé conteste vivement. Une pétition initiée par des universitaires de renom du continent et de la diaspora le 3 février 2016 aurait d’ailleurs contribué à aggraver son cas, qui demeure préoccupant, et à durcir les positions de son université à son endroit. Depuis quelques jours, au Cameroun, une violente répression est en cours à l’Université de Buea et dans les cités universitaires de la ville. On voit des vidéos où des forces de l’ordre pénètrent en tenue, en violation flagrante des franchises universitaires, dans des campus et des résidences estudiantines et matraquent au sang des étudiant-e-s dont le seul crime aura été d’initier une marche pacifique pour réclamer plus de justice sociale.

Aussi, de plus en plus, de manière pernicieuse, prospère dans des espaces de discussion collective, une tendance à l’uniformisation de la pensée qui discrimine des expressions concurrentes ou impose un cadre rigide où les autres voix n’ont pas de place.

Les défis restent donc importants et, cette journée de commémoration, de réflexion et d’action est là pour rappeler l’ampleur de notre tâche et d’une exigence non négociable parce qu’elle seule est gage d’une société plus épanouie que nous appelons tous et toutes de nos vœux : notre liberté intellectuelle !




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