Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Institut sur la gouvernance démocratique du CODESRIA 2018 : La gouvernance de la politique sociale en Afrique mine-t-elle le développement et la démocratie ?

Date : du 18 au 29 juin 2018
Lieu : Arusha, Tanzanie.
Date limite de soumission des candidatures : 30 avril 2018

Nombre de visites : 2409

Appel à candidatures pour les lauréats

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir d’annoncer l’appel à soumission de propositions aux universitaires et aux chercheurs des universités et centres de recherche africains, pour la session 2018 de son Institut annuel sur la Gouvernance démocratique. L’Institut 2018 est organisé en partenariat avec la Chaire de recherche d’Afrique du Sud en politique sociale (South African Research Chair in Social Policy). Il aura lieu à Arusha, en Tanzanie, sur le thème « La gouvernance de la politique sociale en Afrique mine-t-elle le développement et la démocratie ?  ». Lancé en 1992 par le CODESRIA, l’Institut sur la gouvernance démocratique est un forum interdisciplinaire qui réunit chaque année une quinzaine de chercheurs des diverses régions du continent et de la diaspora, ainsi que des chercheurs non africains engagés dans des recherches innovantes sur des sujets liés au thème général de la gouvernance.

Organisation de l’Institut

Un directeur scientifique qui est un universitaire de haut niveau dans la discipline concernée, avec l’appui de personnes ressources choisies, apporte le leadership intellectuel et oriente les lauréats de l’institut pour qu’ils abordent de façon approfondie les questions liées au thème choisi. Le directeur et les personnes ressources lisent les propositions soumises et sur la base de leur qualité, sélectionnent les lauréats de l’Institut ; veillent à ce que chaque lauréat soit exposé à un large éventail de questions théoriques, méthodologiques et politiques relatives au thème, et aident les lauréats à porter leur travail à des niveaux publiables. Chaque lauréat doit produire un document de recherche qu’il présentera pendant l’Institut. La version révisée de ce document sera soumise à l’évaluation par les pairs en vue de sa publication par le CODESRIA ou par un de ses partenaires en matière de publication. Le Centre de documentation et d’information du CODESRIA (CODICE) mettra à la disposition des participants une bibliographie complète se rapportant au thème de l’Institut. L’anglais et le français sont les langues de communication utilisées lors de l’Institut, avec traduction simultanée.

Thème de l’Institut 2018

Dans la majeure partie de l’Afrique, le paradoxe de la démocratie libérale depuis les années 1990 a été, d’une part, le rétrécissement de l’espace politique au niveau du développement et des modes de sécurisation du bien-être des citoyens et, d’autre part, la stabilisation des modes électoraux de gouvernance. Si les protestations massives qui ont vu dans de nombreux pays la fin du régime à parti unique et du régime militaire autoritaires ont été déclenchées par les échecs massifs de l’accession aux droits imposés par les politiques de stabilisation orthodoxes des années 1980, la politique électorale qui est apparue par la suite n’a pas garanti un bien-être général, une baisse sensible de la pauvreté, une réduction de l’inégalité de la richesse, et des emplois. Tout cela est lié en grande partie à la politique d’orthodoxie néolibérale qui a exclu de nombreux instruments politiques nécessaires à l’amélioration du bien-être de l’homme. Les ‘bonnes politiques’ prises en compte sont celles qui sont déterminées par une logique centrée sur le marché. L’espace consacré aux instruments politiques d’amélioration du bien-être est limité davantage par les restrictions et les blocages imposés par des forces extraterritoriales, notamment sous forme de conditionnalités des ‘donateurs’ bailleurs de fonds.

Si dans les premières phases de la démocratie néolibérale en Afrique, la difficulté a résidé dans l’absence de choix politiques (alternative à l’orthodoxie néolibérale)—ce que Mkandawire appelle la « démocratie sans choix »—au 21e siècle cette difficulté est à chercher dans l’hégémonie de la logique transactionnelle de marché et l’aversion chez la plupart des autorités publiques africaines pour la prestation de services publics globaux. Le décalage dans le choix entre les politiciens qui dirigent votre État et la politique économique qui prévaut se reflète dans la discordance entre ‘constitutionnalisme’ et ‘souveraineté populaire’ ; un décalage entre la démocratie en tant qu’égalité formelle distincte de la démocratie en tant qu’égalité de fait. La domination de la conception et l’articulation de la démocratie, comme le suffrage ‘universel’, les élections régulières et les droits civils fondamentaux (Rudebeck) est tenue à l’écart de ‘l’égalité dans la pratique’, dans laquelle la pression populaire garantit les droits socioéconomiques et l’épanouissement humain. En outre, il y a eu un changement du mode de politique pour l’articulation de la souveraineté populaire—un passage de mouvements sociaux organisés, de type associatif, tels que les institutions de médiation entre la société civile et l’État, à des organisations non gouvernementales et non associatives et des organismes de défense d’intérêts menés par la classe moyenne.

La réduction significative de la pauvreté et l’élasticité emploi de la croissance entre les années 1960 et 1980, d’une part, et après 2000, d’autre part, illustrent ce point. Les bouleversements sociaux et le mal-être (diswelfare) des citoyens même dans le contexte de croissance améliorée stimulée par l’essor du marché des produits de base, n’ont pas permis de constater une réduction proportionnelle. Dans la plupart des cas, les diswelfares se sont aggravés. L’inégalité fondée sur la richesse s’est creusée, et le taux de pauvreté (mesuré à 3,10$ de PPA/jour) dépasse 70 % de la population dans plusieurs pays.

De l’idée d’un État qui ‘pense’ en termes d’obligation globale de garantir le bien-être et le développement national à long terme, ainsi qu’une politique axée sur ce bien-être et ce développement, il est ressorti un État ‘veilleur de nuit’, plus récemment reformulé dans le jargon de ‘l’État capable’—un État qui s’emploie plus à garantir l’espace pour les investisseurs privés que le bien-être de ses citoyens. La politique économique est apparue de plus en plus déconnectée de la politique sociale, avec une politique publique qui tend vers l’aversion pour les prestations de services socialisées, la mutualisation des risques fondée sur la solidarité, la redistribution (interclasses) et l’universalisme. La politique sociale est devenue largement résiduelle.

De tous temps, la politique sociale a été façonnée par deux grandes forces opposées. D’un côté, il y a ceux qui considèrent que ses objectifs réparent les diswelfares liés aux défaillances du marché et des institutions. De l’autre, il y a ceux qui pensent que la politique sociale a une portée et une couverture globales, s’intègre dans la politique économique, et est mue par des normes d’égalité et de solidarité. Les premiers adoptent une approche résiduelle qui fait que le marché est la première structure à laquelle s’adresser pour la prestation de services sociaux, et le bien-être public la solution de dernier recours centrée sur les services aux pauvres méritants qui sont dans l’incapacité d’assurer eux-mêmes leur couverture sociale. Quant aux derniers, ils traitent les diswelfares à la fois de la manière dont nous poursuivons le développement et concevons les activités de production, et de la manière dont nous répondons aux besoins à divers stades du cycle de vie.

Au cours des trente dernières années, en réponse aux défis du développement de l’Afrique et aux diswelfares auxquels sont confrontés les citoyens africains, une approche plus résiduelle de la politique sociale est devenue largement hégémonique, de puissants acteurs extérieurs et locaux utilisant le continent comme site d’un éventail d’expérimentations sociales. Cette situation est en grande partie attribuable à une pensée anti-développement selon laquelle la solution à la pauvreté consiste pour l’essentiel à « donner simplement de l’argent aux pauvres »—même si les ‘pauvres’ sont définis de manière très restrictive pour couvrir une petite proportion de la population qui fait face à un grave échec de l’accession aux droits—ou à redistribuer directement les revenus des richesses minières aux citoyens (une question de transformation du ‘pétrole en argent liquide’). Le développement est davantage conceptualisé comme l’atténuation de la pauvreté chronique que comme la transformation structurelle de l’économie, de la société et des institutions sociales. Les mesures quantitatives des effets multiplicateurs des transferts en espèces sur l’économie locale deviennent un indicateur de la croissance économique. Les instruments d’aide sociale sont réputés être transformateurs lorsque les ménages ont les moyens de payer les frais de scolarité ou les soins de santé, d’accroître leurs actifs comme le bétail. Les allégations de fin de la pauvreté intergénérationnelle reposent au mieux sur des preuves bien minces. De plus en plus, on observe un régime de politique publique soutenu par une alliance d’acteurs nationaux et extérieurs—la forme ONG des premiers, parfois créée à la demande des derniers. Si nous comprenons les relations entre l’État et les citoyens comme étant un ensemble de droits et d’obligations, le retrait de l’État de prestations de services sociaux socialisées et universelles sape sa légitimité, affaiblit le contrat social citoyen-État, renforce la face plus coercitive de l’État dans ses engagements avec les citoyens, et mine la cohésion sociale. Laisser les citoyens se débrouiller seuls sur le marché revient à les soumettre aux caprices du marché. Il n’est pas non plus prouvé que le fait de réduire la politique sociale à l’assistance sociale, qui est étroitement centrée sur les pauvres méritants dans des régimes de politique sociale de plus en plus dualistes, élimine la pauvreté ou garantit des services de qualité pour les pauvres.

La politique sociale progressiste consiste essentiellement à garantir l’épanouissement humain. Pour ce faire, elle renforce la capacité productive des citoyens grâce à l’investissement public dans l’éducation, les soins de santé, le logement, etc. ; concilie « la charge de la reproduction avec celle des autres tâches sociales’ (Mkandawire) ; elle consiste à protéger les personnes des aléas de la vie, tout au long de leur cycle de vie ; elle accorde de l’attention aux effets de la performance économique sur la distribution ; et elle devrait promouvoir la cohésion sociale (et la réalisation des objectifs d’édification de la nation qui sont tellement vitaux dans le contexte africain). La politique sociale progressiste fait tout cela de manière plus efficace en adoptant une approche ‘prophylactique’ qui consiste à prévenir la vulnérabilité au lieu d’attendre que les gens soient laissés pour compte pour s’en occuper. C’est une approche de politique sociale qui vise à être transformatrice. Une approche de politique sociale transformatrice fait cela en créant une synergie entre politiques économiques et politiques sociales, et en s’attaquant aux bases structurelles de la pauvreté, de l’inégalité et de la vulnérabilité. Elle cherche à améliorer l’épanouissement humain par la transformation de l’économie, des relations sociales (y compris et peut-être surtout, les rapports de genre), de l’institution sociale, et l’approfondissement du ‘raisonnement public’.

L’édition 2018 de l’Institut sur la gouvernance abordera la dynamique de l’élaboration de politiques sociales en Afrique ; identifiera les responsables des politiques et leurs préférences politiques ; elle cherchera à traiter la question de la nature de la politique et la constitution de la sphère publique nécessaire pour une transformation économique renforcée, l’épanouissement humain, et de nouvelles formes de contrat social—en d’autres termes, les questions de développement inclusif. Les lauréats sont invités à aborder ces questions et à explorer les différentes expériences, nationales et régionales, de modes de gouvernance de l’espace de la politique sociale africaine, les moteurs de la politique publique, et à explorer les modes de gouvernance et de politique nécessaires à l’amélioration du bien-être et du développement humain.

Appel à candidatures pour les lauréats

Peuvent faire acte de candidature des étudiants en thèse ou des universitaires en début de carrière, ayant une capacité prouvée à faire de la recherche sur le thème de l’Institut. Les candidatures d’intellectuels actifs dans le processus politique et/ou dans les mouvements sociaux et les organisations de la société civile sont également encouragées. Le nombre de places offertes par le CODESRIA pour chaque session est limité à quinze (15). Toutefois, le CODESRIA prévoit cinq (5) places pour les participants disposés à financer eux-mêmes leur participation. Les jeunes universitaires africains de la diaspora et les chercheurs non africains qui peuvent financer leur participation peuvent également postuler pour un nombre de places limité. Il est absolument important pour les candidats de démontrer un engagement sérieux envers cet appel à candidatures dans leurs propositions.

Candidatures des lauréats

Les dossiers de candidature des lauréats doivent comprendre :


  • 1. Un formulaire de candidature dûment rempli ;

  • 2. Une demande de candidature ;

  • 3. Une lettre indiquant l’affiliation institutionnelle ou organisationnelle ;

  • 4. Un curriculum vitae ;

  • 5. Une proposition de recherche de dix (10) pages au maximum comprenant une analyse descriptive du travail que le candidat veut entreprendre, un exposé de l’intérêt théorique du sujet choisi, la relation entre le sujet et la problématique ainsi que les centres d’intérêt pris en compte par le thème de l’Institut 2018 ; 

  • 6. Deux (2) lettres de recommandation d’universitaires ou de chercheurs connus pour leurs compétences et leur expertise dans le domaine de recherche du candidat (géographique et disciplinaire), avec leurs noms, adresses, numéros de téléphone et adresses électroniques ;

  • 7. Une copie du passeport.

Date limite de soumission des candidatures

La date limite de soumission des candidatures est fixée au 30 avril 2018. Les candidats retenus seront informés avant le 15 mai 2018. Les lauréats sont censés réviser sous forme de projet d’article leurs propositions de recherche qui seront présentés lors de l’Institut. Ces projets d’article devront être soumis au CODESRIA au plus tard le 10 juin 2018. Les lauréats seront appelés à travailler pendant l’Institut sur ces documents et les préparer pour publication après l’Institut.

Soumission des candidatures

Les candidats soumettront leurs propositions via le lien suivant http://codesria.org/submission




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