Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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Afrique centrale : Crises, réformes et reconstruction

Conférence sous-régionale pour l’Afrique centrale, 4-5 octobre 2003, Doula (Cameroun)

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) célèbre cette année son 30e anniversaire. Créée en 1973, cette institution est née de la volonté collective des chercheurs africains en sciences sociales de créer un forum viable en Afrique, leur permettant de transcender les barrières de la production intellectuelle, et de contribuer ainsi de manière significative aux avancées démocratiques sur le continent. Parmi la série de manifestations prévues pour marquer cet anniversaire, cinq conférences sous-régionales seront organisées en Afrique australe, de l’Ouest, de l’Est, centrale et du Nord. Ces manifestations sous régionales seront suivies d’une conférence internationale qui se tiendra en décembre 2003 au siège du Conseil à Dakar, au Sénégal. La conférence sous-régionale de l’Afrique centrale aura lieu à Douala au Cameroun, les 4 et 5 octobre, 2003 sur le thème L’Afrique centrale : crises, réforme et reconstruction.

Des années 1960 à nos jours, l’Afrique centrale a été marquée par une quête continuelle du cadre le plus efficace pour l’établissement d’un système de gouvernement représentatif qui serait capable de servir les objectifs de construction d’une nation, de satisfaire les besoins de l’ensemble des populations, et du développement autonome de l’État. Cette recherche a été rendue difficile par la situation complexe de compétition entre les intérêts nationaux et étrangers en jeu dans la lutte pour le contrôle de la zone qui est généralement considérée si stratégique qu’elle constituerait même le cœur de l’Afrique. Les avantages géostratégiques de cette région, combinés à son immense richesse minérale, ainsi que le potentiel hydroélectrique et agricole dont elle dispose lui confère une place importante dans les réflexions et les calculs du mouvement panafricain comme étant un facteur indispensable dans la réalisation de l’unité et le développement continental. C’est pour ces mêmes raisons que la sous-région a suscité la convoitise des intérêts impérialistes bien décidés à obtenir le contrôle de sa vaste richesse. Il existe suffisamment de preuves de nature historique et contemporaine qui indiquent une corrélation nette entre l’instabilité politique persistante dans la sous région et les manipulations coloniales et néo-coloniales incessantes pour le contrôle de ces ressources. Pour mettre en évidence cette instabilité chronique et le lourd tribut qu’elle a engendré, il suffit simplement de rappeler le nombre de coups d’État militaires, réussis ou non, que la sous-région a connu ; les guerres civiles qui ont sévi dans cette zone et qui continuent toujours de la ravager ; le nombre de missions de maintien de la paix des Nations Unies et autres missions diplomatiques qui ont été constituées, la disponibilité et l’utilisation répandue d’armes légères dans la poursuite des conflits, les cas répétés de massacres et de génocides infligés aux civils, les problèmes massifs des réfugiés résultant des conflits dans la sous-région, les urgences humanitaires et, entre autres, les expériences répétées d’invasions par des mercenaires et des armées étrangères.

En revenant sur le passé, il est certainement approprié de rappeler que l’Afrique centrale a été victime d’une des formes d’exploitation coloniale les plus brutales et accablantes jamais égalée en Afrique. L’exemple le plus édifiant est illustré par le Congo où les Belges ont imposé un véritable règne de la terreur. La détermination des puissances coloniales à sauvegarder en Afrique centrale leurs intérêts et leurs influences par diverses manœuvres néo-coloniales, y compris par l’application de la tactique du « diviser pour régner » a réduit ainsi la région à une aire de jeu des superpuissances au plus fort de la guerre froide. Cela signifie, en outre, que l’accession à l’indépendance et la transition après celle-ci se sont produites dans la sous-région dans des contextes qui étaient fortement conflictuels.
Ces contestations sont venues s’imbriquer à la politique nationale et ont eu comme conséquence l’affaiblissement de l’État et de sa capacité régalienne. L’économie et l’environnement ont payé un lourd tribut dans l’application des décisions politiques. L’autoritarisme politique qui a toujours été un instrument principal du système étatique de la période coloniale, a été renforcé comme un élément important dans la stratégie de maintien au pouvoir par les différentes sections de l’élite politique. Dans cette perspective, le dessein de construction nationale qui était au cœur du projet nationaliste de l’indépendance et de celui de construction de l’Etat qui était nécessaire à l’avancement du processus post-indépendance ont souffert des revers de fortune. De même, l’incapacité à relever les défis que constitue la gestion de sociétés multi-ethniques a été accentuée par l’échec des sociétés politiques capables d’établir des règles de gouvernance appropriées pour se régir et exiger la responsabilité astreignante de ses membres.

Pendant que le fossé entre l’État et la société se creusait, diminuait l’espoir de voir un cadre de citoyenneté se construire et qui prendrait en compte la diversité des peuples tout en reconnaissant leur droit à la mobilité aux travers des frontières héritées de la colonisation. L’État maintint ses lois par le déploiement de la violence et du patronage, tandis que les groupes exclus en vinrent eux-mêmes à recourir à la violence pour répondre à leur manque de participation. En conséquence, l’Afrique centrale a non seulement connu certaines des formes d’instabilité politique les plus horribles, mais également les plus prolongées de l’histoire post-indépendance de l’Afrique. La région a été également éprouvée par une série de génocides dont les événements de 1994 au Rwanda ont été simplement les plus spectaculaires et les plus tragiques mais pas les derniers comme l’indiquent les évènements actuels de la guerre qui ravage la RDC.

Engager une relecture de l’expérience de l’Afrique centrale est devenue une nécessité absolue pour la communauté académique africaine. La conférence commémorative du 30e anniversaire du CODESRIA offre l’opportunité de proposer ce champ de réflexion plus qu’urgente dans cette sous-région. Les chercheurs souhaitant participer à cet exercice sont invités à examiner l’expérience des crises prolongées dans la sous-région en vue de mieux comprendre leurs origines et leurs dimensions, en identifiant les divers projets de réformes qui sont en cours et le sens de la reconstruction qui se dévoile. Á l’intérieur de ce cadre global, les contributions relatives aux questions suivantes sont vivement encouragées :

- L’historiographie de l’Afrique centrale depuis la période coloniale ;
- Les ressources géostratégiques de l’Afrique centrale et les acteurs historiques et contemporains revendiquant leurs droits sur ces ressources ;
- Colonialisme, loi (coutumière) et violence dans la sous-région ;
- Émergence et nature du projet nationaliste dans cette aire géographique et les facteurs qui ont milité contre sa pleine réalisation ;
- Les sources, la nature et les dimensions des crises de l’État et de sa construction en Afrique centrale ;
- Les acteurs, les facteurs internes et externes critiques dans l’économie politique changeante de l’Afrique centrale ;
- Les formes populaires de stratégies sociales de survie élaborées par les pauvres pour faire face aux crises prolongées de l’État et de l’économie ;
- Le contexte évolutif et les frontières à l’intérieur desquelles les identités se dissolvent, se recomposent et se forment ;
- La quête pour la pleine réalisation des droits du citoyen en Afrique centrale et les contraintes que constituent les barrières héritées des politiques et gouvernances ;
- Les causes, la direction, et les conséquences des mouvements de population dans la région des Grands lacs ;
- Luttes pour la démocratie et la quête pour le renouveau démocratique dans la sous-région ;
- La politique et les alliances inter-étatiques en perpétuel changement dans la sous-région ;
- Les expériences de reconstruction après les conflits et la recherche d’un cadre régional pour la résolution des crises d’identité et de citoyenneté en Afrique centrale.

mars 26 2010