Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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L’Afrique de l’Ouest et la quête d’une construction démocratique de la nation

Conférence sous-régionale pour l’Afrique de l’Ouest : 6-7 septembre 2003, Cotonou (Bénin)

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) célèbre cette année son 30e
anniversaire. Le Conseil a été créé en 1973, suite au désir collectif exprimé par les chercheurs africains en sciences sociales de constituer un
forum viable en Afrique, qui leur permettrait de transcender les barrières dans la production de connaissance, et de contribuer ainsi au
développement démocratique du continent. Dans le cadre des festivités prévues à l’occasion de cet anniversaire, cinq conférences sousrégionales
seront organisées en Afrique centrale, de l’Est, du Nord, australe et de l’Ouest. Celles-ci seront suivies d’une grande conférence de
clôture, qui aura lieu au siège du Conseil, à Dakar, au Sénégal, en décembre 2003. La conférence sous-régionale pour l’Afrique de l’Ouest sera
organisée du 6 au 7 septembre 2003 à Cotonou, au Bénin. Elle aura pour thème, l’Afrique de l’Ouest et la quête d’une construction
démocratique de la nation.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la sous-région ouest-africaine est devenue le principal foyer de développement du
nationalisme africain et de promotion de l’idéal panafricain. En plus du rôle d’avant-garde que les hommes politiques nationalistes de la
sous-région ont joué dans le mouvement africain de libération, certains chefs de file et théoriciens de l’idéal panafricain sont originaires de
cette zone. Au coe ur des préoccupations théoriques et pratiques des nationalistes qui animaient les projets panafricains et ceux de
libération nationale figurait ce désir profond de reconstituer une nation africaine, intégrant les principes d’unité, d’indépendance, de
progrès et de dignité des peuples africains. Cette préoccupation a joué un rôle majeur dans les choix politiques que les nationalistes ont
adoptés, au moment de leur accession à l’indépendance en 1960. En effet, les programmes politiques, économiques, et sociaux adoptés
étaient conçus de sorte à faire avancer le projet national africain, même si, dans la pratique, ils ne sont pas parvenus à réaliser tous les
rêves qui leur étaient associés, ou n’y sont arrivés que partiellement, et de manière sélective. Néanmoins, cette mobilisation populaire
massive qui a eu lieu dans le cadre de la marche vers la libération nationale, a nourri momentanément une dynamique de renouveau national et
continental, faisant partie intégrante du contrat social liant les nationalistes à la population, et l’État post-colonial à la société.

En dépit des promesses de la première décennie, symbolisées par des taux de croissance économique respectables et des opportunités
sociales en plein essor, la période post-indépendance a très tôt vu apparaître une série de défis provoqués aussi bien par des problèmes
internes que par de graves contraintes externes. Le symbole le plus évident de ces difficultés était sans doute la dégradation de la
confiance entre les hommes politiques nationalistes et les mouvements sociaux, tels que les syndicats, les organisations de jeunes et
d’étudiants, et les associations rurales de paysans, dont le soutien donnait du contenu, du sens, de l’énergie, et un certain aspect
démocratique au mouvement de libération nationale. Cette « désunion » s’est traduite par une montée de l’autoritarisme/de la répression
étatique, ainsi qu’en l’émergence d’un système militaire et de partis uniques soutenus par le corps militaire. Elle a également donné lieu à
des efforts soutenus de désorganisation, d’éthnicisation et d’atomisation des mouvements sociaux. La situation s’est aggravée avec le
déclenchement des crises économiques des années 1970 exacerbées par les programmes d’ajustement structurel néo-libéraux qui ont
été imposés en Afrique et dans le monde en développement par les institutions financières internationales. Les programmes d’ajustement ont
renforcé les structures et les processus d’autoritarisme et d’exclusion politiques, creusant ainsi le fossé existant entre l’État et les
mouvements sociaux, tout en écartant le projet de consolidation de la nation post-indépendance. Les déséquilibres politiques associés à
cette situation sont une explication à l’instabilité politique de la sous-région ouest-africaine.

En Afrique de l’Ouest, de nombreux efforts ont été déployés pour raviver le projet post-indépendance, qui fait partie intégrante de la
lutte nationaliste et de l’idéal panafricain. En réalité, la plupart des efforts de ces derniers temps étaient centrés autour de la convocation
de conférences (souveraines) nationales/constitutionnelles, autour de la relance de nouvelles tentatives de réforme politique démocratique
et du principe de re-dynamisation du projet de coopération et d’intégration sous-régionale et régionale. Ces efforts ont, dans une certaine
mesure, permis d’aborder certains aspects des crises de la nation en Afrique de l’Ouest. Cependant, étant donné l’absence d’un cadre
clairement défini et bien cohérent de prise de décision économique, d’intégration sociale et de développement, ces efforts ne sont pas
parvenus à satisfaire les nombreuses revendications des divers groupes lésés. En un mot, l’insuffisance des récentes tentatives de
reconstruction du projet national a révélé au grand jour les crises de citoyenneté en Afrique de l’Ouest, défiant ainsi sérieusement et de
manière directe l’intégrité de l’État-nation, et l’autorité du gouvernement central, ce qui déstabilise la sous-région toute entière. Il est
évident que la conjoncture actuelle en Afrique de l’Ouest exige une redéfinition audacieuse et radicale du projet national, ainsi que du
projet de citoyenneté qui devrait l’accompagner.

Les participants à la conférence sont invités à repenser le projet nationaliste, ainsi que l’idéal panafricain dans le cadre duquel il a été conçu,
à la lumière des défis liés à la notion de nation, de démocratie et de citoyenneté qui se posent à la sous-région ouest-africaine. Dans cette
perspective, les communications pourraient analyser la conception de la nation et de son statut proposée par les nationalistes africains.
Elles pourraient également évaluer les points forts et les erreurs des approches adoptées par les nationalistes, ainsi que celles contenues
dans leurs projets panafricanistes, dans le cadre du processus de construction de l’État-nation post-indépendance. Les présentations pourraient
également :

- examiner les alliances sociales qui sous-tendaient le projet historique et nationaliste panafricain, ainsi que les causes de la
dissolution de ces alliances ; revisiter les différentes politiques socio-économiques poursuivies dans le cadre de la quête d’une nation postindépendance, ainsi que d’une unité africaine ; analyser les implications d’une approche créative pour promouvoir le régionalisme et le
panafricanisme sur la base des frontières héritées du colonialisme ;

- étudier les différentes dimensions de la crise de la nation, de la
démocratie et de la citoyenneté que traverse l’Afrique de l’Ouest ;

- déterminer les origines, le contenu et l’impact des récents efforts de
renouveau constitutionnel et politique au niveau de la sous-région ; examiner les différentes expériences de « vérité et réconciliation »
transitionnelle qui ont été initiées ; étudier les efforts d’accélération de l’intégration régionale ouest-africaine et d’instauration d’un cadre
sous-régional pour la citoyenneté ; examiner les promesses et problèmes posés par le vaste processus de flux économiques
transfrontaliers informels ;

- enfin, analyser le lancement par la communauté internationale de tribunaux destinés à juger les crimes de
guerre et combattre l’impunité, dans le cadre des efforts de reconstitution de la nation et de la société politique.

mars 26 2010