Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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La mise en ligne des revues scientifiques africaines : Opportunités, implications et défis

6-7 octobre 2008, Dakar (Sénégal)

Parmi les nombreux défis auxquels doit faire face la recherche africaine en sciences sociales, l’un des
plus critiques est sans aucun doute celui du manque de visibilité des travaux de recherche effectués.
Traditionnellement, les résultats de recherche sont généralement présentés dans des conférences à
travers des communications, puis publiés sous forme d’articles dans des revues scientifiques avant
d’être éventuellement synthétisés sous forme d’ouvrages. Actuellement, il est extrêmement difficile
pour les chercheurs évoluant dans les différentes disciplines des sciences sociales de publier dans des
revues africaines soit parce qu’elles n’existent pas dans leur spécialité, soit parce qu’elles sont publiées
très irrégulièrement ou qu’elles ont cessé de paraître. Peu nombreuses sont les revues africaines en
sciences sociales qui paraissent régulièrement et celles qui y parviennent bénéficient rarement d’une
bonne diffusion.

Les raisons de cette situation sont d’abord liées à un manque chronique de moyens financiers des
institutions d’enseignement supérieur et de recherche et des associations professionnelles qui les
publient dans un environnement où il existe très peu d’éditeurs scientifiques à vocation commerciale.
Lorsque ces revues parviennent, tant bien que mal, à être publiées, elles le sont en un petit nombre
d’exemplaires, ne bénéficient pas de réseaux de distribution efficaces et souffrent par ailleurs de la
lenteur et du manque de fiabilité des systèmes postaux africains avec pour résultat une diffusion
confidentielle qui dépasse rarement les frontières des pays dans lesquels elles sont éditées.

Les conséquences de cet état de fait sont multiples et se font sentir sur plusieurs plans. Outre de priver
la recherche africaine en sciences sociales de supports de diffusion et donc de moyens lui permettant
d’avoir une visibilité nationale comme internationale, il en résulte des entraves importantes à la
promotion des universitaires et des chercheurs africains. En effet, du fait notamment de l’absence ou de
l’irrégularité des ces publications, les institutions africaines d’enseignement supérieur et de recherche
ont tendance à mettre en place des systèmes d’évaluation des enseignants et des chercheurs qui
privilégient les publications faites dans des revues scientifiques publiées dans les pays développés. Au
final, le peu d’articles publiés par les chercheurs africains dans ces revues dites « internationales » est
pris en compte par les outils du type Sciences Citations Index pour mesurer la qualité et l’importance
de la recherche africaine en sciences sociales, en donnant bien entendu une vision non conforme à la
réalité.

Depuis le début des années quatre-vingt dix, de nouvelles possibilités de publications sont cependant
apparues avec le développement des revues électroniques. Réalisées grâce à des moyens informatiques,
dont disposent aujourd’hui un grand nombre d’institutions africaines d’enseignement supérieur et de
recherche, elles présentent des avantages certains puisqu’elles n’impliquent pas des coûts de réalisation
importants, ne sont pas limitées en termes de nombre de pages ou d’utilisation des couleurs pour les
illustrations, n’entraînent pas de frais d’expédition car publiées sur le Web et sont par ailleurs
instantanément et à tout moment disponibles en tout lieu équipés d’un accès à Internet. Pour ce qui est
de leur signalement, grâce aux nombreux moteurs de recherche, spécialisés ou non, qui indexent le Web, elles sont largement référencées et donc facilement consultables ce qui accroît notablement le
périmètre de leur diffusion et donc leur impact.

Aujourd’hui, peu d’institutions africaines d’enseignement supérieur et de recherche exploitent les
opportunités offertes par les revues électroniques. Ainsi, le projet African Journals Online (AJOL) ne
propose-t-il que 271 titres en ligne, dont cinq (5) publiés par le CODESRIA à savoir le Bulletin du
CODESRIA, Afrique et développement, Afrika Zamani, Identité, culture et politique : un dialogue afroasiatique
et la Revue africaine de sociologie, parmi lesquels 67% proviennent de deux pays, le Nigeria
(125) et l’Afrique du Sud (56). Le faible nombre de revues électroniques en Afrique s’explique par
diverses raisons qui ont pour noms ignorance, méfiance, défiance, résistance, manque de compétences,
manque d’équipement, etc..

Le CODESRIA a donc jugé utile d’encourager les chercheurs qui produisent les connaissances, les
éditeurs qui permettent leur diffusion et les professionnels de l’information qui les collectent, les
signalent et les valorisent à réfléchir autour des différentes problématiques soulevées par les revues
électroniques afin d’en favoriser la connaissance et le développement. Pour ce faire, les quatre axes
suivants ont été identifiés :

(1) Considérations stratégiques, scientifiques, individuelles et institutionnelles : migration du papier
vers le numérique vs création de nouvelles revues, processus éditorial intégralement en ligne vs
simple mise en ligne du contenu final, logiciel propriétaire vs logiciel libre,
confiance/méfiance/défiance envers les revues électroniques, prise en considération vs rejet pour
l’évaluation des chercheurs, processus de validation et qualité scientifique, attitudes,
comportements et motivations des chercheurs, etc.

(2) Modalités de diffusion et de stockage : complémentarité/substitution avec le support papier, accès
gratuit, restreint ou payant, accès ponctuel vs accès sur abonnement, format de diffusion (HTML,
PDF, XML, etc.), référencement (signalement et indexation), support et pérennité de l’archivage
(papier, CDROM, etc.), etc. ;

(3) Economie des revues électroniques : implications en termes de ressources humaines, coût des
dispositifs techniques, viabilité commerciale, propriété intellectuelle et droits d’auteurs, droit
d’auteur alternatif (Licences Creative Commons, Copyleft, Design Science License, etc.),
information comme bien public universel, marché de l’édition vs marché de la connaissance, etc.

(4) Retour d’expérience et projets : partage d’expérience, études comparatives, leçons des réussites et
des échecs, projets, etc. ;

mars 31 2010