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Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique

Le jeudi 31 mars 2022, le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a appris la nouvelle du décès, du Dr Berit Olsson, ancienne directrice de SAREC, le Département de la coopération pour la recherche de SIDA. Nous sommes heureux d’avoir été autorisés à envoyer une note confidentielle de condoléances à sa famille. Mais, vue l’importance du Dr Olsson pour le Conseil et pour la communauté des sociétés de recherche, j’ai le privilège, au nom du CODESRIA et de sa communauté de chercheurs, de publiquement partager cette note.

Le Dr Berit Olsson a pris la direction de SAREC en 1998 et a occupé ce poste jusqu’en 2008. C’est également cette année-là que SAREC, alors en charge de l’amélioration des capacités de recherche dans les pays à faible revenu, a été dissoute dans le contexte de réorganisation au sein de Sida. Pendant son mandat, Dr Olsson a développé une relation étroite avec de nombreuses organisations et chercheurs dans les pays du Sud, et était très appréciée dans les cercles du CODESRIA.

Au CODESRIA, la nouvelle de son décès a été reçue avec tristesse. Pendant de nombreuses années, elle a travaillé sans relâche et avec un admirable engagement à soutenir la relation de Sida/SAREC avec le CODESRIA – et, avec de nombreuses autres organisations du Sud, plus particulièrement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Parmi ces organisations, il y avait CLACSO qui, à l’époque, explorait également la possibilité de développer un cadre de partenariat tricontinental, et SAREC était l’une des rares institutions, avec la Fondation Ford, à avoir contribué à la mise en oeuvre de cette initiative. Cela a mené à l’émergence d’initiatives Sud-Sud qui ont, par la suite, créé un plus grand engagement entre le CODESRIA et d’autres institutions du Sud global.

Pour comprendre l’importance du leadership du Dr Olsson à SAREC pour la communauté de recherche africaine, un rappel du contexte dans lequel elle a travaillé est nécessaire. Les années 1980 et 1990 ont été essentielles, marquées par un revers pour les universités africaines soumises aux assaut répétés des Programmes d’ajustement structurel. Le déclin qui a suivi a eu de nombreuses implications négatives, en particulier dans le domaine du financement et de la capacité de formation à la recherche des universités et centres de recherche africains. Ces programmes ont affecté l’Afrique d’une manière sans précédent et imprévue. Alors que l’État en Afrique se désengageait du financement des universités et de la recherche en général, l’enseignement et la recherche dans les universités étaient soumis à la logique de marché, sapant l’engagement pour la recherche endogène dans les pays en développement. Cette logique était sous-tendue par l’affirmation qu’il était inutile d’investir dans l’éducation si le taux de retour sur investissement n’était pas satisfaisant. C’est, en effet, devenu le credo des institutions de Bretton Woods.

Les défis qui en ont résulté se sont présentés d’une manière que seul un leader visionnaire pouvait comprendre. En œuvrant avec les personnes concernées, ces leaders ont été appelés à adopter des interventions appropriées afin d’éviter un effondrement complet de l’enseignement supérieur et de la recherche sur le continent. Le Dr Olsson était l’un de ces leaders, capable d’écoute et de compréhension des nouveaux défis de l’enseignement supérieur et disposée à travailler avec les personnes concernées afin de trouver des solutions.

Le Dr Olsson a travaillé en étroite collaboration avec le CODESRIA et soutenu la poursuite de travaux de recherche indépendants et le renouvellement des capacités de recherche en Afrique grâce à un soutien pluriannuel de base dédié. Grâce à ce financement, la santé institutionnelle des organisations financées par SAREC a été améliorée et leurs capacités de recherche ont été renforcées. Le Dr Olsson a compris qu’une bonne santé institutionnelle était nécessaire au renforcement de la capacité de recherche, et y a investi. Elle est ainsi devenue une amie et une alliée fiable de la communauté africaine de recherche en sciences sociales représentée par le CODESRIA et des organisations similaires.

À de nombreuses reprises, lors de plusieurs réunions, elle s’est jointe à la communauté et a attentivement écouté les présentations et les interventions d’universitaires et d’acteurs politiques. Elle était douée pour la réflexion aux meilleures options de solutions aux  défis persistants. Elle en a tiré une perspective rare et une véritable compréhension des enjeux auxquels les universitaires et politiques africains étaient confrontés, et leurs préoccupations prioritaires. Elle s’est appuyée sur ces informations pour encadrer les interventions de SAREC d’une manière qui renforce la résilience face à l’adversité, nourrit l’agentivité à une époque d’immense répression, et défend la liberté intellectuelle des universitaires au milieu d’une érosion massive de l’autonomie universitaire.

De nombreux membres de la communauté du CODESRIA se souviendront de l’avant-dernière réunion à laquelle le Dr Berit Olsson a assisté au siège du CODESRIA. À l’époque, SAREC voulait allouer des ressources pour soutenir la recherche sur le genre en Afrique. Le CODESRIA a été invité à préparer un document de référence. Peu de temps après l’examen du document, une décision a été prise de réunir un éventail d’universitaires pour discuter du contenu de cette proposition d’intervention. La réunion, qui s’est tenue à Dakar en avril 2007, a été une rencontre d’esprits, rassemblant le meilleur de la pensée féministe africaine, et a contribué à remodeler le travail sur le genre du CODESRIA et amélioré les approches et les perspectives féministes.

Le nom du Dr Olsson figure dans les mentions de recherche, de coopération en matière de recherche, d’enseignement supérieur et d’innovation en Afrique et au-delà. L’impact de son leadership a été ressenti de manière positive et gratifiante au le CODESRIA, même si elle n’a jamais compromis l’importance de la responsabilité et de la prudence dans l’utilisation de fonds publics versés à la communauté de recherche dans un esprit de solidarité et d’intérêt personnel éclairé. L’autonomisation consciente des organisations avec lesquelles SAREC a collaboré sous sa direction est une des empreintes durables de son action. Elle a encouragé et défendu l’autonomie de nos institutions, la réflexion indépendante dans leurs programmes de recherche, avec l’assurance de soutien pour des idées innovantes et pertinentes.   « Je crois que si les gens [dans les pays en développement] développent des compétences analytiques et ont les outils d’analyse », a-t-elle soutenu, « ils pourront, à la fois, mieux accéder à la recherche internationale, et définir leurs questions de recherche différemment de personnes basées dans le Nord », l’autonomie du CODESRIA en tant qu’institution panafricaine était garantie tant que l’utilisation judicieuse et transparente des ressources était manifeste. S’il y a jamais eu des alliés qui ont, de la même manière, défendu l’indépendance et l’autonomie des chercheurs et des institutions africaines contre les pressions des donateurs, le Dr Olsson en était un exemple patent.

Au nom du CODESRIA, de son Comité exécutif et de l’ensemble de ses membres, nous   exprimons nos condoléances à la famille de cette femme de formidable courage et de vision. Lors de la 13ème Assemblée générale du CODESRIA tenue à Yaoundé, au Cameroun, le CODESRIA a eu l’occasion d’officiellement exprimer son appréciation et ses remerciements au Dr Olsson et lui a fait ses aurevoirs en attendant sa retraite.

Nous souhaitons le meilleur à la famille du Dr Olsson, en particulier à Björn Olsson et Susanna Mjörnheim, aux amis et anciens collègues de Sida, dans ce moment difficile et saluons son  souvenir au moment du repos éternel.

Godwin R. MURUNGA

Secrétaire Exécutif

12 mai 2022.