Council for the Development of Social Science Research in Africa
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Deux décennies de démocratie et de gouvernance en Afrique : leçons, défis et perspectives

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Conférence internationale : Deux décennies de démocratie et de gouvernance en Afrique : leçons, défis et perspectives (20–22 juin 2011, Dakar, Sénégal) organisée par la CEA (Addis-Abeba), le CODESRIA (Dakar) et Johns Hopkins University (Washington, DC) 

Contexte :

La période allant de la fin des années 1980 aux années 1990 a été marquée par la lutte concertée pour la démocratisation et la revendication bruyante de la bonne gouvernance sur le continent africain (Anyang’ Nyongo’ 1987 ; Chole et Ibrahim, 1995). La soif de liberté et de justice, les répercussions politiques des programmes d’ajustement structurel et les systèmes autocratiques et répressifs solidement ancrés qui dominent la majeure partie de l’histoire postcoloniale de l’Afrique ont encouragé et légitimé les luttes démocratiques populaires en Afrique. Les luttes démocratiques ont déclenché des changements et des réformes constitutionnelles et politiques dans de nombreux pays, imposant la tenue d’élections et l’octroi de libertés civiles et politiques (Gyimah-Boadi, 2004 ; Bujra et Adejumobi, 2002). Entre 1996 et 2006, 44 élections se sont déroulées en Afrique subsaharienne, et entre 2005 et 2007, 26 élections présidentielles et 28 élections législatives ont eu lieu en Afrique (CEA, 2009 : 17). 

Le processus démocratique a pris différents tournants et trajectoires dans différents pays, avec différents niveaux de progrès. Certes, les élections sont devenues plus régulières, et d’autres composantes de la démocratie libérale se sont relativement améliorées par rapport à la situation d’il y a deux décennies, mais la qualité de la démocratie et de la gouvernance demeure sujette à caution dans de nombreux pays. Pour nombre de personnes en Afrique, la consolidation de la gouvernance démocratique, en termes de renforcement des institutions démocratiques et de capacité de l’État à gérer les processus politiques et économiques de la société en vue du développement, reste un défi de taille. En effet, certains chercheurs soutiennent que la qualité de la gouvernance est en baisse, et que le projet démocratique sur le continent est non seulement mis en question, mais aussi menacé. D’où la nécessité de réfléchir sur les progrès, les défis et les perspectives du projet démocratique et de la gouvernance en Afrique.

En dehors des questions de processus que comporte le développement de la démocratie en Afrique, il y a aussi la nécessité de revisiter et d’interroger le discours théorique sur le projet démocratique en Afrique, dans l’interface entre démocratie, renforcement des institutions et développement ; la question de l’État de développement démocratique ; et la démocratie et le discours de la culture politique. La démocratie libérale ne doit pas être considérée comme acquise en Afrique, mais interrogée dans sa forme, son contenu, sa faisabilité et son lien avec le développement. Une des questions qui date des années 1970 et qui a eu un grand écho dans les milieux intellectuels africains à la fin des années 1980 et au début des années 1990 est le lien entre démocratie et développement. Alors que certains soutenaient que les valeurs de la démocratie libérale (liberté d’expression, libertés civiles et politiques, etc.) sont bonnes en elles-mêmes et ne doivent pas nécessairement se fondre avec le développement, d’autres affirmaient que la démocratie n’a de sens que si elle est reliée au développement. L’importance du rôle des mouvements sociaux dans les processus de démocratisation a été soulignée par un certain nombre de participants aux débats qui avaient commencé avant même le début de la vague des conférences nationales qui a balayé de nombreux pays d’Afrique occidentale et centrale. Vers le milieu des années quatre vingt dix, Mkandawire (1999, 2001) et ses collègues ont cherché à combler le fossé en plaidant pour un État de développement démocratique. La question de la forme, du contenu et de la « faisabilité de la démocratie en Afrique » (Ake, 2000) doit être réexaminée dans le cadre de la définition de l’avenir de la démocratie en Afrique, d’autant plus que les conflits violents et le génocide au Rwanda ont eu tendance à freiner l’enthousiasme suscité par la chute des régimes autoritaires et la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. Le passage de l’autoritarisme à la démocratie a donc été le sujet de nombreux débats académiques et politiques. De nos jours, l’essentiel de la discussion concerne la gouvernance, plus spécifiquement la gouvernance démocratique, et comment l’établir ou la pérenniser. Plusieurs indices sur la gouvernance ont été développés en vue de faciliter le suivi de la qualité de la gouvernance, et les nombreux rapports sur la gouvernance en Afrique publiés ces dernières années donnent une bonne indication quant aux endroits où la démocratie et la gouvernance démocratique sont en train d’être consolidées, et ceux où des reculs ou des impasses ont été notés. En fait, des évaluations récentes ont tendance à suggérer qu’il y a des progrès marginaux en matière de gouvernance en Afrique (UNECA, 2005, 2009) ; toutefois, il existe des défis nombreux et de taille dans la consolidation de la gouvernance démocratique sur le continent, tels qu’identifiés par ces rapports. La réapparition des coups d’État militaires, la rancœur, la violence et les manipulations apparentes associées aux élections, ainsi que la tendance aux règlements des différends politiques après les conflits électoraux par la formation de gouvernements de coalition, sont autant de signes indicateurs des insuffisances des nouvelles démocraties africaines. Par conséquent, il est tout à fait souhaitable et opportun de procéder à une introspection scientifique rigoureuse et à une projection sur l’avenir de la gouvernance et de la démocratie en Afrique.

Principaux thèmes de la conférence :

Après deux décennies durant lesquelles le processus de démocratisation a été amorcé en Afrique, jusqu’où le continent est-il allé en termes de promotion de la démocratie et de la gouvernance démocratique ? Quelles sont les interprétations et les discours divergents sur la démocratie et la gouvernance démocratique en Afrique ? Comment les discours sur la démocratie en Afrique diffèrent-ils de ceux d’autres régions du Sud ? Quels sont les faits saillants et les réalisations des processus démocratisation en Afrique au cours des deux dernières décennies ? Quelles sont les leçons apprises ? Quels sont les principaux défis, problèmes et perspectives ? Quel est l’état des connaissances sur le discours de la démocratie en Afrique et dans le monde ? Quelles forces sociales constituent des défenseurs et des agents de la démocratie en Afrique qui affrontent, mettent en question et peuvent invariablement reconfigurer le paysage politique en Afrique ? Comment peut-on améliorer les institutions et processus démocratiques – élections, systèmes de partis, parlement et pouvoir judiciaire, etc. – en Afrique ? Dans quelle mesure peut on bâtir des cadres et des initiatives régionales contribuant au renforcement de la campagne en vue de promouvoir la démocratisation et de la bonne gouvernance en Afrique ? Comment l’Afrique peut-elle construire un avenir démocratique meilleur sur les fondements politiques actuels fragiles ? Quelles sont les perspectives de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique dans les deux prochaines décennies du 21e siècle ? Telles sont, entre autres, les questions que doit traiter cette conférence internationale.

2. Objectifs

L’objectif principal de la conférence est de générer des réflexions intellectuelles rigoureuses, rétrospectives et prospectives, sur le processus de démocratisation en Afrique et sur l’architecture de la gouvernance en évolution, et comment ils ont promu durant ces deux dernières décennies la justice sociale, le progrès social et le développement sur le continent. Les réflexions porteront sur les progrès et les réalisations, les leçons apprises, les échecs, les défis et les perspectives, et élaboreront des interventions fondées sur la politique qui pourraient s’avérer utiles pour améliorer la démocratie et la gouvernance en Afrique dans les deux prochaines décennies du 21e siècle. Évidemment, on pense généralement que la consolidation de la démocratie et des institutions démocratiques solides jouent un rôle central dans la réduction de la pauvreté, la promotion d’une croissance économique durable et la réalisation du progrès social et du développement économique en Afrique. De surcroît, l’état des connaissances sur la politique et la gouvernance et du discours de la démocratie en Afrique sera pris en compre, en faisant ressortir le débat sur la forme, le contenu et la faisabilité de la démocratie en Afrique, en particulier dans son interface avec le développement.

 
Les objectifs spécifiques de la conférence sont les suivants :

Faire l’état des connaissances et du discours sur la démocratie, la gouvernance et le développement en Afrique ;
Analyser les progrès réalisés en matière de démocratie et de gouvernance en Afrique en mettant en exergue les bonnes pratiques des deux dernières décennies ;
Identifier et passer en revue les leçons apprises, les problèmes et les défis de ces deux dernières décennies ; 
Analyser le cours possible et les perspectives de la démocratie et de la gouvernance en Afrique dans les deux prochaines décennies ;
Formuler des recommandations de politiques de renforcement des institutions et des processus démocratiques et de promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique.

 
3. Sous-thèmes

La conférence traitera les sous-thèmes suivants :

Revisiter les débats et les nouvelles perspectives théoriques sur la démocratie, la gouvernance et le développement en Afrique ;
Progrès, tendances et défis de la démocratisation et de la gouvernance en Afrique (élections, systèmes de partis, parlement, État de droit, responsabilité et surveillance, lutte contre la corruption, réformes du secteur public, prestations de services, groupes marginalisés, etc.) ;
Architecture de l’État, constitutionalisme, démocratie et gouvernance ;
Conflits, violence, règlements politiques, démocratie et gouvernance ;
Croissance économique, pauvreté et gouvernance ;
Institutions régionales et cadres de gouvernance ;
Acteurs externes, régimes d’aide, conditionnalité politique, démocratie et gouvernance en Afrique.
 

février 5 2011



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