Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Pluralisme politique et démocratie électorale in Guinée Bissau : quels sont les enjeux ?

16-17 octobre 2008, Bissau (Guinée-Bissau)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique a le plaisir d’annoncer une conférence de dialogue politique sur le thème : « Pluralisme politique et démocratie électorale en Guinée Bissau : Quels sont les enjeux ? » L’objectif de ce dialogue est de contribuer au débats sur les enjeux de la construction d’une société plus ouverte et plus démocratique dans la Guinée Bissau d’après conflit. Le dialogue est une continuité des débats qui ont pris place à Bissau en 2007 lors de la première conférence de dialogue politique organisée par le CODESRIA dans le pays sur le thème du renouveau économique, social, politique et cultural d’après la période de conflit. A la fin de la conférence et à la demande du Chef d’Etat de Guinée Bissau, une déclaration de Bissau avait été adoptée et qui appelait le gouvernement et la société civile de développer des initiatives destinées à institutionnaliser un dialogue permanent et un espace de consultation mutuelle entre les acteurs politiques, économiques et sociaux de la Guinée Bissau. En 2008,la conférence de Bissau sera consacrée à un examen du pluralisme politique et de la démocratie électorale, thèmes pertinents pour divers groupes dans le pays à la lumière des élections législatives prévues pour novembre 2008. La signification des élections pour le gouvernement, les partis politiques, la société civile et pour la nation en général ne peut être occultée au vu de l’histoire récente d’instabilité politique, de conflits violents répétés, et de sous-développement socio-économique soutenu qui ont caractérisé l’économie politique du pays. La conférence réunira chercheurs, politiciens, décideurs et représentants des mouvements sociaux et les organisations de la société civile.

Le débat académique et politique sur le pluralisme politique et la transition démocratique n’est pas nouveau. Il a, par contre, repris avec vigueur du fait des limites mises à jour dans la quête récente et en cours de différents pays africains dans la construction de systèmes de gouvernance démocratique. L’adoption par nombre de pays africains de formes libérales de gouvernance dans les années 1990 a permis l’installation de systèmes politiques dans lesquels des politiciens organisés en partis politiques , bien sûr, rivalisent pour obtenir une majorité parlementaire et former un gouvernement sur la base d’élections libres et équitables. Dans ce but, certains pays sont généralement perçus comme ayant non seulement réussi à organiser des élections justes mais également d’avoir consolidé un système électoral crédible. Dans ces pays, les élections semblent avoir contribué à jeter les bases d’une stabilité démocratique. Dans d’autres cas, malgré la tenue d’élections, les politiciens n’ont pas réussi à créer les conditions d’épanouissement de la démocratie. Les élections ont eu tendance à être entachées d’accusations de fraude, la société civile s’est sentie muselée, la liberté d’expression et celle de la presse n’ont pas été respectées, etc. Dans un troisième groupe de pays, les élections ne se sont pas tenues régulièrement pour plusieurs raisons (les conflits, les calculs politiques étroits des sortants, le manque de ressources financières, etc) et quand elles sont organisées, elles sont souvent manipulées avec le système judiciaire qui est incapable d’exercer son indépendance, la société civile qui est réprimée, et l’élite politique étalant leur manque de dimension d’état. En plus, dans ces pays, au lieu d’être le garant de la démocratie, l’Etat sert plutôt d’instrument à l’équipe dirigeante qui l’utilise pour s’approprier les richesses nationales, la politique devenant un jeu de perdants.

L’exemple de pays où les élections n’ont pas renforcé la gouvernance démocratique et ceux où les élections ne se tiennent pas, ou si elles se tiennent, sont profondément entachées, démontrent que la relation entre le pluralisme politique et la démocratie électorale n’est pas linéaire, et que la démocratie ne peut se limiter à l’organisation d’élections. En d’autres mots, les élections sont une condition nécessaire mais pas suffisante pour rendre un pays ou un régime démocratique. Le pluralisme politique est seulement possible si le système politique permet à plusieurs acteurs autonomes d’exprimer des intérêts, des vues et des options différents en termes d’organisation politique de la société, ce qui présuppose que les activités de ces acteurs sont légales. Qu’ils contribuent ou non à la consolidation de la démocratie, les élections plurielles peuvent être un facteur critique sinon décisif dans la résolution de crises politiques graves ou de conflits armés comme c’était le cas en Angola (1992), la Guinée Bissau (1999), le Burundi (2005) et la RDC (2006), pour ne mentionner que quelques exemples en Afrique. Cependant, ceci ne signifie nécessairement pas que le processus de paix qui résulte d’élections plurielles est irréversible, surtout quand les problèmes structurels tels que la justice sociale, l’inclusion sociale et la légitimité de l’Etat n’ont pas été suffisamment abordées. Il doit également être noté que les élections peuvent dans certains cas permettre à des dirigeants impopulaires de reprendre et de se maintenir au pouvoir. Il est vrai, la tendance mettre sur le même plan élections et démocratie doit être abandonnée dans le contexte des expériences historiques et contemporaines où l’un contribue à l’affaiblissement et même à l’érosion de l’autre. Pour un pays comme la Guinée Bissau, et il est vrai, pour la plupart de l’Afrique, l’enjeu posé aujourd’hui est comment assurer que les élections contribuent au démocratique processus et le renforcent.

En Guinée Bissau, l’histoire du pluralisme politique est très récente. Défini comme un système où le multipartisme est reconnu légalement et les partis politiques peuvent rivaliser périodiquement pour avoir le contrôle du pouvoir politique. C’est devenu une réalité il y a deux décennies après l’accession du pays à l’indépendance en 1974. Legs direct du colonialisme, le pays avait, par le passé, connu un système politique fortement centralisé qui, à partir des années 1930 avec l’accession de Salazar au pouvoir, s’est transformé en régime fasciste avec tout ce que cela implique en termes de restrictions sur les libertés politiques et civiques à la fois au Portugal et dans les territoires colonisés. Dans le contexte de construction de l’Etat du mouvement de libération nationale, les premières années d’indépendance politique ont été également caractérisées par une concentration du pouvoir politique dans les mains d’un seul parti politique le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC) qui, jusqu’à la réforme constitutionnelle de 1991, était légalement et institutionnellement établi comme l’unique représentant légitime du people guinéen.

Comme dans nombre de pays africains dans les années 1990, le système de parti unique a été abandonné et la vie politique s’est ouverte à d’autres acteurs en Guinée Bissau. L’article 4 de la constitution qui conférait au PAIGC le statut de force dirigeante a été aboli. Plusieurs facteurs ont procédé à la chute du système de parti unique en Guinée Bissau, parmi eux les mécontentements politiques internes, et les changements socio-économiques qui ont favorisé des actions de plus en plus autonomes de certains groupes de citoyens et d’intérêts. La trajectoire de la réforme politique en Guinée Bissau était similaire au processus survenu dans d’autres pays africains. Les changements dans la constitution, la création de nouveaux partis, l’adoption d’un nouveau code électoral, l’établissement d’une commission électorale nationale, etc. Néanmoins, l’expérience bissau guinéenne a aussi ses spécificités qui pourraient être explorées au cours de la conférence. Des questions pertinentes à aborder, il y a les suivantes : quelles étaient les forces sociales qui ont porté le processus de réforme politique ? Quelle était l’étendue de la transition d’un régime de parti unique de plus en plus autoritaire à un régime multipartite ? Pouvons-nous considérer que le processus a été mené à son terme ou y a-t-il toujours des vestiges du passé de système monopartite ? Quels sont les piliers sur lesquels repose le système politique guinéen ? Ce sont là quelques questions auxquelles devront les participants à la conférence sont encouragés à répondre.

La démocratie libérale et les élections multipartites qui y sont associées sont perçues comme la meilleure manière de choisir les représentants du peuple. Ceci présuppose que les représentants du peuple ont effectivement à cœur les intérêts de ceux qu’ils sont censés représenter. Car, la réalité ressemble rarement cette représentation théorique dans la majorité des pays, y compris ceux d’Afrique. Ceci étant le cas, il serait légitime d’inviter les participants à la conférence de réexaminer l’agenda de la réforme politique en Afrique, en tenant compte des facteurs historiques qui ont façonné le contexte. Une attention particulière devra être portée à la lutte de libération nationale et comment son impact et son héritage ont contribué à la multiplication de pression pour une réforme politique. Quelle est la relation entre le concept de démocratie révolutionnaire développé par Amilcar Cabral et la pratique actuelle de démocratie libérale en Guinée Bissau ? Dans quelle mesure les deux types de démocraties (libérale et révolutionnaire) sont-ils compatibles ? Le pluralisme, par définition, présuppose une diversité d’idées, de projets, d’associations, etc. Cependant, basés strictement sur les types de programmes qu’ils promeuvent, il ne semble pas que les partis politiques qui émergé après l’abolition de monopartisme soient fondamentalement différents les uns des autres. Ceci est vrai quand à la nature du système politique et du rôle des partis en son sein ; le modèle économique à suivre pour le développement national, les politiques sociales qui devraient être mises en œuvre, le positionnement du pays dans l’arène internationale, le développement et la consolidation de la légitimité de l’Etat, la participation de la Guinée Bissau dans les organisations régionales et internationales, etc. La ligne de démarcation entre les partis politiques n’est pas idéologique mais plutôt de la défense d’intérêts particuliers. Au vu de cette réalité, la question est comment comprendre les textes et les sous-textes du débat politique en Guinée Bissau entre les partis politiques eux-mêmes, entre les partis et la société civile, et entre les organisations de la société civile ? Ceci est très important dans un contexte où les rivalités politiques sont très conflictuelles même dans un consensus apparent qu’un système politique multipartite est dans l’intérêt du pays.

Enfin, une des questions que la conférence devra aborder est la manière avec laquelle, dans son fonctionnement de base, le système politique peut rendre le pouvoir au peuple. C’est une question qui est au cœur de la politique guinéenne et qui pourrait déterminer l’avenir du pays. Répondre à cette question demande une analyse exhaustive d’un système électoral qui s’est montré, jusqu’à présent, incapable de produire des gouvernements préparés et capables de s’attaquer aux racines des inégalités sociales qui ont maintenu la majorité de la population dans l’exclusion et la pauvreté.

octobre 16 2008



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