Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La crise financière et économique mondiale et les pays du Sud : Impact et réponses

17-18 mai 2012, Dakar (Sénégal)

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En 2008, le monde a connu l’une des plus graves crises financières depuis la Grande Crise des années 1930. Celle-ci, montrant ses effets en mi-2007 a continué en 2008 pour conduire à la chute des marchés boursiers ainsi qu’à l’effondrement et la disparition finale de grandes institutions financières aux États-Unis et en Europe. En réponse, les gouvernements, même dans les pays les plus riches, ont dû trouver des plans de sauvetage, pour venir en aide particulièrement à leurs systèmes financiers. En raison du rôle crucial que jouent les banques dans le système de marché actuel, les crises dans les grandes banques ont conduit à une situation où littéralement tout le monde a souffert, même les plus riches. Avec un système mondialisé, le resserrement du crédit s’est très vite répercuté à travers toute l’économie réelle, transformant la crise financière mondiale en une crise économique mondiale. Ce que beaucoup considéraient comme un déséquilibre temporaire du système financier international a fini par devenir une véritable crise du système capitaliste mondial, « un des développements de la longue crise d’un capitalisme vieillissant », comme le définit Samir Amin. Avec l’effondrement financier, toutes les autres dimensions de la crise du système, notamment la crise énergétique, la crise alimentaire et la crise environnementale ont fait surface.

La principale conséquence de la crise bancaire est sa répercussion dans le reste de l’économie, entrainant une crise économique plus générale et plus profonde. Ce fut ainsi le début de la récession. Les problèmes économiques découlant de la récession et de la crise ont généralement des impacts sociaux et structurels dans les secteurs importants de la société. Ils affectent le niveau de vie et limitent les besoins des individus dans ces secteurs. Les répercussions sociales de la crise financière mondiale sont également très répandues et entrainent souvent une dégradation du niveau de vie de millions de personnes, en particulier dans les pays pauvres. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que près d’un milliard de personnes au monde sont touchées par la faim. Par ailleurs, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a rapporté que plus de 200 millions de personnes sont au chômage.

Même dans les pays ou les régions qui ont montré quelques signes d’évolution positive, le fait de se remettre de la crise financière mondiale demeure un défi constant. De nombreux pays asiatiques ont connu une croissance rapide et la création de richesses dans les dernières décennies. Cela a conduit à d’énormes investissements dans les pays occidentaux, ainsi qu’à l’augmentation des investissements étrangers en Asie, principalement en provenance de l’Occident. Cependant, cette crise a montré que les répercussions se font sentir de part et d’autre dans un monde de plus en plus interconnecté. Ainsi, l’Asie a été plus exposée aux problèmes provenant de l’Occident. Les produits et services asiatiques sont demandés dans le monde entier, et un ralentissement dans les pays riches signifie aussi un ralentissement en Asie, entraînant des pertes d’emploi et des problèmes connexes tels que les troubles sociaux. Les problèmes persistants liés à la crise économique incluent l’augmentation du taux de chômage, la hausse de la dette, la faible croissance dans les pays développés, ainsi que l’augmentation des difficultés d’accès au financement pour les pays en développement. En outre, les prix des denrées alimentaires en 2011 ont été instables et ont presque atteint leur niveau maximal en 2008. Des millions de personnes dans la Corne de l’Afrique et dans la région du Sahel ont un besoin urgent d’assistance à la suite de la sécheresse, des conflits dévastateurs et du déplacement des populations.
Les conséquences et les effets de la crise économique ont varié d’un pays à l’autre, et d’une région à l’autre, selon divers facteurs, y compris les capacités financières et la démographie. Dans le monde arabe par exemple, ces effets négatifs, parmi d’autres facteurs, ont joué un rôle majeur dans les événements politiques qui affectent la région depuis 2010.

Dans les premières années de la crise économique, certains spécialistes ont soutenu qu’en raison de leur faible intégration au reste de l’économie mondiale, les pays africains pourraient ne pas être touchés par la crise, du moins pas au début. Des développements récents ont cependant montré que cet espoir était de courte durée. La croissance économique de l’Afrique a chuté en raison du ralentissement économique mondial. Le Fonds monétaire international (FMI) avait prédit que la croissance en Afrique sub-saharienne baisserait jusqu’à 1,5% en 2009, un chiffre qui est loin en dessous du taux de croissance de la population. La plus grande économie de l’Afrique, à savoir l’Afrique du Sud, est entrée en récession pour la première fois depuis 1992, en raison d’une forte baisse dans les secteurs clés des manufactures et des mines.

Malgré le fait que l’Afrique dispose actuellement des plus faibles parts au monde en matière de commerce et d’investissement régionaux, il y a une forte possibilité que le déséquilibre dans le flux de capitaux au cours des deux dernières années affecte le continent par rapport a ce qu’il reçoit de l’extérieur, tant en termes d’aide publique au développement (APD) et d’investissements directs étrangers (IDE). Le FMI a promis davantage de prêts à la région, cette fois-ci avec des conditionnalités plus flexibles qui, par le passé, ont été très préjudiciables à l’Afrique. Dans le long terme, on peut s’attendre à ce que les investissements étrangers en Afrique diminuent alors que le resserrement du crédit se fera sentir. Les pays africains pourraient subir une pression croissante pour le remboursement de la dette. Alors que la crise s’approfondit et que les institutions internationales et les banques occidentales qui ont prêté de l’argent à l’Afrique ont besoin de consolider leurs réserves, celles-ci pourraient exiger davantage de remboursements de la dette. Cela pourrait ainsi provoquer de nouvelles réductions dans les services sociaux telles que la santé et l’éducation, qui ont déjà été réduits en raison de l’impact des crises et des politiques lamentables des époques précédentes.

Une bonne partie de l’Amérique latine dépend du commerce avec les États-Unis qui absorbent à eux seuls la moitié des exportations de cette région. Il convient ainsi de soulever la question suivante : comment cette région sent-elle l’effet des crises financières et économiques mondiales, et plus particulièrement la crise financière aux États-Unis ? En outre, les inquiétudes sur la fragmentation sont croissantes, car un certain nombre de pays sud-américains élèvent des barrières commerciales contre leurs voisins avec la crise qui s’accentue.

Il est nécessaire que les pays du Sud examinent les options disponibles pour un redressement national et régional par rapport à chaque aspect de la crise économique et l’élaboration de politiques appropriées. Le défi reste de savoir comment trouver des réponses appropriées et diverses à l’impact désastreux de la crise, tout en gardant à l’esprit l’intérêt global commun des pays du Sud. Seules quelques mesures politiques peuvent être prises au niveau national, surtout si le pays concerné est trop petit pour compter sur le renforcement de la croissance nationale. Compte tenu de cette situation, des mesures spécifiques aux rapports Sud-Sud sont importantes. Par conséquent, les réformes, les actions et la coopération au niveau international sont les plus cruciales.

Une analyse de l’impact des crises financières et économiques sur les pays du Sud est une condition préalable à la définition des politiques de développement. Une analyse holiste est de rigueur dans la mesure où elle doit intégrer toutes les dimensions qui pourraient jouer un rôle dans les sphères politiques, sociales et culturelles. La conférence encouragera donc les communications qui abordent une réflexion alternative sur la crise financière et économique. À cet égard, du point de vue des pays du Sud, une question de recherche pertinente, concerne le rôle de l’Etat pour surmonter la crise sociale qui a été aggravée par la crise économique mondiale. Une analyse holiste de l’impact de la crise devrait se pencher sur l’impact sur la pauvreté et les questions liées à l’exclusion sociale, les réponses des mouvements sociaux, aussi bien que la question de la gouvernance mondiale.

avril 16 2012



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