Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Hommage à Hocine Khelfaoui
Nouria Benghabrit-Remaoun

30 mars 2013

Nous venons d’apprendre avec tristesse le décès à Montréal de notre collègue et ami Hocine Khelfaoui connu pour l’autorité de ses recherches portant sur les cadres et les élites.

Il s’agit là d’une grande perte pour l’université algérienne et canadienne et pour l’Afrique, qu’il visitait souvent lors des rencontres organisées par le CODESRIA et dans le cadre de la direction à laquelle il participait comme éditeur au sein de la Revue de l’enseignement supérieur en Afrique.

Nous avions d’ailleurs avec d’autres collègues, eu l’occasion de le rencontrer à Dakar, Yaoundé, Rabat, mais aussi Oran où il avait eu à participer aux rencontres organisées du 09 au 11 mars 2010 par le CODESRIA en partenariat avec le CRASC autour de la question des Libertés académiques, du 02 au 04 décembre 2012 autour de la question du Changement en Algérie, au CRASC.

Hocine Khelfaoui a très vite compris que la compétition internationale se jouait entre autres, sur la capacité d’une société à produire des ingénieurs et des cadres au vu de la part croissante dans l’économie des emplois tertiaires. Participant à chaque fois, qu’il le pouvait aux rencontres organisées sur les problématiques de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, c’est à notre sens, tout « naturellement » qu’il aboutit à devenir un des éditeurs de la Revue de l’enseignement supérieur en Afrique. Son engagement intellectuel sans faille, la modestie caractérisée du personnage, le sérieux de ses approches, et sa fidélité à son objet, font de Hocine Khelfaoui, une véritable référence pour tous et particulièrement la nouvelle génération de chercheurs.

Présent à la dernière Assemblée Générale du Codesria, précédée par les rencontres organisées par le Comité Arabe pour l’enseignement supérieur, la recherche et la connaissance de l’Unesco et que nous avions le privilège de présider, son apport sur la connaissance des cadres et des ingénieurs, leur positionnement social, a été hautement apprécié.

A travers le dernier texte envoyé par Hocine, après sa contribution au workshop organisé par le CRASC intitulé « Penser le changement en Algérie. Quels apports des sciences sociales ? », il nous livre toute la profondeur de sa pensée, très travaillée par le souci de comprendre comment « l’antagonisme entre les normes prescrites par le système industriel et les pratiques sociales, affecte le mode d’inscription sociales des technologies dans sa double dimension spatiale et temporelle ». Une pensée arrivée à maturité capable de livrer une des pistes explications à l’échec de la mise en œuvre de la politique d’industrialisation en Algérie. La clé de voûte, celle de la place de l’innovation et de l’autonomie de la catégorie des ingénieurs. Ses interventions étaient toujours suivies avec attention et appréciées par nos collègues. Malheureusement, nous ne pourrons plus tirer profit de ses contributions et éclairages sur des questions majeures qui continuent à se poser à notre société. Cependant, il a beaucoup déjà donné aux sciences sociales et son œuvre devra être poursuivie. En mon nom personnel et au nom des chercheurs du CRASC qui l’ont connu, j’adresse à sa famille et ses amis, dont beaucoup font partie en Algérie, et en Afrique nos condoléances les plus attristées.

Tous nous rendons hommage à sa mémoire et continuerons à puiser dans le savoir qu’il nous a légué, et gardant toujours la modestie dont il savait faire preuve.

Qu’il repose en paix !