Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Interdisciplinarité et défis méthodologiques dans les études africaines et régionales en Afrique : Ecole d’été avec la possibilité d’obtenir une bourse doctorale

Date limite : 22 juin 2014

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Dakar, du 1er au 6 septembre 2014

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) et le Centre d’études africaines de Bâle (CEAB) lancent un appel à candidatures pour la 1ère Ecole d’été CODESRIA/CEAB des études africaines. L’Ecole d’été vise à promouvoir et consolider les approches interdisciplinaires dans la recherche sur l’Afrique mais également sur d’autres régions du monde menées à partir du continent africain. Elle porte sur les études africaines comme composante des études régionales (« area studies ») et a pour objectif d’identifier les thèmes qui, sur les plans théorique, conceptuel et méthodologique, sont pertinents pour la réflexion sur le défi intellectuel que posent l’Afrique comme objet d’étude et sa contribution à la recherche scientifique en général tout en mettant en question la pertinence des résultats des approches africaines sur d’autres régions. L’Ecole d’été est organisée en coopération avec la Fondation Suisse « Oumou Dilly » et le CODESRIA et vise à renforcer les liens entre les chercheurs de la communauté du CODESRIA et ceux des études africaines en Suisse.
La Fondation « Oumou Dilly » soutient des jeunes chercheurs du continent africain dans leur appétence pour l’éducation en particulier pour l’ éducation universitaire. L’Ecole d’été CODESRIA/CEAB des études africaines offre à la Fondation une plateforme pour identifier des étudiants africains interessés et excellents qui pourraient demander une bourse doctorale (de thèse) au sein du CEAB.

Interdisciplinarité et défis méthodologiques dans les études africaines et régionales en Afrique

Les institutions de financement de la recherche exigent de plus en plus des projets de recherche conçus de façon interdisciplinaire. Ceci semble refléter le constat que les disciplines tradtionnelles, aussi bien dans les sciences sociales et humaines que dans les sciences naturelles, sont devenues trop étroites pour prendre en compte, à elles seules, tous les aspects que comportent les phénomènes dans la vie réelle. À l’évidence, il s’agit d’un problème au centre du débat en cours depuis vingt ans, sinon davantage. Il s’est introduit dans les sciences humaines à travers les discussions sur le postmodernisme qui a conduit à une remise en question du canon et, par conséquent, de l’organisation de la production des connaissances après les Lumières. Sur ce point, le débat est lancé par Jean-François Lyotard suite aux réserves qu’il a exprimées à propos des « métarécits » qui – comme le débat le démontre – tirent leur plausibilité et force de la croyance en un projet de la modernité, avec son postulat du progrès et de la raison comme évidents en soi. Beaucoup de ceux qui utilisent le terme pour parler de l’ordre du savoir ont été socialisés dans une société colonisée dans laquelle le récit optimiste de la modernité a toujours été perçu avec un certain scepticisme. La structure de la production du savoir même les rend très tôt suspicieux. Edward Said, pour ne pas le nommer, note dans Culture et impérialisme qu’il est impossible de parler de la langue anglaise et, par extension, la littérature anglaise, sans examiner les conditions historiques dans lesquelles celle-ci est devenue un symbole de la nation et culture anglaises (Said 1993). Le colonialisme en était une des conditions. Jemie Chinweizu en littérature et Kwasi Wiredu en philosophie ont auparavant attiré l’attention sur le besoin de décoloniser l’esprit africain. C’est un appel à une attitude plus souveraine envers la production des connaissances dans le contexte africain dont Paulin Hountondji s’est fait l’écho, en appelant à l’abandon de la division internationale du travail intellectuel qui fait des chercheurs africains les producteurs de matériaux empiriques sur lequels vont théoriser les scientifiques européens et nord-américains. Il préfigure les développements qui constitueront plus tard la masse critique des questions soulevées par Jean-François Lyotard. Ces éclairages sonnent l’éveil critique des chercheurs au caractère artificiel des frontières disciplinaires. De même, ils se rendent compte que non seulement les disciplines rendent possible l’organisation correcte du savoir sur les plans théorique, conceptuel et méthodologique, mais historiquement elles ont aussi permis de masquer les relations tissées entre les cultures, autant qu’elles ont aidé à les façonner. Ces perspectives ont aussi créé un espace dans lequel le reste du monde peut davantage s’affirmer, non seulement sur la production de connaissances sur lui-même, mais sur la manière dont les connaissances sont produites dans ces contextes pourraient contribuer à améliorer les outils théoriques et conceptuels dans les disciplines. Certaines de ces questions sont explorées en profondeur dans l’ouvrage édité par Valentin Mudimbe et al sur l’Afrique et les disciplines (Bates, Mudimbe, O’Barr 1993).

Les approches aux études subalternes, aux études postcoloniales et à la colonialité du savoir et du pouvoir gagnent en importance lorsqu’il s’agit de remettre en question l’autorité du canon occidental, au-delà de la simple dichotomie sciences naturelles versus sciences sociales et des mérites relatifs des frontières disciplinaires. En fait, de telles approches critiques posent la question de la pertinence même des connaissances produites dans des cadres théoriques qui occultent les conditions historiques qui ont permis la formation d’objets scientifiques dont fait partie l’Afrique. En effet, dans ce contexte, il semble quasiment impossible de penser les études africaines sans référence à ces préoccupations. Par leur nature, les études africaines et les études régionales ont généralement été toujours définies comme frontières disciplinaires, même si, dans l’ensemble, ce sont les contributions des disciplines individuelles qui assurent leur survie. Poser une question sociologique équivaut à en poser une d’ordre historique ; postuler la possibilité d’une amélioration économique revient à proposer des systèmes pour interpréter l’histoire et la façon dont elle a constitué la géographie. À des degrés différents, les chercheurs sont conscients du fait que les études régionales exigent un effort interdisciplinaire.

En choisissant ce thème pour la session inaugurale de l’Ecole d’été CODESRIA/CEAB en études africaines, nous visons à mettre ces différents niveaux de conscience au centre des échanges. Plus particulièrement, nous comptons explorer dans quelle mesure les jeunes chercheurs sont conscients du caractère interdisciplinaire de leur recherche, quel que soit le sujet disciplinaire sur lequel il a été formulé et la façon dont une meilleure prise en compte de cette dimension peut profiter à leur travail. D’un point de vue théorique, nous posons des questions sur l’envergure réelle du cadre théorique dans lequel les chercheurs qui travaillent sur l’Afrique et à partir de l’Afrique formulent leurs questions et s’attendent à des réponses.

Les objectifs de l’Ecole d’été sont largement définis comme suit :

• L’Ecole d’été permet aux étudiants en PhD et MA, sous la supervision de chercheurs principaux, d’engager de façon critique les développements théoriques, conceptuels et méthodologiques dans les études africaines et études régionales en général et de rendre celles-ci pertinentes pour leurs travaux ;

• encourager les étudiants en PhD à se pencher sur la pertinence potentielle de leurs connaissances sur l’Afrique pour améliorer leurs outils théoriques, conceptuels et méthodologiques pour les disciplines aussi bien que le travail interdisciplinaire ;

• cultiver chez les étudiants en thèse le sens d’appartenance à une communauté de chercheurs en quête de connaissances et de carrière scientifique ;

• encourager les jeunes chercheurs à travailler à tailler une place pour les études africaines – ou les études régionales en général – dans le champ élargi de la recherche scientifique et ainsi aider le domaine à figurer au centre de la production des connaissances (possibilité de décrocher un excellent PhD) ;

• identifier des étudiants qui aimeraient développer ou finaliser un doctorat dans le domaine des études africaines et études régionales en général et leur donner accès à une bourse en Suisse pour concevoir des approches pertinentes.

Directeur de l’Ecole d’été : Elísio Macamo (CODESRIA/CEAB)

Ateliers : Les participants prendront part à quatre ateliers : théorie et interdisciplinarité – travailler avec les concepts – questions méthodologiques – construction théorique. Chaque participant sera inscrit à l’un des quatre groupes chargés de préparer des éléments de discussion pour une des quatre sessions d’après-midi. Les membres de chaque groupe échangeront entre eux par email et se réuniront en séance préparatoire le weekend précédant l’ouverture de l’école d’été.

Conférenciers invités : (à préciser)

Dossier de candidature et inscription : Les participants seront sélectionnés selon la qualité et la valeur de leur proposition de cinq pages dans laquelle ils expliquent (a) le sujet de leur recherche et (b) la relation entre celle-ci et le thème de l’Ecole d’été. Les demandes doivent être accompagnées d’un CV et de deux lettres de recommandation. Prière d’envoyer votre dossier en PDF jusqu’au 22 juin 2014 à aminata.diaw@codesria.sn et veit.arlt@unibas.ch.

mai 13 2014



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