Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Editorial

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Au nom des Comités exécutif et scientifique, du Secrétariat exécutif et de tout le personnel du Secrétariat du CODESRIA, recevez les vœux de l’équipe éditoriale pour une merveilleuse année 2015. Veuillez trouver ici le message du Secrétaire Exécutif. 2015 a une signification particulière pour le CODESRIA qui, en partenariat avec le Human Science Research Council, organise, (du 13 au 16 septembre 2015) le Forum mondial des sciences sociales à Durban (Afrique du Sud). La date limite d’envoi de résumés est fixée au 1 mars 2015. Pour savoir comment envoyer un résumé et plus d’information sur le Forum, veuillez aller sur le lien. http://www.wssf2015.org.

Plus important, le Conseil tient sa 14ème Assemblée générale à Dakar (Sénégal) en juin de cette année. L’importance de l’Assemblée générale de cette année est à relever cette année car le CODESRIA parachève un processus d’évaluation interne dont les résultats devraient faire figurer parmi les questions qui feront l’objet de débat et de décision lors de cette Assemblée générale. L’évaluation est une initiative du Conseil qui, à travers un processus interne de réflexion, s’appuie sur sa longue existence pour faire face aux défis et enjeux du nouvel et dynamique de l’environnement dans lequel il se trouve aujourd’hui.

Au cours de ses 42 ans d’existence, le Conseil a vécu de nombreux processus, ce qui lui permet d’aborder les questions actuelles avec une large perspective qui fait défaut à nombre d’institutions. Par conséquent, il n’est pas surprenant que des membres du Conseil aient réagi à la récente tragédie de Charlie Hebdo par des contributions riches et stimulantes.

Charlie Hebdo intéresse le CODESRIA et ses membres car il contraint la société en général à faire face à certaines des questions fondamentales auxquelles le CODESRIA a été confronté et sur lesquelles il a joué un rôle de premier plan. Une de ces questions est celle de la liberté académique, qui à certains égards, pourrait être considérée comme un élément de la grande question de la liberté d’expression. La fréquente répression des universitaires du fait de leurs opinions a contraint le CODESRIA à devenir un fervent défenseur de la liberté académique et à mettre en place des programmes et mécanismes pour venir en aide et protéger les universitaires persécutés. Cette lutte pour la protection de la liberté est, cependant, toujours allée de pair avec un attachement sans faille aux principes de tolérance, d’égalité et de non-discrimination. En promouvant des travaux qui remettaient en cause les falsifications et distorsions de l’Occident et d’avilissement des histoires africaines, le Conseil réaffirme l’importance de la liberté comprise comme une valeur universelle qui va de pair avec l’impératif de ne pas dénigrer les autres du fait de leur race, sexe, religion, nationalité, origines ethniques, orientation linguistique, etc.

Les limites à ne pas franchir entre liberté d’expression et respect d’autrui et bien d’autres causes utilitaires qui sont apparus très fortement dans les récents débats est un dilemme auquel a été et est confronté le Conseil. Il n’était pas inhabituel de voir des universitaires s’autocensurer ou occasionnellement favoriser la victimisation de collègues qu’ils percevaient comme allant contre l’intérêt supérieur, souvent sous le couvert de l’intérêt national. Mais comme il apparait dans les écrits et réactions de quelques-uns aujourd’hui, les universitaires africains ont souvent été en désaccord avec la monopolisation et l’exploitation de la capacité à définir l’ « intérêt supérieur » par un petit nombre qui se constitue et se définit comme le seul habilité à définir ce qui est meilleur pour la société, quelle que soit la manière dont elle se définit.

L’exploitation de l’ « intérêt supérieur » et la nécessité de ne pas « offenser les autres » renvoie à une autre dynamique qui est évidente dans les processus actuels dans lesquels Charlie Hebdo est plongé. La capacité à monopoliser et à manipuler ce qui est considéré comme une offense aux autres et l’intérêt supérieur n’est que le reflet de la capacité à sélectivement « protéger » la liberté d’expression des personnes comme l’on entend. Sans surprise, il y a eu de nombreux grincements de dents alors que la répression contre les discours considérés comme choquants et dangereux accompagnait des déclarations exagérées d’engagement à protéger la liberté d’expression de ceux considérés comme impliqués dans des modes d’expression légitimes, quoique déplacés. La question ici est de savoir si c’est la liberté d’expression qui est protégée ou celle jugée appropriée par les puissants ? Est-ce que cette seconde approche couvre la protection de liberté dans tous les sens du terme.

L’intolérance contenue dans une tuerie pour combattre « les discours offensants » ainsi que dans la « protection sélective » de la liberté n’est que l’un des aspects commun entre ce qui semble être des dynamiques contraires. Contrairement aux sombres dichotomies invoquées, qui opposent le barbarisme atavique et organique à la civilisation moderne, il semble plus approprié de comprendre les deux faces de la confrontation comme des éléments des luttes géopolitiques, économiques et sociales actuelles dans lesquelles les lignes de front et les alliances sont fluides et moins sombres que souvent imaginées. De plus, les assertions universalistes et agressives qui exigent le respect pour le « Verbe » dans un sens divin font écho très souvent à des pendants laïques qui font des déclarations osées sur l’exigence de « civilisation universelle » dont la définition en fait paradoxalement la prérogative d’un groupe privilégié déguisé en « communauté internationale ».

Pour plus de débats sur toutes ces questions, le onzième numéro de la Newsletter du CODESRIA vous propose des commentaires de membres du CODESRIA et d’autres contributeurs sur la saga Charlie Hebdo.

Bonne année !

février 4 2015



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