Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Appel à candidatures : 2e Ecole d’été CODESRIA/CEAB sur les études africaines et les études régionales en Afrique

Date limite : 31 mai 2016

Nombre de visites : 7941

Dakar, du 22 au 27 août 2016
L’interdisciplinarité dans les études régionales : recherche fondamentale et appliquée

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) et le Centre d’études africaines de Bâle (CEAB) lancent un appel à candidatures pour la 2e Ecole d’été CODESRIA/CEAB sur les études africaines et les études régionales en Afrique.

L’Ecole d’été vise à promouvoir et à consolider les approches interdisciplinaires dans la recherche sur l’Afrique mais également sur d’autres régions du monde menées à partir du continent africain. Elle porte sur les études africaines comme composante des études régionales et a pour objectif d’identifier les thèmes qui, sur les plans théorique, conceptuel et méthodologique, sont pertinents pour la réflexion sur le défi intellectuel que pose l’Afrique comme objet d’étude et sa contribution à la recherche scientifique en général tout en mettant en question la pertinence des résultats des approches africaines sur d’autres régions. Les objectifs de l’Ecole d’été sont largement définis comme suit :

• permettre aux étudiants en doctorat (PhD), sous la supervision de chercheurs principaux, de faire une étude critique des développements théoriques, conceptuels et méthodologiques dans les études africaines et études régionales en Afrique en général et de rendre ceux-ci pertinents pour leurs travaux ;

• encourager les étudiants en doctorat (PhD) à se pencher sur la pertinence potentielle de leurs connaissances sur l’Afrique pour améliorer leurs outils théoriques, conceptuels et méthodologiques pour les disciplines aussi bien que le travail interdisciplinaire ;

• cultiver chez les étudiants en doctorat (PhD) le sens d’appartenance à une communauté de chercheurs en quête de connaissances et de carrière scientifique ;

• encourager les jeunes chercheurs à œuvrer pour créer un espace pour les études africaines ou les études régionales en Afrique en général dans le champ élargi de la recherche scientifique et ainsi permettre de placer l’Afrique au centre de la production des connaissances ;

• identifier les jeunes chercheurs désireux de développer ou de finaliser un projet de recherche doctorale dans le domaine des études africaines et études régionales en général et les soutenir davantage pour l’atteinte de leurs objectifs de carrière.

L’Ecole d’été est organisée avec le soutien généreux de la Fondation Oumou Dilly (Suisse) en collaboration avec le CODESRIA. Elle vise à renforcer les liens entre les chercheurs de la communauté du CODESRIA et ceux de la communauté des études africaines en Suisse.

Concept : recherche fondamentale et appliquée

La prochaine Ecole d’été CODESRIA/CEAB sur les études africaines et les études régionales en Afrique va répondre à la demande fréquente, implicite ou explicite, selon laquelle les connaissances produites sur l’Afrique (comme sur d’autres régions du monde dit en développement) devraient être axées sur la pratique, centrées sur les solutions et pertinentes pour le développement. Elle mettra l’accent sur les défis conceptuels que cela peut entraîner.

Il est généralement admis que les connaissances produites sur l’Afrique ont été façonnées, d’une part, par la nature inégale des relations entre l’Afrique et l’Occident et, de l’autre, par des réactions critiques qui ont favorisé la remise en question de la légitimité de ces connaissances par des voix africaines. La question concernant les objectifs qui doivent être assignés à ces connaissances reste un problème persistant en matière de production de connaissances sur l’Afrique. Il est vrai que la recherche a rendu le continent visible tandis que, dans le même temps, les propriétés qui ont été associées à la perception de l’Afrique ont façonné la capacité scientifique à décrire la réalité. Beaucoup de discussions sur l’étude de l’Afrique ont été centrées non seulement sur le degré d’exactitude des connaissances sur le continent (Apter ; p’Bitek ; Robinson) mais également sur le rôle du pouvoir de représentation dans la constitution de notre idée de l’Afrique (Mudimbe ; Hountondji). Alors que les voix critiques antérieures cherchaient soit à nier les connaissances scientifiques produites sans la primauté du continent concernant la définition de ce qui constitue la connaissance de l’Afrique et comment celle-ci peut être rétablie de manière adéquate (p’Bitek ; Eze), d’autres chercheurs se sont par la suite focalisés davantage sur les dommages que ces connaissances ont causés à la perception générale du continent (Mudimbe ; Wiredu, Mbembe).

Le malaise qui a accompagné les réactions africaines concernant la connaissance sur l’Afrique a suscité une vigoureuse activité intellectuelle qui a façonné la production de connaissances sur le continent. La réaction du continent africain vis-à-vis des représentations étrangères et de son vécu a jeté les bases d’une vaste activité intellectuelle non seulement sur le continent, mais aussi de la part de la diaspora intellectuelle africaine. Il y a eu plus d’un demi-siècle d’examen critique de la connaissance sur l’Afrique produite dans les paradigmes qui ne sont pas nécessairement sensibles à l’expérience vécue par les Africains. Fort de cela, il semble important de s’écarter légèrement des questions scientifiques de fond inhérentes à ces échanges intellectuels pour se focaliser sur des questions plus pratiques relatives aux fonctions de la recherche.

La recherche sur l’Afrique devrait produire des connaissances pertinentes pour le développement. C’est une attente incontestable compte tenu des défis de développement massifs que doivent relever les pays africains. La recherche ne peut se permettre d’ignorer ce qui se passe dans le monde et doit chercher à être pertinente en s’engageant à résoudre les problèmes qui affectent les pays et les peuples dans le monde réel. Toutefois, il existe des problèmes inhérents à cette approche. En effet, recueillir des données est une chose, mais les analyser et en tirer des conclusions pour appliquer les implications des résultats dans le monde réel sont autre paire de manches. La tâche pratique de la mise en œuvre de la recherche, c’est-à-dire le fait d’en tirer des implications politiques et l’élaboration de politiques pratiques qui traiteront des problèmes dans le monde réel, a été un défi majeur pour les chercheurs et les praticiens non seulement dans les pays développés, mais aussi dans les pays en voie de développement. Ce défi est particulièrement crucial dans les sciences sociales, où l’orientation pratique dans le sens de la recherche appliquée n’est pas facile à établir. Puisque le financement de la recherche privilégie de plus en plus les projets de recherche orientés exclusivement vers la recherche appliquée, les questions relatives à la pertinence méritent d’être traitées de manière plus énergique et systématique.

Sur le plan conceptuel, le défi de la mise en œuvre des résultats de recherche peut être compris comme un manque de distinction claire entre les problèmes conceptuels et les problèmes pratiques. Dans la plupart des projets de recherche, cette distinction tend à être considérée comme acquise, mais l’expérience montre que les choses sont plus compliquées sur le terrain. Alors que les problèmes pratiques se rapportent au défi de trouver une solution à un problème connu qui doit être traité, par exemple comment faire en sorte qu’une loi anti-corruption soit comprise et mise en œuvre par les forces de police afin de protéger les citoyens contre l’arbitraire, les problèmes conceptuels se rapportent à ce que nous devons savoir pour comprendre un problème, par exemple si le sentiment d’insécurité ressenti par les citoyens est causé par l’absence de législation anti-corruption. Les recommandations politiques peuvent facilement découler de la recherche portant sur des problèmes pratiques ; mais elles peuvent difficilement dériver des problèmes conceptuels. Les problèmes pratiques appellent à des solutions alors que les problèmes conceptuels appellent à la compréhension. C’est ce manque de distinction qui a conduit dans la pratique soit à fixer des exigences en matière de recherche qui ne peuvent pas être atteintes, ou à s’engager dans l’impossibilité patente de traduire les résultats en pratique du fait que la recherche a été conçue comme devant traiter des problèmes conceptuels.

Le but de cette rencontre pédagogique est donc de sensibiliser les partenaires de recherche basés en Afrique sur ces défis tout en travaillant en même temps sur les moyens de rendre la recherche pertinente pour les défis du développement. Cette rencontre portera principalement sur cinq ateliers d’une journée qui répondront à ces défis, notamment sur les axes suivants :

• La conception de la recherche : problèmes conceptuels vs. problèmes pratiques
Cet atelier traite des questions épistémologiques fondamentales dans la production de connaissances en faisant une distinction entre la recherche fondamentale (problèmes conceptuels) et la recherche appliquée (problèmes pratiques).

• La conception analytique : formulation de problématiques
Cet atelier examine en détails la nature de la recherche fondamentale en explorant la façon dont elle peut être comprise comme une forme de recherche qui aide à formuler des problématiques pour lesquelles il peut déjà y avoir des solutions ou, en tout cas, qui nécessitent l’élaboration de solutions.

• La conception pratique : formulation de solutions
Cet atelier est un complément du précédent (formulation de problématiques) et met l’accent sur le processus d’identification des problèmes pour lesquels des solutions peuvent être élaborées.

• La conception de politiques : comment les solutions fonctionnent dans le monde réel
Cet atelier met l’accent sur les conditions politiques, économiques et sociales qui doivent être remplies pour rendre une solution efficace.

• La conception de l’évaluation : vérification de la pertinence de la recherche
Cet atelier introduit l’importante tâche de l’élaboration de critères pour déterminer le degré de mise en œuvre des résultats de recherche dans l’amélioration du plan de recherche.

Le résultat attendu de l’Eole d’été est une compréhension théorique et pratique approfondie de la différence entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée ainsi que le renforcement de la capacité de traduire les résultats de la recherche en actions concrètes dans le cadre des études africaines et des études régionales en général.

Experts

Elísio Macamo (directeur de l’Ecole d’été), professeur agrégé d’études africaines à l’Université de Bâle (Suisse)

Ralph Weber, professeur adjoint d’études européennes et internationales à l’Université de Bâle (Suisse).

Jean-Bernard Ouédraogo, Directeur de recherche au CNRS/EHESS (France), Rédacteur en chef de la revue Method(e)s ;

Nkolo Foe, Professeur titulaire en philosophie à l’Ecole supérieure de Yaoundé I, Cameroun

Format

L’Ecole d’été sera structurée de manière à ce que chaque question thématique fasse l’objet d’un atelier. Les deux premières questions thématiques, à savoir la conception de la recherche (1) et (2) la conception analytique, sont théoriques dans l’orientation. Elles traiteront des textes qui abordent les questions de philosophie et de méthodologie des sciences sociales. Les trois questions thématiques restants, à savoir (3) la conception pratique, (4) la conception de politiques et (5) la conception de l’évaluation, sont des sessions pratiques, qui se fondent sur les propres projets de recherche des participants, les profils de pays et de milieux institutionnels pour traduire les résultats de la recherche en action politique.

En amont, les participants prépareront des commentaires écrits sur la base de leurs propres recherches et leurs lectures. Au cours de l’Ecole d’été, ils formeront des groupes de travail qui prépareront les contributions afin de jouer ainsi un rôle actif dans les différentes sessions.

Candidature & Inscription

L’Ecole d’été est ouverte à tout doctorant inscrit dans un institut d’enseignement supérieur. Nous encourageons la candidature des doctorants inscrits dans les institutions africaines et suisses. Les frais relatifs au voyage, à l’hébergement et à la nourriture pendant l’Ecole d’été seront pris en charge pour les participants inscrits dans des institutions en Afrique.

Les participants seront sélectionnés selon la qualité et la valeur de ce qui suit :
1. Un formulaire de candidature dûment rempli ;
2. Une lettre de motivation ;
3. Une proposition de cinq pages dans laquelle ils expliquent (a) le sujet de leur recherche et (b) la relation entre leur celui-ci et le thème de l’Ecole d’été.

Les demandes doivent être accompagnées d’un CV et de deux lettres de recommandation.

Veuillez envoyer votre dossier de candidature en version PDF à l’adresse suivante : area.studies@codesria.sn (date limite : 31 mai 2016).

avril 13 2016



Commentaires