Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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Note conceptuelle

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) lance un projet sur les régimes de sécurité en Afrique. L’initiative vise à produire des connaissances sur les mesures de sécurité développées en Afrique et à promouvoir l’influence de ces connaissances sur les efforts pratiques face aux menaces de sécurité grandissantes sur le continent. Dans de nombreux pays africains de nos jours, garantir la sécurité est un défi aussi important et difficile que promouvoir le développement durable. Les récentes attaques orchestrées par des groupes fondamentalistes au Mali et en Côte d’Ivoire associées aux fréquentes attaques des groupes similaires dans les différentes régions d’Afrique ont davantage attiré notre attention sur l’importance de la question de sécurité. Ces attaques ne sont qu’une partie d’un large éventail de défis sécuritaires en Afrique. Les guerres civiles et la violence intercommunautaire, les crises électorales, la criminalité transnationale organisée, les violations des droits de l’homme, etc… combinés avec d’autres formes de violences structurelles, y compris la pauvreté, la croissance des inégalités et la marginalisation des groupes basés sur le genre et la citoyenneté mettent en danger des vies et des communautés.

La nature spectaculaire de certaines de ces menaces, telles que les attaques terroristes, ont souvent retenu l’attention au détriment d’autres menaces moins spectaculaires, mais non moins dangereux. Ce projet permettra de repérer les formes de violence spectaculaires comme le terrorisme au sein d’un ensemble de menaces plus larges pour la sécurité humaine et aidera à promouvoir les mesures de sécurité durables respectant le principe de la démocratie et la bonne gouvernance en Afrique.

Les multiples mesures de sécurité adoptées récemment dans les pays d’Afrique comprennent entre autres : la création des forces d’intervention en attente, les forces de réaction rapide, des groupes de travail conjoint, des forces spéciales, la formation et le renforcement des agences de renseignement... Ces mesures font partie des processus plus larges et plus longs pour améliorer la sécurité au niveau local, national, sous régional et continental en Afrique. Ces efforts ont au fil du temps inclus la propagation des systèmes de sécurité à domicile, l’acquisition de chiens de garde de race pure par les uns, la naissance de quartiers résidentiels fermés et gardés, la prolifération des agences de sécurité privées, les réformes du secteur de la sécurité à grande échelle, la création et le déploiement des forces régionales de maintien de la paix comme l’ECOMOG en Afrique de l’Ouest.

Les discussions sur ces mesures de sécurité renvoient toujours à la question de l’efficacité. Mais aussi importants sont leurs impacts sur l’état de droit, les droits humains et la gouvernance démocratique, leur conformité avec et le renforcement de la bonne gouvernance et la mesure dans laquelle ils augmentent la résilience des individus et des sociétés sur le long terme. Les impacts spécifiques sont non moins importants sur les communautés marginalisées, y compris les femmes, les « étrangers », les minorités ethniques et religieuses, les enfants, les jeunes et les pauvres.

Comparer ces mesures de sécurité aux régimes de santé est un exercice utile. Dans un premier lieu, leur adoption suggère une enquête sur les « douleurs » et de ce fait sur les défis sécuritaires. Cela nécessite également une enquête sur l’efficacité dans le traitement des douleurs sécuritaires qu’elles sont supposées guérir. Deuxièmement, étant donné que plusieurs régimes sont souvent prônés comme des solutions aux problèmes de sécurité, il est important d’explorer les choix effectués par chaque société. Pourquoi certaines sociétés ont tendance à privilégier les réponses militaristes face aux problèmes de sécurité, tandis que d’autres préfèrent mettre l’accent sur la lutte contre les violences structurelles comme la pauvreté, les inégalités et la marginalisation qui créent un terrain fertile pour la violence ? Enfin, l’examen et l’adoption des régimes suggèrent des processus d’apprentissage et de changement qui sont d’une importance cruciale pour l’élaboration et la mise en œuvre des politiques. Qu’est-ce que l’analyse comparative des mesures de sécurité en Afrique et entre l’Afrique et d’autres régions du monde nous enseignent comme « meilleures pratiques » dans la gestion et la transformation de divers problèmes de sécurité ? Dans quelle mesure la spécificité du contexte influence la façon dont les mesures de sécurité fonctionnent et comment les succès sont transférables d’un endroit à un autre ?

Les principales questions : les points suivants résument les grandes questions que le projet abordera :

1. Quelles sont les multiples menaces de sécurité qui préoccupent les pays africains aujourd’hui ? Comment ces menaces interagissent les uns avec les autres et quels sont leurs causes ?
2. Quelles sont les mesures de sécurité que les communautés locales, les États, les organisations régionales et continentales ont mis en place pour faire face aux menaces ? Qu’est ce qui explique les choix des acteurs, vu la longue liste de mesures utilisées pour faire face à chaque type de menace ?
3. Quels sont les effets politiques, économiques et sociaux de ces mesures de sécurité et dans quelle mesure sapent-elles ou renforcent-elles la gouvernance démocratique, les normes de la bonne gouvernance, les droits humains et l’état de droit ?
4. Quelles sont les implications des défis sécuritaires et les mesures prises pour y faire face ? Comment les considérations de genre peuvent être mieux traitées dans la conception et la mise en œuvre des mesures de sécurité ?
5. Comment peut-on améliorer la durabilité des mesures de sécurité et leurs effets ainsi que leurs capacités à augmenter la résilience des communautés ?
6. Comment les populations s’adaptent et exploitent les possibilités créées par les mesures visant à lutter contre la sécurité qui sont souvent de plus en plus strictes et évidente dans les pays africains ?

Activités : Les activités suivantes seront développées dans le cadre de ce projet :

1. Une demi-journée forum pré-conférence à Dakar le 30 Aout 2016 pour partager davantage le projet avec le public, attirer de nouveaux partenaires et assurer l’utilisation des produits dans les milieux politiques.
2. Une conférence de dialogue politique du 28 - 29 Septembre 2016 à Bamako, Mali. Il réunira environ 60 participants comprenant des chercheurs, des praticiens des organisations étatiques et non-étatiques, les représentants des OSC, des ONG et des organisations internationales.
3. Un document de politique qui mettra en évidence les implications politiques du projet et une publication évaluées par les pairs qui servira comme document de référence sur les mesures de sécurité en Afrique.
4. Les activités de diffusion et de sensibilisation notamment un atelier de dissémination d’une journée à Dakar pour assurer l’adoption des résultats du projet par les politiques.

Les résultats du projet : le projet vise à atteindre les résultats suivants :

• Une meilleure compréhension des mesures de sécurité qui servira comme une base solide pour l’élaboration et la mise en œuvre des politiques sur les questions de sécurité en Afrique est établie
• Les connaissances produites sont effectivement utilisées pour renforcer la politique publique dans la lutte contre les fléaux sécuritaires.
• Des discussions plus larges sont menées par les populations touchées sur les défis sécuritaires et les mesures utilisées pour les gérer
• Des connexions entre les chercheurs et les praticiens travaillant sur les questions de sécurité en Afrique sont établies.

août 26 2016



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