Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Gérer le système sanitaire africain

2004

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Face aux graves problèmes de santé auxquels a fait face le continent africain ces dernières années, une quantité considérable de recherches a été produite, conçue pour favoriser une compréhension générale sur les origines, la nature, les dimensions et l’impact/conséquences de ces crises sanitaires. Cependant, ces études, tout en offrant quelques pistes utiles, ont été marquées par des graves faiblesses, parmi lesquelles, un manque de profondeur historique et contextuelle, une pénurie de vues comparatives, une absence générale d’approche multidisciplinaire, et un déterminisme culturel excessif et mal renseigné soutenu par des perspectives socio-anthropologiques étroites. Pour remédier à ces faiblesses, il est nécessaire que les études africaines sur la santé avancent dans une logique de résolution des problèmes contribuant à approfondir la connaissance et favorisant l’innovation analytique. Nous proposons de faire un premier pas dans cette direction par l’organisation d’une réflexion centrée sur la gestion du système sanitaire africain dans son ensemble.

Il est généralement établi dans la littérature que la santé est, à tous les niveaux, un bien public. S’il en est ainsi, alors il est également important qu’une attention sérieuse soit prêtée à la gestion du système de santé. Comme espace et vecteur de rapports de force dans la société, le système de santé incarne et pose les questions de l’accès, de l’équité, de justice et de pérennisation qui exigent d’être suivies pour une compréhension correcte du fonctionnement et de la fonctionnalité du système. Dans le contexte spécifique africain, les questions d’accès, d’équité, de justice et de pérennisation dans le système sanitaire sont plus pressantes aujourd’hui du fait des divers échecs systémiques qui, mis ensemble, ont produits une dangereuse dégradation de l’état sanitaire des africains jamais égalée depuis les indépendances.

En effet, comme cela a été largement observé, y compris par des agences telles que l’UNICEF, même certains des progrès historiques dans l’état sanitaire enregistré après l’indépendance dans des secteurs tels que la mortalité infantile ont reculé. Au milieu de la crise qui a saisi le secteur sanitaire, le déclin de l’état sanitaire général de beaucoup d’Africains, la réduction des dépenses de santé publique par l’Etat, les diverses urgences sanitaires confrontant le continent, et les défis de la réforme, les questions d’accès, d’équité et de pérennisation se posent clairement comme des questions importantes en elles-mêmes, et comme éléments fondamentaux à l’exercice de la citoyenneté, des droits démocratiques et du contrat social.

En outre, les changements dans les comportements en matière de santé à travers le continent, à côté de l’émergence et/ou la revitalisation de nouvelles formes privées et populaires d’offre de santé entraînent de nouveaux défis de gestion qui méritent d’être étudiés de plus près, au delà de l’anecdotique. Par exemple, la croissance du marché privé de l’assurance médicale et des cliniques privées sont des indicateurs d’une stratification grandissante du marché sanitaire en droite ligne de l’accroissement des revenus et des différenciations sociales qui sont survenus au cours des deux dernières décennies. Ce changement pose des défis de nouvelles prises de décision, de gestion et de régulation auxquels les gouvernements et les associations professionnelles devront répondre.

De même, la croissance du marché des médicaments alternatifs, la redécouverte et la popularisation des guérisseurs traditionnels/guérisseurs de la foi donne des indications sur les crises du secteur sanitaire formel et les stratégies populaires adoptées pour y faire face, ouvrent de nouveaux espaces de pouvoir, de droits et de standards qui proposent leurs propres réponses normalisatrices. La montée de la production et de la distribution de faux médicaments ou de médicaments de qualité médiocre pointe vers une logique entreprenariale opportuniste qui cherche à profiter des crises sanitaires africaines et des problèmes du système sanitaire ; l’opportunisme pourrait être le revers des opérations des cartels pharmaceutiques internationaux dont les stratégies en matière de prix dévorent de manière disproportionnée les budgets de santé des pays en développement, mettent les perspectives de traitement hors d’atteinte des pauvres travailleurs et en exposent un grand nombre aux impitoyables revendeurs de produits de substitution contrefaits et illicites.

De plus, les changements dans la structure de soins apportés par l’explosion de la pandémie du VIH/SIDA, la persistance du paludisme comme un grand tueur et la résurgence de maladies comme la turberculose qui étaient jusque là sous contrôle, ont des implications sur la gestion des systèmes de santé surtout qu’ils sont liés aux capacités en réduction constante des services de santé publique à faire face à un éventail complexe de besoins. Cette capacité réduite est commune à toutes les sphères du système de santé, allant de la fuite des talents à l’effondrement des structures de formation et de gestion du personnel créées pour produire et reproduire des ressources humaines adéquates. Les budgets de santé gouvernementaux, déjà réduits par des années de crises économiques et d’ajustement structurel, sont constamment sous la contrainte et les gestionnaires de santé publique sont confrontés à la difficile et sinistre tâche de définir les priorités des dépenses entre un nombre de maladies et de mesures politiques d’importance égale. Les gouvernements sont également appelés atteindre divers objectifs de développement social en matière de santé définis par des accords mondiaux, gérer les activités des donateurs et des organisations non-gouvernementales actives dans le domaine de la santé, et vaincre les difficultés associées à la quête de production/importation des médicaments génériques pour lesquels les grandes compagnies pharmaceutiques internationales détiennent les brevets.

Indéniablement, donc, le rôle de l’état comme fournisseur, facilitateur et régulateur dans le secteur de la santé est un rôle sur lequel nous sommes constamment appelés à nous interroger. Cet état de fait renforce l’importance du questionnement sur la nature et la composition de l’Etat – capacité, légitimité, etc – et comment celles-ci se reflètent dans le fonctionnement du système sanitaire. Le développement, au cours des dernières décennies, d’une coalition sanitaire internationale, à la fois inter-gouvernementale et non-gouvernementale aussi bien que l’interface entre cette coalition et les acteurs locaux de la société civile, présente une dimension supplémentaire à la gestion du système sanitaire auquel une attention toute particulière devra être prêtée au moment de l’affaiblissement des capacités de l’état à travers le continent. L’éventail et la variété des questions associées aux réformes du secteur sanitaire et la gestion du système de santé sont infinis et divers points d’entrée multidisciplinaires sont nécessaires pour une compréhension équilibrée et holistique. Les futures participants à l’Institut sur Santé, Politiques et Société en Afrique sont invités à s’interroger sur ces différents points d’entrée et autres aspects de la recherche dans la gestion du système sanitaire en Afrique.

décembre 28 2009



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