Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


4ème Ecole d’été CODESRIA/CASB en études africaines et études de région en Afrique

Thème : L’ordre normatif dans les études africaines
Lieu : Dakar, Sénégal
Date : 14-18 septembre 2020
Délai des candidatures : 17 juillet 2020

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) et le Centre pour les études africaines de Bâle (CASB) lancent un appel à candidatures pour leur 4ème édition de l’École d’été en études africaines et études de région en Afrique. Cette École d’été, organisée avec le généreux soutien de la Fondation Oumou Dilly (Suisse) en collaboration avec le CODESRIA, vise à renforcer les liens entre la communauté de chercheurs regroupés au sein du CODESRIA et leurs homologues spécialistes des études africaines établis en Suisse.

L’École d’été se donne pour objectif général de stimuler et de consolider les approches interdisciplinaires en matière de recherche sur l’Afrique, mais aussi de recherches menées en Afrique sur d’autres régions du monde. Prenant les études africaines comme exemple d’études de région, elle cherche à identifier des thèmes pertinents, sur les plans théorique, conceptuel et méthodologique, pour la réflexion sur le défi intellectuel de l’Afrique, perçue comme objet de savoir. Elle cherche également à identifier la contribution de l’Afrique à la recherche en général tout en s’interrogeant sur la pertinence des résultats pour les approches africaines des autres régions.

L’École d’été vise les objectifs spécifiques suivants :

  • Donner aux doctorants et aux chercheurs émergents l’opportunité de s’imprégner de façon critique des nouvelles avancées théoriques, conceptuelles et méthodologiques dans le domaine des études africaines et de mieux adapter les méthodes à leur travail grâce aux conseils de chercheurs chevronnés ;
  • Encourager les doctorants et les chercheurs émergents à réfléchir à la pertinence des connaissances potentielles sur l’Afrique pour améliorer les outils théoriques, conceptuels et méthodologiques tant sur le plan intra-disciplinaire que sur le plan interdisciplinaire ;
  • Cultiver chez les doctorants et les chercheurs émergents un sentiment d’appartenance à une communauté de chercheurs en quête de savoir et d’érudition ;
  • Inciter les chercheurs émergents à travailler à aménager un espace pour les études africaines dans le champ de la recherche en général et, de ce fait, aider celles-ci à revendiquer une place au cœur de la production de savoirs.

Note conceptuelle

Cette édition de l’Ecole d’été aborde la question de l’ordre normatif dans les études africaines. Il est établi que les valeurs ne semblent jouer aucun rôle dans la science. En tout cas, l’on suppose que le rôle joué par les valeurs devrait être limité. Le contexte épistémologique de cette hypothèse est la distinction perpétuelle entre l’objectivité et la neutralité. À cet égard, il est avancé qu’une production adéquate de connaissances n’est possible que si chercheurs et universitaires empêchent leurs valeurs et leurs intérêts d’influencer leurs travaux. La meilleure façon d’y parvenir consiste à respecter des normes d’objectivité strictes faisant de la validité des allégations scientifiques une fonction de la méthodologie et de la logique, plutôt qu’une fonction des engagements normatifs des producteurs de connaissances. Pourtant, il est juste de soutenir que les débats sur la méthodologie des sciences sociales au cours des deux cents dernières années ont tourné autour de ces hypothèses. Les débats entre des domaines opposés, c’est-à-dire ceux qui prétendent que la science devrait être sans valeur et ceux qui s’opposent à ce que la science soit sans valeur en raison de la manière dont la science a été utilisée pour défendre les intérêts de certains par rapport à d’autres, ont suscité l’imagination de ceux qui participent aux discussions.

Les études africaines sont un domaine où cette question présente un intérêt certain. Le domaine a vu le jour dans le cadre du projet colonial européen. En ce sens, la production de connaissances sur et en Afrique a toujours été liée aux intérêts politiques, économiques et culturels des nations qui la financent. Aujourd’hui encore, alors que les nations africaines sont indépendantes, ont leurs propres chercheurs et tentent de produire des connaissances par et pour elles-mêmes, il semble que les valeurs et les intérêts continuent de jouer un rôle. L’exigence, par exemple, que la recherche soit reliée aux politiques dans le contexte des préoccupations de développement semble garantir une place aux valeurs et aux intérêts des nations dominantes dans la mesure où le développement est un concept évoquant des attentes normatives sur la bonne manière de vivre. Le grand récit des Lumières sur la manière dont la raison pourrait assurer le progrès et l’amélioration humaine se cache sous l’appel à la pertinence politique.

Il y a un sens que les appels à la décolonisation de l’esprit africain sont des réactions à la manière dont les savants africanistes perçoivent le rôle des valeurs dans la science. Lorsque les savants africains doutent que les connaissances scientifiques tirées de ce qu’elles supposent être une épistémologie « occidentale » soient capables de rendre les mondes africains intelligibles, ils expriment peut-être une gêne quant à la mesure dans laquelle les connaissances produites pourraient correspondre à un ordre normatif établi par des valeurs « européennes ». Bien que cela puisse sembler idéologique, il y a peut-être un argument méthodologique derrière cela. Les récits du monde portent autant sur des phénomènes concrets que sur des aspects tacites de ces phénomènes. La principale conclusion, par exemple, que la corruption sape le développement de l’Afrique est une description et une explication appropriées de la fragilité de l’État en Afrique. En même temps, cependant, cela suggère que - toutes choses étant égales par ailleurs (c’est-à-dire les conditions structurelles mondiales) et l’histoire qui a constitué la plupart des pays africains en tant que pays en développement - sans corruption, les choses pourraient sembler différentes. Hélas, il est clair qu’aucune compréhension globale des défis du développement de l’Afrique n’est possible sans tenir compte de l’histoire. La clause ceteris paribus ne tient pas beaucoup non plus. Le défi méthodologique ici est que les catégories conceptuelles à travers lesquelles nous cherchons à rapporter le monde dirigent notre attention vers les données qui leur donnent corps alors que le défi est en fait de s’engager de manière critique avec les catégories elles-mêmes.
S’engager avec des catégories conceptuelles signifie découvrir leurs fondements normatifs. La science est une entreprise hautement normative en ce que son objectif ultime, produire des connaissances pour rendre le monde intelligible, constitue un large engagement pour une certaine notion de monde meilleur. Une part du défi de faire des études africaines devrait donc être un engagement à découvrir les valeurs qui sous-tendent la science non pas pour en disposer, mais pour les exploiter pour une recherche encore meilleure. Le thème de l’université d’été est, à dessein, formulé de manière ambiguë. D’une part, il parle de la valeur fondamentale de la science et, d’autre part, de la manière dont les intérêts s’unissent pour conférer légitimité et finalité à la science.

Questions clés

L’objectif fondamental de l’Ecole d’été est de répondre à cette ambivalence en invitant des propositions qui examinent « la ou les valeurs de la science » sous plusieurs angles :

  • Quelles valeurs sous-tendent la recherche sur le développement en Afrique et comment affectent-elles les choix méthodologiques ?
  • Comment les engagements éthiques façonnent-ils la manière dont les chercheurs encadrent leurs recherches ?
  • Existe-t-il une politique d’épistémologie occidentale et, dans l’affirmative, quelle serait l’approche des études scientifiques africaines pour la problématiser ?
  • Quel est l’argument méthodologique précis derrière les appels dé-coloniaux à la déconnexion ?
  • Comment les valeurs de la science informent-elles sa valeur ?
  • Quel rôle jouent les engagements idéologiques dans la validation des connaissances ?
  • Comment les idées d’une vie ou d’un monde meilleur influencent-elles les projets de recherche ?

Procédures des candidatures

L’École d’été est ouverte aux doctorants ainsi qu’aux chercheurs émergents inscrits et travaillant dans les établissements d’enseignement supérieur de tous les pays. Le programme encourage vivement les demandes de doctorants inscrits dans une université africaine ou suisse dans les disciplines suivantes : anthropologie sociale, sociologie, histoire, religion, philosophie, études du genre et sciences politiques. Les frais de voyage, d’hébergement et de restauration seront pris en charge, pendant la durée de l’École d’été, pour tout participant inscrit dans une institution africaine.

Les postulants doivent déposer des documents conceptuels de cinq pages qui décrivent : (a) leur sujet d’étude ; (b) le lien entre leur travail et la thématique de l’École d’été ; (c) ce qu’ils attendent de l’École d’été si leurs candidatures étaient retenues. En outre, les dossiers de candidatures doivent s’accompagner d’une demande de candidature, d’un CV, de deux lettres de recommandation délivrées par l’établissement d’affiliation du candidat et la copie du passeport du candidat.

Les candidats soumettront leur proposition via le lien suivant : https://codesria.org/submission/?lang=fr

Pour plus d’informations sur l’École d’été, veuillez-vous adresser à :
CODESRIA ÉCOLE D’ÉTÉ
Tél. : (221) 33 825 98 21/22/23

Courriel : submission@codesria.org
Website : http://www.codesria.org

mars 26 2020



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