Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
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مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


L’idéal panafricain contemporain : Fondements historiques, perspectives futures

2008

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Pour la session 2008 du Campus, le thème choisi est L’idéal panafricain contemporain : fondements historiques, perspectives futures. C’est un thème qui aborde les débats en cours en Afrique et dans la diaspora africaine sur les enjeux contemporains d’unification, d’intégration et de développement des pays du continent à l’ère de la mondialisation accélérée. En décidant de ce thème sur le panafricanisme, le CODESRIA souhaite faire intervenir le contexte historique, la dimension critique et les perspectives d’avenir dans les débats en cours. Ces débats sont le plus souvent conduits comme si les questions en discussion n’avaient pas d’antécédents historiques qui méritent d’être soumis à la réflexion ; ces débats sont également menés comme si les africains avaient des choix limités quand il s’agit de leur unité et leur intégration. Les participants au Campus annuel seront invités à remettre en cause ces assertions explicites ou implicites sur la base desquelles l’avenir de l’Afrique est débattu. Ils seront encouragés à s’élever au dessus de l’a-historicisme qui caractérise la majeure partie du débat autour de l’idéal panafricain et à réaliser une meilleure exploration des opportunités, perspectives et enjeux dans le projet d’élargissement des frontières du panafricanisme au 21ème siècle.

Le thème de panafricanisme est récurrent dans l’histoire des peuples d’Afrique ou descendants d’Africains. Depuis les efforts pionniers de Henry Sylvester Williams, Marcus Garvey, et W.E.B. du Bois, des générations successives de leaders et de penseurs africains ont abordé cette question d’unité, d’identité et de renaissance africaines, dans le cadre des contextes et circonstances changeantes sur le continent et en dehors, qui ont, eux-mêmes provoqué des ré engagements réguliers des africains avec leur propre histoire en tant que peuple. Dans l’époque contemporaine, les enjeux d’unité africaine et d’intégration économique, une fois encore, occupent le devant de la scène dans les débats politiques sur le continent. Le déclencheur de cet intérêt renouvelé fut le contexte post-apartheid des années 1990 en Afrique et la réflexion collective qui s’ensuivit sur comment faire avancer le projet d’unité panafricaine au lendemain de la complète libération du continent du joug colonial. Si l’environnement post apartheid de la politique panafricaine s’est concentré sur le futur du continent, le contexte de mondialisation accélérée et la menace de fragmentation ont rendu urgente la recherche d’un effort collectif dans la construction d’une communauté politique partagée par les peuples du continent. La réflexion qui s’ensuivit devait s’exprimer de différentes manières y compris dans la transformation de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) en Union Africaine (UA) en 2001.

A la fois dans sa structure et dans sa mission, l’Union Africaine était conçue pour représenter, une nouvelle, différente étape qualitativement dans la recherche d’une unité panafricaine contemporaine autour de laquelle tous les peuples du continent et de la diaspora africaine pourrait se mobiliser. Cependant, peu après l’inauguration officielle de l’Union, il était clair que tous les acteurs n’avaient pas une compréhension commune de sa place dans le projet et les processus d’unification et d’intégration. Il était également évident que le degré de souveraineté des états membres de l’Union Africaine devait céder pour faire avancer les frontières de l’intégration et l’unité continentales n’avait pas été suffisamment pensé par toutes les parties concernées. De plus, l’ambition de faire des peuples du continent les moteurs du panafricanisme géré moins comme un domaine exclusif des chefs d’Etats nécessitait qu’un effort plus grand que prévu de repenser la stratégie. Les différences de compréhension et d’approche ont peut-être affecté le fonctionnement à la fois comme instrument et lieu d’unification et d’intégration, et le sentiment de frustration qui a très tôt émergé et qui culmina dans le soi-disant Grand Débat qui eut lieu au milieu de l’année 2007, lors de l’Assemblée des chefs d’états et de gouvernements à Accra, Ghana, au cours duquel le 50ème anniversaire de l’indépendance de ce pays était également officiellement célébré. Mais ni le symbolisme du cinquantenaire du Ghana, ni le choix d’Accra comme lieu du Grand Débat n’ont suffisamment motivé les délégués à développer et à s’accorder sur une « feuille de route » de l’unification et de l’intégration du continent.

Le Grand Débat d’Accra sur l’unité africaine a opposé deux perspectives. La première défendait l’établissement rapide et même immédiat d’un gouvernement d’union pour l’Afrique comme un pas de plus vers la réalisation du rêve des Etats-Unis d’Afrique. La deuxième perspective, qui bien que ne désapprouvant pas ce but ultime de construction de l’unité africaine, était pour une approche plus graduelle qui pourrait commencer par des efforts de coopération et d’intégration économiques régionales plus concertés. Les deux positions avaient des visions concurrentes similaires à celles qui font partie intégrante de l’histoire du panafricanisme depuis le début. Dans ce même ordre d’idées, il est bon de rappeler les différences d’approches entre Garvey et Du Bois, Nkrumah et Nyerere et les blocs de Casablanca et de Monrovia. En débat à différents moments de l’histoire du panafricanisme, il n’a pas seulement les préoccupations de contenu mais également des questions de programmation, de séquencialisation et d’étapes. Mais, le Débat d’Accra était conduit comme s’il reposait sur un vide historique et sans prêter l’attention requise aux leçons possibles de l’histoire de la recherche d’unité et d’intégration. Les participants au Campus Annuel 2008 seront encouragés à redresser ce déficit de fondements historiques dans les débats contemporains sur l’idéal panafricain. Ce faisant, ils devront explorer les divers éléments de continuité et de changement dans l’articulation de l’idéal panafricain contemporain. La question de la signification philosophique d’être panafricain aujourd’hui est d’une importance particulière. Car, sans une exploration complète du panafricanisme comme situation actuelle et une compréhension commune autour de cet état d’être, la recherche d’une « feuille de route » vers l’unité et l’intégration continuera d’être conduite sur la base de gestes symboliques. Le panafricanisme conceptualisé comme situation actuelle porte également une signification pour la politique contemporaine du panafricanisme qui sera examinée en même temps que les impératifs historiques et contemporains d’unité et d’intégration. De plus, la contradiction dans la construction du panafricanisme dans un système de nation-Etat toujours reproduit et renforcé sera évaluée. Comme le sera les tensions entre les idéaux d’une union mus par le peuple et des processus et structures d’unification dominés par des Etats.

décembre 28 2009



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