Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Démocratie et justice sociale

27 octobre–9 novembre 2008, Dakar (Sénégal)

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La démocratisation de la politique est, sans doute, un des projets les plus excitants de notre temps. C’est un projet qui se déroule dans chaque région du monde, y compris dans le sud, qui, pour des raisons et pendant des périodes plus ou moins prolongées, a connu l’autoritarisme prolongé avant que les systèmes politiques ne s’ouvrent à nouveau. Cependant, contrairement aux débuts de son exploration à partir de perspectives différentes et multiples qui ont pris en compte l’histoire, le contexte et la culture, la démocratie est réduite, de nos jours, à un condensé de politiques électorales multipartites à partir des expériences de quelques pays occidentaux. Le multipartisme a, à son tour, été le premier élément de mesure de la « bonne gouvernance ». La conséquence en a été la production d’une notion unique des processus démocratiques appliqué partout sans tenir compte de l’histoire, du lieu ou de l’environnement sur lequel un ensemble de critères techniques conçus à partir d’expériences occidentales étroitement définies et contestables. Les champions de cette perspective sont si convaincus qu’ils ont transformé leur version de la démocratie en un élément clé des conditionnalités politiques qui sont appliquées aux pays en développement du sud dans leurs négociations sans fin avec les institutions financières internationales, les donateurs bilatéraux, aux investisseurs privés.

Mais ce ne sont pas uniquement les officiels et les institutions du nord qui ont adopté et mis en pratique une notion toute faite, technocrate de la démocratie et de la gouvernance. Aux mains des officiels du sud, la limitation de la théorie et de la pratique démocratique au pluralisme électoral a encouragé une culture où la démocratie est limitée uniquement à des élections périodiques dont les règles sont détournées et l’organisation entachée d’irrégularités. Cette situation a créé des mécontentements généralisés aussi bien contre les principes politiques étroits et les fondements sur lesquels le projet démocratique contemporain est construit ainsi que l’abandon des fondements sociaux, économiques et culturels sur lesquels la démocratie vraiment représentative et responsable peut s’appuyer et durer. Partout dans le monde, y compris dans les « nouvelles démocraties » du sud, la demande populaire exige l’institutionnalisation de systèmes démocratiques qui sont capables, au-delà de la politique multipartite et l’organisation d’élections périodiques, de répondre aux aspirations de justice sociale et de progrès, de sécurité économique et de dignité personnelle, et la participation quotidienne et la responsabilité. Ces demandes sont accentuées par les conséquences néfastes sur les pays, les communautés et les peuples des processus contemporains de mondialisation mus par des forces et des visions néolibérales.

Les limites des expériences et transitions démocratiques en cours dans le système international contemporain en général et les pays du Sud en particulier requièrent des efforts concertés au-delà des notions prédominantes et de plus en plus étroites de démocratie et de gouvernance afin de récupérer le concept et améliorer notre compréhension des processus et enjeux auxquels font face les pays du sud dans la construction de gouvernements vraiment représentatifs. Au centre de cette tâche de récupération et de cette opportunité de renouveau qu’elle offre il y a la notion de justice sociale. Quelle que soit la manière dont le terme est utilisé, la démocratie ne peut prospérer si elle n’est pas fondée sur la justice sociale, étant entendu que dans chaque système politique, la justice sociale est partie intégrante de l’articulation et de l’exercice de la citoyenneté. Les dimensions de justice sociale qui doivent être prises en compte dans la construction de projets démocratiques durables sont multiples. Elles comprennent les relations sociales de base qui sous-tendent l’économie et la société, le contrat social entre Etat et société, les préoccupations de bien-être de la majorité des populations, les relations ville-village, les droits humains des peuples à la fois en tant qu’individus et en tant que communautés, les droits des minorités et des peuples indigènes, les droits des femmes, l’égalité des genres, et la protection des enfants et des groupes vulnérables. Les participants au quatrième institut sud-sud seront invités à explorer ces questions et d’autres dimensions de la corrélation démocratie-justice sociale, en analysant les écarts dans les théories dominantes sur la démocratie et en examinant comment les expériences empiriques prennent en compte et répondent aux aspirations populaires pour l’inclusion et la justice.

La démocratie est un système de gouvernement. Il nous informe sur la manière dont les vies des citoyens sont ordonnées, comment les citoyens interagissent les uns avec les autres, et comment ils perçoivent l’état et ses structures. La gouvernance sous-entend plus que les institutions de l’Etat. Elle comprend également les stratégies, tactiques et le savoir qui informent l’action politique. Nombre de citoyens ont des attentes légitimes que l’un des dividende de la gouvernance démocratique devrait être l’accès à une large gamme de services sociaux. Ils réclament également que l’état démocratique qu’ils ont aidé à mettre en place à travers leurs luttes soit socialement inclusif, responsable et représentatif. Une étude comparative des luttes autour de ces questions devrait révéler l’émergence de nouvelles formes de participation et de contestation populaires, de nouvelles expérimentations dans l’action collective dans les nouveaux mouvements sociaux qui se sont développés, les exercices de responsabilité populaire, et des manières novatrices d’organiser, d’élaborer des stratégies, d’exprimer la solidarité et de réinventer les liens sociaux. Afin de capturer ces aspects et intégrer leur apport dans nos analyses, il serait nécessaire d’entreprendre des analyses en profondeur des systèmes démocratiques « existants ». Le quatrième institut sud-sud offrira aux participants l’opportunité d’entreprendre de telles analyses.

décembre 30 2009



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