Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Administrer l’espace public africain

12ème Assemblée générale du CODESRIA : 7–11 décembre 2008, Yaoundé (Cameroun)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences
sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir d’annoncer la tenue
de sa douzième assemblée générale, à Yaoundé, Cameroun, du
7 au 11 décembre 2008. Le thème général de l’Assemblée générale
est Administrer l’espace public africain. L’assemblée générale
est la plus grande rencontre d’universitaires travaillant dans
les sciences sociales et les humanités sur le continent africain ; il
enregistre également la participation des chercheurs en sciences
sociales de la diaspora. Une réunion des membres du Conseil est
tenue pour étudier le fonctionnement de l’institution depuis la précédente
assemblée générale et décider du calendrier intellectuel
et institutionnel des trois prochaines années. Les universitaires qui
aimeraient proposer des contributions ou des panels à la 12ème
Assemblée générale sont invités à envoyer un résumé de leur
présentation pour évaluation par le Comité scientifique du CODESRIA.
L’espace public vient d’une longue histoire qui date des débuts
de la communauté politique humaine. Diverses notions de l’espace
public ont été utilisées dans les travaux de générations successives
de penseurs. Plus récemment, le concept devait devenir un
sujet d’intérêt philosophique et sociologique renouvelé particulièrement
à cause de sa popularisation à partir des écrits de Jurgen
Habermas. Cependant, au-delà des contributions initiales de Habermas,
- il est vrai, dans ses critiques – le concept a connu un
raffinement et une extension aux nombreux usages et à la centralité
du contexte de son adaptation au local et au global. Dans
le cadre de son raffinement et de cette extension du concept,
l’espace public a été largement utilisé au-delà des frontières disciplinaires
qui traduisent la multiplicité d’espaces et d’arènes
partagés, délibérants, interconnectés et contestés – avec les structures,
processus, les acteurs et les cultures sociales y associées et/
ou contenues – qui impactent sur les vies des membres d’une communauté
donnée, et qui sont une préoccupation organique de
ceux-ci du fait de leur appartenance individuelle ou collective à
la communauté.

Ceci implique qu’il n’est pas possible de comprendre l’espace public
sans les contextes historiques desquels il émerge et qui le modèlent
à différents moments. En même temps, il est reconnu que
les frontières de l’espace public ne peuvent pas être traitées de
manière significative comme fixe et immuable. Au contraire, elles
se forment et changent sur la base de facteurs qui font, par
exemple, les luttes destinées à politiser le domaine privé et l’amener
dans le domaine public à l’émergence de nouveaux acteurs
et alliances sociaux, les changements dans la technologie, et
les transformations dans les structures de l’état et dans l’articulation
de son rôle. L’interaction de ces facteurs qui contribuent à la
formation et à la re-formation de l’espace public a également
été importante à son extension au-delà des frontières fixes, physiques
de l’état-nation westphalien à la création de nouveaux
espaces publics transnationaux, virtuels et mondiaux. Chacun de
ces espaces est animé par des intérêts concrets qui émergent en
contestant d’autres intérêts et comme expression d’insatisfaction
avec le cadre de plus en plus étroit des espaces dominants. Egalement,
les perspectives contenues dans des espaces publics
transnationaux, virtuels et mondiaux sont souvent réfractées, réciproquement,
dans l’espace public national, contribuant ainsi à son
constant renouvellement.

Les universitaires ont pointé les nombreux usages faits de l’espace
public par les individus, les groupes et par l’Etat lui-même.
Les intérêts des différents acteurs sociaux sont aussi variés que
contradictoires. Les intérêts sont également imprégnés de relations
de pouvoir qui sont réfractées dans l’espace public, en faisant
autant un lieu d’organisation de la résistance et de renouvellement
qu’une arène pour la mobilisation de domination et de
légitimation. C’est pourquoi il est difficile de comprendre l’espace
public en le considérant comme homogène, uniforme, unidimensionnel
et équitable ou de le traiter comme le lieu de « vertu »
vis-à-vis des états autoritaires ou d’autorités publiques non représentatives.
C’est précisément pour cette raison que l’espace public
ne peut pas être totalement compris avec ses complexités s’il
est romancé. De plus, il y a, historiquement et de nos jours, une
dialectique complexe qui relie l’Etat et l’espace public qui doit
être déchiffrée dans un effort de compréhension de la promesse,
des limitations et des perspectives de celui-ci. De plus, bien qu’en
tant qu’arène, l’espace public peut être ouvert – au moins, en
théorie- à tous les membres de la communauté politique, en pratique,
l’accès est régulé et segmenté le long de lignes diverses, y
compris de classe, de genre, générationnelles et ethnorégionales.
Mais, il ne serait pas hasardeux de suggérer que l’état
de l’espace public est un important indicateur de la santé générale
de la communauté politique, y compris toutes les relations
Etat-société et les problèmes et perspectives de démocratisation
et de développement. La démocratie et le développement font
parties intégrantes de la conscience et des aspirations de tous les
peuples et sont mus par des institutions et acteurs aussi bien publics
que privés. Mais, l’opposition binaire du privé et du public
dans certaines conceptualisations de l’espace public éclaire très
peu dans la recherche d’une compréhension de la direction du
développement social.

L’engagement de questions pertinentes à la formation et à la reproduction
de l’espace public ont été primordiales à la vocation
des chercheurs et intellectuels africains. Ceci est prouvé aussi bien
par le type de questions dont se préoccupent l’académie que par
les engagements et la résonance que les résultats de recherche
ont eu avec différents publics. Cela n’est pas surprenant sachant
que, dans la majorité des cas, la vocation scientifique du chercheur
a été définie d’une génération à une autre comme comprenant
un engagement pour un projet social aux potentialités transformatrices.
De ce fait, par exemple, que ce soit comme partageant
l’idéal de panafricanisme, d’anticolonialisme et d’antiimpérialisme,
ou comme des intellectuels organiques de divers
mouvements sociaux, ou comme porteurs d’une revendication partagée
de développement démocratique ; ou, il est vrai comme
des intellectuels publics avec un rôle moral de leadership qui suppose
de dire la « vérité » au pouvoir ou de proposer un idéal
civique ; les universitaires africains ont individuellement ou collectivement
posé ces questions qui ne sont pas seulement d’un intérêt
commun aux citoyens en général mais qui proposent des idées au
processus de formation et de reformation du domaine public
pour le progrès de la société. Il n’y a pas meilleure preuve de la
consistance et de la profondeur de cet engagement que dans une
évaluation intellectuelle des grandes questions qui ont préoccupé
l’académie africaine historiquement et dans la période contemporaine.
Mais, malgré tous ces engagements, démontrés par la communauté
africaine de recherche en sciences sociales, à l’articulation
des préoccupations qui alimentent le développement de l’espace
public, la composition et la recomposition de son agenda, et le système de son administration, une collecte de données empiriques
et d’expériences réunies à travers une académie socialement
engagée n’ont pas été suffisamment utilisées dans la
construction de concepts, de théories et de méthodes qui capturent
les attributs généraux et spécifiques de l’espace public
africain telle qu’elle s’est transformée avec le temps. En conséquence,
la théorisation de l’espace public africain reste une
tâche importante pour laquelle un travail original doit être entrepris,
tirant des théories existantes de la politique, de l’économie,
de la culture et de la société en Afrique telles qu’informées
par les expériences historiques du continent. Dans cette
optique, un important enjeu est de réunir des perspectives multidisciplinaires,
y compris celles issues non seulement des sciences
sociales mais également des humanités. L’investissement
des efforts intellectuels requis contribuera également grandement
à sauver l’étude de l’Afrique et de son espace public des
analogies erronées tirées d’une lecture unilinéaire de l’histoire
d’Europe et des Etats-Unis. Il n’est pas nécessaire de mentionner
les nombreuses difficultés méthodologiques et conceptuelles
associées avec l’approche analogique d’une compréhension
de l’espace public africain. Notons seulement qu’une cacophonie
de caractérisations omniprésentes dans la littérature africaniste
sur l’Afrique a rendu plus d’un étudiant sur la politique,
l’économie, la culture et la société confus. Les participants à la
12ème assemblée générale du CODESRIA sont invités à corriger
ce fait, en entreprenant dans le même temps une repensée
de l’espace public africain.

Le choix de l’espace public comme thème général de la
12ème Assemblée générale du CODESRIA ne pouvait arriver
à meilleur moment. Bien qu’il soit vrai qu’une compréhension de
la nature et l’état de l’espace public sera toujours un sujet de
préoccupation, la conjoncture actuelle de l’histoire de l’Afrique
en fait une tâche encore plus importante. Cette conjoncture est
caractérisée par plusieurs facteurs. Ces facteurs, sont de nature
contextuelle, comprennent, mais ne se limitent pas, aux
luttes en cours sur le rôle de l’Etat et la place du marché ; la
technocratisation de la politique (économique) et
l’ « agencification » du gouvernement ; le rôle grandissant et
peut-être déterminant des institutions financières internationales
dans l’élaboration des politiques économiques nationales ;
la pluralisation intensive des médias ; les changements dans le
profil démographique des pays africains ; les changements
dans la distribution spatiale des populations qui s’adressent,
d’un côté, à l’accélération des processus formels et informels
d’urbanisation et, de l’autre, aux mouvements intensifs internes
de populations qui posent différentes questions ; la meilleure
organisation et l’activisme pour les droits des femmes et des
filles et pour une plus grande égalité entre les hommes et les
femmes ; un renouveau généralisé pour la religion et l’émergence
de nouvelles religiosités, les multiples transitions et
transformations dans le domaine des arts et de la culture populaires
 ; les luttes en cours pour la démocratisation des systèmes
politiques nationaux ; la renaissance du pluralisme électoral
et la restauration, effective ou de nom, des parlements nationaux
élus ; une apparente démilitarisation de la politique
de même que le renforcement des ancrages sécuritaires de
l’Etat et l’expansion des attributions des autorités policières ;
la transformation des vieux mouvements sociaux et l’émergence
de nouveaux types dans une dynamique nouvelle de la
vie associative ; un investissement accru dans les processus de
coopération, d’intégration et même d’unification sousrégionale
et régionale ; une réfraction intensifiée des influences
mondiales dans l’arène locale/domestique ; et le renouveau
des intérêts et engagements réciproques entre l’Afrique
et sa diaspora.

Dans le cadre du thème de l’assemblée générale, les contributions
et propositions de panels étaient invitées à s’adresser aux
sous-thèmes et toute autre question qui n’a pu être mentionnée
dans cette annonce mais qui mérite l’attention :

- 1. Théories du domaine public/théoriser l’espace public ;
- 2. L’espace public dans les théories de la démocratie et du développement
 ;
- 3. La formation et la reformation de l’espace public en Afrique
 : histoire, géographie et démographie ;
- 4. Les institutions dans l’espace public africain ;
- 5. La loi, la politique et l’étique dans le domaine public africain
 ;
- 6. Les médias dans l’espace public ;
- 7. Gestion du domaine public pour une construction de l’Etat et
de la nation ;
- 8. L’espace public comme lieu de négociation de la citoyenneté
 ;
- 9. Derrière l’espace public : qui gouverne réellement l’Afrique ?
- 10. Les TIC et l’émergence de publics virtuels dans le monde
africain ;
- 11. L’économie du domaine public en Afrique ;
- 12. Entre « modernité » et « tradition » dans l’espace public
africain ;
- 13. Pouvoir, statut et autorité dans l’espace public africain ;
- 14. Résistance et transformation dans l’espace public africain ;
- 15. Luttes et réussites dans la prise en compte du genre dans
l’espace public africain ;
- 16. Luttes pour la démocratisation de l’espace public africain ;
- 17. Le domaine public et la politique publique en Afrique ;
- 18. Interfaces public-privé dans l’espace public ;
- 19. Questions intergénérationnelles dans le domaine public africain
 ;
- 20. Les arts et la culture populaires dans l’espace public en Afrique
 ;
- 21. L’oralité, la littérature, le théâtre dans la espace public ;
- 22. Les langages et la linguistique dans l’espace public ;
- 23. Religion et religiosités dans le domaine public africain ;
- 24. Le sacré, le sacrilège et l’espace public ;
- 25. La formation de contre-publics africains ; et
- 26. Le domaine public africain dans une perspective comparative.

Pour consulter les communications présentées à l’Assemblée générale, cliquez ici.

décembre 30 2008



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