Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Repenser la politique commerciale et industrielle pour le développement africain

25-27 juillet 2008, Lusaka (Zambie)

Nombre de visites : 3395

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir d’annoncer la tenue prochaine de la deuxième conférence internationale qu’il organise dans le cadre de son programme Recherche en politiques économiques. Le thème de la conférence de 2008 est Repenser la politique commerciale et industrielle pour le développement africain. La conférence est convoquée dans le contexte actuel de promotion d’une revue critique de tous les aspects du développement socio-économique en Afrique. Elle est également organisée pour honorer la mémoire de l’un des plus distingués penseurs du développement en Afrique et ancien membre du Comité Exécutif du CODESRIA, Feu le Professeur Guy Mhone. Cette conférence se tiendra à Lusaka, Zambie, du 25 au 27 juillet 2008.

En tant que domaine de recherche et d’action, la politique commerciale et industrielle est reconnue comme centrale dans les perspectives de développement de tout pays, et les pays africains ne sont pas une exception. Ce qui est en discussion depuis plusieurs années, c’est le type le plus approprié de politique commerciale et industrielle répondant plus efficacement aux besoins des pays selon différentes étapes de leurs développements. Les racines intellectuelles des débats contemporains sur la politique commerciale et industrielle remontent des premiers travaux d’économie politique ; Il est vrai, elles constituèrent une des préoccupations centrales d’Adam Smith et David Ricardo dans leur diatribe historique contre les mercantilistes. La métaphore « libre échange » qui fut utilisée contre les mercantilistes et les intérêts qu’ils représentaient s’adressait à la recherche d’avantages comparatifs à un moment où la révolution industrielle moderne démarrait. Sans surprise, ceux qui avaient un avantage dans le processus d’industrialisation poussaient fort pour le « libre échange » pendant que ceux qui rêvaient d’industrialisation étaient plus réticents, optant plutôt pour une protection complète ou une ouverture sélective afin de soutenir leurs industries naissantes. Clairement, le cadre de la politique commerciale et industrielle adoptée par les premières politiques industrielles de la période moderne comme la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne, étaient vitales pour leur développement dans un premier temps et dans les efforts fournis ensuite pour protéger leur avantage historique. Plus tard, les pays comme les USA et le Japon devaient apprendre à ajuster leur politique commerciale et industrielle de manière à permettre à leurs économies de croître, et de surmonter les obstacles structurels à leur transformation économique, puis de compétir avec les acteurs principaux pour la domination économique mondiale. De plus, les récentes et puissantes industries émergentes comme la Corée du Sud, la Thaïlande, la Chine et l’Inde comptent eux-mêmes sur la politique commerciale et industrielle comme instrument principal de leur développement économique. Leur expérience suggère, comme le firent d’autres avant, que l’idéologie de « libre échange » ne doit pas être prise telle quelle, et que les pratiques des Etats doivent être étudiées plus sérieusement.

Vers la fin de la période coloniale, cette phase énigmatique dans l’histoire du joug colonial qui, pour la première fois, vit le début d’une certaine réflexion sur le développement dans les discours et les politiques des autorités coloniales, les premiers pas vers la formulation d’une politique commerciale et industrielle moderne pour l’Afrique. Ces premiers pas consistaient en l’introduction de taxes douanières qui, à un niveau, devait réguler l’importation et l’exportation en maximisant les recettes internes, réduire les bases des échanges commerciaux, améliorer la balance commerciale, et renforcer la production locale au-delà de la production agricole primaire. A un autre niveau, la politique commerciale et industrielle mise en œuvre répondait aux changements structurels émergents dans les économies locales et mondiales qui se traduisaient également en pressions sociales et politiques qui accéléraient le développement des économies coloniales. Ces pressions conduisaient les économies coloniales de l’après-guerre au-delà de la simple production de matières premières, et la certitude qu’elles accédaient à un échelon supérieur dans la chaine de valeurs et qu’elles utilisaient plus efficacement la main-d’œuvre qualifiée grandissante disponible dans les colonies. C’est de cette politique commerciale et industrielle de la fin de l’ère coloniale qu’émergèrent les premières expériences d’industrialisation, pour la plupart des activités simples et légères de fabrication dans différentes parties de l’Afrique.

L’environnement commercial et industriel développé vers la fin de la période coloniale a été poursuivi dans la période post-coloniale et a alimenté les différentes stratégies nationales qui étaient destinées, entre autres, à accélérer le développement des économies locales, à attirer les investissements locaux et étrangers, à promouvoir le marché local, à encourager la recherche et le développement, à accélérer le transfert technologique, à réduire la dépendance aux importations, accélérer l’industrialisation et satisfaire la population. Comme dans la période coloniale, l’état assumait le rôle déterminant dans la définition et l’opérationnalisation de la politique commerciale et industrielle, il est vrai, dans le contexte des modèles de développement mus par l’Etat que les pays africains adoptèrent après l’indépendance, l’Etat jouait un rôle de leader direct qui comprenait divers degrés de planification centrale. Dans ce cadre, la politique commerciale et industrielle impliquait l’Etat à la fois en tant qu’acteur principal et facilitateur de premier plan. En tant qu’acteur, l’Etat avait un rôle direct d’investisseur dans l’économie, particulièrement dans les grands projets industriels et agricoles. En tant que facilitateur, il offrait diverses facilités aux investisseurs privés et s’associaient avec eux, quand c’était nécessaire, pour atteindre ses objectifs d’accélérer leur développement local. Le régime de taxes était central dans cette politique commerciale et industrielle et il était basé sur une philosophie et une structure qui décourageaient l’importation d’une variété de produits de consommation simples, et encourageaient l’importation de produits intermédiaires et de capitaux, et protégeaient les industries locales naissantes. Les produits de consommation dont l’importation était permise étaient introduits sur la base d’autorisations temporaires pour répondre à des exigences nationales spécifiques ou étaient soumis à de fortes taxations destinées à assurer qu’elles n’étaient pas en compétition avec les alternatives du marché local. Les subventions étaient également utilisées pour renforcer des aspects du régime douanier et des exonérations fiscales étaient accordées aux investisseurs dans le secteur industriel. Les engagements de l’après indépendance à la coopération et l’intégration entre les pays africains se mettaient en place, les politiques douanières étaient également adaptées pour accommoder les partenaires africains dans la coopération et l’intégration. Des accords commerciaux préférentiels qui avaient un impact sur la politique industrielle et commerciale furent également conclus par les pays africains avec les grands blocs économiques internationaux tels que l’Union européenne.

Si la politique commerciale et industrielle des deux premières décennies d’indépendance a permis à l’état d’assumer un rôle central, elle a également contribué à la croissance et l’expansion des industries de substitution ; le modèle d’état d’accumulation dans le cadre duquel elle était mise en oeuvre devant subir des attaques sévères à partir des années 1980. Les raisons de ces attaques et du démantèlement qui s’ensuivit sont nombreuses et trop familières pour qu’on s’y attarde. Notons seulement que le modèle était critiqué pour avoir récompensé l’inefficacité, affaibli la compétitivité nationale, favorisé la corruption, pesé sur les recettes en devises des pays africains, pénalisé les consommateurs, découragé le transfert de technologie, et empêché l’allocation efficace des investissements. Les crises économiques connues par les pays africains, les uns après les autres à partir de 1980 remettaient en question le modèle étatique de développement et permettait au FMI (Fonds monétaire international), à la Banque mondiale et à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) de reprendre en main la politique commerciale et industrielle selon des directives compatibles avec les principes de « libre échange » pour lesquels ils étaient et sont encore des partisans. Dans le cadre du programme d’ajustement structurel qu’ils entreprirent dans nombre de pays africains, les institutions financières internationales poussèrent pour la libéralisation du commerce et de l’investissement, l’ouverture généralisée des économies nationales, la disparition des barrières douanières qui protégeaient les industries locales naissantes, la libération des taux d’intérêts et d’échanges, l’élimination des subventions, la fin du contrôle des prix, et celui du rôle de premier plan de l’Etat, le démantèlement des systèmes nationaux de planification, et l’introduction de mesures complémentaires destinées à asseoir un système de marché libre, à promouvoir un régime de commerce ouvert, et à renforcer le rôle du secteur privé dans le développement économique national. Le cadre du traité de l’OMC fut également utilisé pour faire adopter la plupart des politiques de libéralisation du commerce soutenues par le FMI et la Banque mondiale, et d’étendre le principe de « libre échange » à de nouveaux domaines.

Beaucoup a été écrit sur les conséquences des changements survenus dans la politique commerciale et industrielle pendant les années 1980 et 1990 suite à l’évolution d’un modèle d’Etat à un modèle d’accumulation dépendant du marché. Les conséquences observées sont multiples mais peut-être la plus débattue est la désindustrialisation systématique des pays africains, renvoyant la plupart d’entre eux dans la division internationale du travail au rôle premier de producteurs et de fournisseurs de matières premières non ou peu manufacturées. Au même moment, les produits de consommation de toutes sortes inondent les économies locales pendant que les taxes sur les importations connaissent un déclin. De plus, dans la plupart des pays, la promesse qu’un cadre d’ajustement structurel basé sur le marché amènerait les industries qui seraient moins dépendantes de la protection et des subventions ne s’est pas matérialisée. Quand même, il est inconcevable que l’Afrique passe le cycle de sous-développement sans une politique commerciale et industrielle qui lui permettrait de s’industrialiser avec tous les avantages directs et indirects qui vont avec. Le message est conforme à cette orientation politique de Guy Mhone quand il invitait les pays africains à adopter des politiques macro-économiques hétérodoxes s’ils voulaient assurer leur développement à l’ère du néo-libéralisme. C’est sur le type de politique commerciale et industrielle dont l’Afrique a besoin que le CODESRIA aimerait porter l’attention des chercheurs africains à travers la conférence Guy Mhone 2008. Repenser méthodiquement la politique commerciale et industrielle en Afrique est devenu urgent à cause de plusieurs facteurs, parmi lesquels les crises économiques des pays africains qui requièrent l’abandon de l’orthodoxie qui a dominé la formulation de politiques socio-économiques des deux décennies et demie, la reconnaissance par la Banque mondiale après 25 ans d’expérimentation zélée, que le cadre d’ajustement structurel n’avait pas atteint ses objectifs, les pressions exercées sur les gouvernements africains afin qu’ils adoptent le « libre échange » et la poussée unilatérale de l’Union Européenne pour des Accords de partenariat économique (APE) avec les pays africains.

Parmi les thèmes qui seront couverts par la conférence, il y a :

- Politique commerciale et industrielle : questions conceptuelles et théoriques ;
- Une relecture de la politique commerciale et industrielle dans la période 1960-1980 ;
- La politique commerciale et industrielle pendant les années d’ajustement structurel (1980 – 2000) ;
- La politique commerciale et industrielle et le processus de l’OMC ;
- La politique commerciale et industrielle dans le contexte de mondialisation néo-libérale ;
- La politique commerciale et industrielle et les dynamiques de coopération et l’intégration régionale ;
- La politique commerciale et industrielle et le transfert technologique ;
- Les accords de partenariat économique entre l’Union Européenne et l’Afrique et les enjeux de développement africain ;
- Au-delà de l’orthodoxie néo-libérale : la politique commerciale et industrielle pour le développement national et continental ;
- Vers une politique commerciale et industrielle de développement pour l’Afrique : Questions théoriques et empiriques ; et
- Politique commerciale et industrielle comparative : Expériences et leçons d’autres régions du monde.

décembre 30 2009



Commentaires