Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Réformes du secteur public en Afrique : rétrospectives et perspectives

22-24 août 2007, Zomba (Malawi)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) lance un appel à contributions pour la conférence internationale qu’il organise sur le thème : Les réformes du secteur public en Afrique : rétrospectives et perspectives. Cette conférence est organisée dans le contexte de l’engagement actuel du Conseil à promouvoir une pensée critique sur tous les aspects du développement socio-économique en Afrique. Elle est également organisée pour honorer la mémoire de l’un des plus distingués penseurs du développement en Afrique et ancien membre du Comité Exécutif, Feu le Professeur Guy Mhone. Cette conférence se tiendra dans la ville universitaire de Zomba, au Malawi du 22 au 24 août 2007.

La réforme du secteur public a longtemps été au centre des questions de réforme socio-économique et politique sur le continent. Au début des années 1980 quand les programmes d’ajustement structurel commencèrent à s’imposer, le secteur public, aspect le plus visible de l’Etat interventionniste, était constamment attaqué par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Il était considéré comme démesuré, inefficace, et disproportionné, et qu’il était le siège de toutes sortes de relations « néo-patrimoniales » et « clientélistes » et source de déficits, ce qui alimentait l’inflation. Pour ces raisons, il fut inconcevable que les économies des pays africains puissent être structurellement ajustées sans une rationalisation radicale du secteur public, de son rôle, de son mode de fonctionnement et de son mandat. Cette approche de la réforme du secteur encouragée par les institutions de Bretton Woods est un mélange de commercialisation, de privatisation et de liquidation, mis en œuvre en différentes phases. Une attention particulière fut alors portée à la réforme de la fonction publique dans la plupart des pays, cet exercice prenant la forme de réduction à grande échelle du nombre des travailleurs dans ce qui fut initialement appelé ajustement.

Dans les années qui suivirent, des agences spécialisées ont été créées à partir d’institutions du secteur public qui ne pouvaient pas être privatisées ou liquidées pour une raison ou une autre. De ce processus d’« agencification » du gouvernement a résulté quelquefois dans la suppression de structures para-étatiques clés, telles que les bureaux des impôts et taxes, du service public en général et leur transformation en institutions autonomes avec leur propre structure. L’« agencification » fut accompagnée d’incitation à la sous-traitance de certaines fonctions de service public au secteur privé et à des fournisseurs, étendant ainsi l’application des principes du marché à ce qui restait du service public. Plus récemment, les institutions responsables de l’approvisionnement en eau, en électricité et toute une gamme de services sociaux ont été confiées au privé pendant que des critères de marché et de performance ont été imposés aux restes de la bureaucratie d’Etat, remettant en question la notion même de service public et de biens publics essentiels dans l’articulation de la relation Etat-société.

Le processus de réforme du secteur public africain est en cours depuis 25 ans maintenant. Pendant cette période, l’Etat africain, idéologiquement diabolisé et transformé en cible politique des institutions de Bretton Woods, a été réduit, sans projet de développement et enveloppé dans son nouvel habit de gardien de nuit avec un mandat unique de promotion du marché. Sa position de siège historique de la meilleure ressource humaine du monde a été érodée et aujourd’hui, ses dirigeants sont réduits à rechercher le soutien des bailleurs pour reconstruire une compétence perdue au cours de différents processus d’ajustement. Le rôle du secteur public dans la planification du développement a été démantelé par une approche qui comprenait, sans y être limitée, la dissolution pure et simple des ministères et commissions du plan dans plusieurs pays, ainsi que la réorientation des agences de statistiques nationales pour servir des objectifs limités à la collecte de données. Les cibles initiales de la liquidation des entreprises publiques étaient essentiellement les compagnies de fournitures de services et de produits de première nécessité établies dans la première décennie des indépendances. Les entreprises publiques de l’après indépendance ont été privatisées dans des phases successives qui, en fait, évacuaient le rôle de l’Etat dans la planification du développement et de l’investissement. Les liens entre le rôle du secteur public, la promotion de la citoyenneté sociale et la construction de l’Etat étaient rompus en même temps que prédominait une interprétation économique étroite du service public.

La vente massive des entreprises publiques – performantes ou pas – a résulté dans l’enrichissement sélectif d’une minorité à travers le transfert de biens publics sous-évalués à des amis et à des spéculateurs privés. Pays après pays, la privatisation et le bradage des biens publics ont entraîné toutes sortes de mécontentements. Ceux-ci ont alimenté les inégalités sociales et régionales croissantes, renforcé les réseaux de corruption, détérioré le contrat social, contribué à la dé-industrialisation, et accéléré la dénationalisation des économies locales. Ces mécontentements ont également attisé les contestations puisque parmi les conséquences de la restructuration du secteur public figurait le bradage des services sociaux de base hors de portée d’un nombre toujours croissant de citoyens. C’est la mise en œuvre par les institutions de Bretton Woods de leur stratégie de réforme du secteur public en Afrique sur une logique unidimensionnelle et étroite du marché, et qui plus est, dépourvue de toute préoccupation sérieuse du développement et des citoyens, qui constitue la première explication de la multiplication de mouvements de contestation des réformes dans différent pays. Cela parce que le processus de réforme a été mis en œuvre sans prêter attention à la chose publique et à sa sauvegarde pendant les périodes de changement.

Pendant toute sa vie académique, Guy Mhone a consacré une part importante de sa production scientifique à la réflexion sur le rôle du secteur public dans le plan de développement africain. Il était, sans nul doute, certain que le secteur public avait un important rôle à jouer à la fois en tant que tel et également en rapport avec la gestion du marché à des fins de développement. Avec cette perspective en tête, les participants à la conférence sont invités en entreprendre une rétrospective critique et une mise en perspective de la théorie et de l’expérience de réforme du secteur public africain, en tenant compte du passé et en proposant des approches alternatives répondant aux enjeux pressants de construction d’états de développement démocratique en Afrique. La conférence aura pour but de rendre compte de la manière par laquelle les réformes entreprises sous la houlette du FMI et de la Banque mondiale ont transformé le secteur public en Afrique et avec quelles conséquences ; l’impact de ces réformes sur l’Etat et les relations Etat-société ; les conséquences de ces réformes sur l’équité, le professionnalisme, l’idée de service public, et l’esprit de corps ; et les alternatives disponibles en termes de repensée du secteur public en Afrique et le sauvetage du secteur du mal ajustement dont il a souffert.

Parmi les thèmes qui seront couverts lors de la conférence, il y aura :

- Le secteur public dans le développement national/régional : théorie, histoire et preuves ;
- Expériences de la réforme du secteur public en Afrique : reconsidération de la privatisation, de la commercialisation et de la liquidation d’entreprises ;
- Réformes de la fonction publique : dimensions et conséquences ;
- Expériences de décentralisation de la fonction publique ;
- Expériences et expérimentations dans la gestion du nouveau secteur public en Afrique ;
- Repenser la réforme du secteur public dans un objectif de développement démocratique ;
- Surmonter les mal ajustements du secteur public ;
- Au-delà de la dichotomie Etat-marché dans la pensée du développement et sa pratique en Afrique ;
- Renouveler la fonction publique africaine : approches alternatives ;
- Au delà de l’« agencification » : Construire un secteur public de développement pour une politique démocratique ;
- Expériences comparatives de la réforme du secteur public : perspectives du Sud.

décembre 30 2009



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