Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Financement de Recherche Sociale Autonome en Afrique : Expérience Antérieure, Directions Actuelles

28-30 novembre 2007, Dakar (Sénégal)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir de vous informer de la tenue de la deuxième session de sa nouvelle initiative créée pour rassembler les doyens de facultés de sciences sociales et humaines dans une conférence annuelle organisée autour d’un thème scientifique d’intérêt commun. Ce programme fait partie des nouvelles activités lancées par le Conseil dans le cadre de ses objectifs stratégiques pour faire reculer les limites de la production et de la dissémination de connaissances. Cette initiative est née de la volonté de combler l’écart observé dans la recherche d’un renouveau du système d’enseignement supérieur africain, plus précisément, l’absence en Afrique de forum réguliers et structurés qui permettent aux gestionnaires du système d’enseignement supérieur en général, et aux doyens des facultés de sciences sociales et humaines en particulier de réfléchir sur leurs expériences, d’échanger des vues sur les défis communs auxquels ils font face, d’apprendre les uns des autres, et de tirer profit des solutions aux problèmes les uns et les autres de façon à leur permettre de trouver de nouvelles perspectives comparatives dans le domaine de l’enseignement supérieur inscrit dans une période de transition. Le CODESRIA est engagé à développer la conférence comme une activité centrale qui sera partie intégrale de sa stratégie de soutien dans la durée à l’université africaine, chaque conférence étant structurée pour aboutir à la production d’un ouvrage qui sera à la fois un constat et une déclaration sur l’état des sciences sociales et humaines en Afrique.

Le CODESRIA est une initiative des centres de recherche sociale et économique du continent. Le Conseil a été créé en 1973 pour offrir à ces institutions un forum en Afrique qui facilite la production et la dissémination de connaissances avec une plus-value africaine, promeut le partage d’expériences au delà des barrières géographiques et linguistiques, et contribue à faire entendre les voix africaines à l’échelle mondiale. Depuis 1973, à la fois le terrain de la recherche sociale africaine et le contexte institutionnel de la production de connaissances ont subi des changements profonds qui ont également agi sur l’opérationnalisation du mandat du CODESRIA en tant que première organisation de scientifiques actifs dans le domaine des sciences sociales et humaines. De ces nombreux changements conformes au mandat du Conseil, aucun n’est plus évident que l’accroissement du nombre d’universités et de centres de recherche avancée. Mais, cet accroissement en nombre ne s’est pas toujours traduit par le développement d’opportunités pour faire reculer les frontières de la recherche sociale et de la production de connaissances. Certainement, les disciplines de recherche sociale ont toujours dû se battre pour leur présence et leur place dans le système d’enseignement supérieur africain. Initialement, pendant les premières décennies d’indépendance et au fur et à mesure que les espaces politiques locaux s’amenuisaient, les cercles gouvernementaux ont de plus en plus nourri l’idée que les sciences sociales et humaines développaient un radicalisme infectieux qui ne pouvait être éradiqué qu’en interdisant l’enseignement de certaines disciplines telles que les sciences politiques. De plus, certains pensaient qu’investir des ressources « rares » dans les sciences sociales et humaines n’était ni plus ni moins que du gaspillage dans des pays où, selon cette opinion, il y avait plus besoin d’ingénieurs, de médecins et autres professionnels venant des sciences « dures ».

Au moment où les pays africains subirent le déclin prolongé de leurs économies à partir du début des années 1980, les attaques contre les sciences sociales et humaines étaient soutenues par des arguments axés sur leur présumé manque de pertinence au processus de développement et leur inadéquation avec les critères des marchés du travail locaux – et même internationaux. La crise de financement qui a caractérisé la période à partir des années 1980, la pénurie d’ouvrages universitaires, la fuite des cerveaux, la fermeture de nombreuses presses universitaires, l’effondrement de revues universitaires et de la culture de séminaires académiques réguliers, le processus de massification qui a provoqué une explosion du nombre d’étudiants, la dégradation des infrastructures, les attaques répétées contre la liberté académique, l’effort unidirectionnel de marchandisation du savoir, et une communauté démotivée d’enseignants et d’étudiants ont affecté le développement des sciences sociales et humaines. Sans nul doute, les sciences sociales et humaines n’ont jamais été autant sous pression que maintenant. Dans les cas extrêmes, plusieurs départements/domaines ont tout simplement été supprimés parce qu’inappropriés ; d’autres ont été atrophiés par manque d’étudiants et/ou d’enseignants qualifiés. Sans exception, toutes les disciplines des sciences sociales et humaines ont subi ou subissent encore des pressions pour changer le contenu des enseignements. Des questions de qualité conjuguées à des préoccupations de viabilité pour définir le noyau des enjeux confrontant les sciences sociales et humaines, les défis de renouvellement sont nombreux mais il n’est pas toujours clair que les choix politiques soient les plus judicieux.

Les réponses aux crises généralisées du système d’enseignement supérieur africain et les difficultés spécifiques confrontant les sciences sociales et humaines ont été diverses. Le CODESRIA, à travers ses programmes, a été à la pointe de l’effort fait en Afrique pour contribuer au renforcement et au renouveau des sciences sociales et humaines, par des interventions diverses et multidisciplinaires. Partant du fait qu’aucune société ne peut espérer faire face aux défis de développement auxquels elle est confrontée si elle n’investit pas dans les sciences sociales et humaines, le CODESRIA porte ses efforts programmatiques un peu plus loin en lançant la conférence annuelle des doyens de facultés de sciences sociales et humaines des universités africaines. Cette initiative vient au moment où la direction académique et administrative des universités africains traverse des changements multiples et variés, y compris le départ à la retraite d’un grand nombre de pionniers de la période post-indépendance et l’arrivée dans les fonctions de direction de la deuxième et troisième génération de chercheurs. La conférence encouragera la réflexion avancée sur l’état des sciences sociales et humaines en Afrique par ceux/celles qui, de par leur fonction dans le système universitaire, occupent des positions avancées dans la direction académique et administrative. Elle servira également à créer un réseau des doyens au-delà des frontières géographiques, linguistiques et de genre qui ont tendance à les séparer.

Le thème choisi pour la deuxième édition de la conférence est Le financement d’une recherche autonome en sciences sociales dans les universités africaines : expériences passées, nouvelles orientations. Ce thème s’adresse aux multiples transitions en cours dans l’organisation de la recherche et de la formation dans les universités africaines et que les doyens, en vertu de leurs fonctions, doivent superviser. Historiquement, pour différentes raisons, les sciences sociales et les humanités ont été moins privilégiées financièrement par les universités. Peut-être le plus important facteur contextuel actuel est le déclin prolongé et accéléré des niveaux de financement. Par conséquent, et malgré les luttes des personnels académiques, le financement par l’université de la recherche autonome est en recul même quand des entreprises génératrices de revenus ont été envisagées par les administrateurs et que des chercheurs individuels se sont investis dans une culture florissante de consultance. La récession dans le financement de la recherche universitaire autonome a peut être été amoindrie dans certains campus par le soutien de fondations internationales mais ce soutien a, à la fois, été limité dans son envergure et sa quantité. Certains gouvernements ont également développé des systèmes de couplage des fonds versés aux universités publiques au nombre de publications du personnel académique dans les revues internationales mais ceci n’a pas généré le volume qui produirait un accroissement des fonds disponibles pour soutenir les initiatives de recherche des personnels académiques.

Quant aux initiatives de génération de revenus des administrations universitaires, il existe des preuves de la magnitude des ressources levées, spécialement à travers les programmes payants qui ont proliféré et alimenté la massification du nombre d’étudiants au détriment du but de la recherche ; ce qui est moins clair, c’est pourquoi une partie de ces ressources n’est pas réinvestie dans la revivification du financement de la recherche universitaire et dans les infrastructures de recherche. Quant à la culture de consultance, la manière dont elle a été gérée par la plupart des universités a renforcé le déclin de la recherche autonome fragmentant la communauté de recherche elle-même. Les formes spécifiques de consultance présentes dans le système universitaire et leurs impacts sur la culture de recherche autonome méritent d’être explorées et étudiées. A la fois en rapport avec les stratégies de génération de revenus et la consultance, à cause des étroites logiques commerciales qui les sous-tendent, certaines disciplines spécifiques sont visiblement plus privilégiées que d’autres, la conséquence en étant qu’en l’absence de financement autonome, certains champs d’études sont affaiblis, et même en danger de disparition. Les doyens sont forcés de trouver des stratégies alternatives pour garder ces champs d’études ouverts aux étudiants et aux chercheurs. Ces alternatives doivent être généralisées dans une réflexion plus large du financement de la recherche en sciences sociales autonome dans l’université africaine contemporaine. Les participants à la conférence 2007 sont invités à cet exercice en se fondant sur leurs propres expériences institutionnelles et des exemples comparatifs.

Pour rendre la conférence productive et stimulante, chaque réunion sera centrée sur un thème ; des opportunités d’interactions seront disponibles pour permettre un échange d’expériences structuré des doyens. Les participants à cette conférence doivent occuper présentement les fonctions de doyens de facultés de sciences sociales et humaines dans une université africaine.

décembre 30 2009



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