Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation

08-10 octobre 2008, Le Caire ( Egypte)

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Dès le début des années 1990, le CODESRIA a été à la pointe d’une mobilisation
des universitaires africains dans le but de repousser les frontières de la
production de savoir sur les questions de genre. Il le faisait de manière à ce
que dans ses réseaux de nombreux universitaires soient actifs et que dans
d’autres sites de recherche académique, le genre soit intégré dans les cadres
d’analyses. Ces actions ont été accomplies en accord avec l’engagement du
Conseil à produire un savoir non seulement ancré dans les réalités du continent
africain mais qui contribue à la transformation progressive des modes de vie.
Les résultats des expériences du Conseil et d’autres institutions ont culminé
dans une efflorescence d’études sur les divers aspects des dynamiques de
genre dans le développement, dans une expansion de la communauté universitaire
africaine intéressée par la recherche sur le genre, dans la mise en réseau
de cette communauté sur une échelle sous-régionale et panafricaine.

Malgré les progrès accomplis dans la promotion du genre dans la recherche
sociale et dans les projets de transformation sociale, beaucoup de travail
reste à faire. Les enjeux sont nombreux mais, en résumé, sont centrés autour
du renforcement des nombreuses critiques du développement à partir de différentes
perspectives de genre. Donner une dimension genre au développement
africain demande une attention soutenue aux outils analytiques du chercheur
et une critique du type de développement, ce qui questionne les fondations
mêmes sur lesquelles le processus développemental africain repose et les
pré-requis des approches et des théories politiques nouvelles avancées ; ce
qu’il faut aujourd’hui est un changement total de paradigmes pour lesquels
une nouvelle recherche est nécessaire.

Divers auteurs ont identifié des points d’entrée de leurs projets de développement
pour l’Afrique. Ce qui est vraiment important à noter est qu’il est inconcevable
que le projet de développement, quelle que soit sa définition,
aboutisse sans une totale intégration du genre dans l’équation. Et c’est
précisément là où les silences ont été les plus retentissants en dépit des déclarations
officielles des gouvernements sur la promotion des droits des
femmes et l’égalité entre les hommes et les femmes. Le début des processus
contemporains de globalisation ont initialement créé un optimisme général qui
promettait de nouvelles opportunités pour l’expansion des frontières des droits
des femmes ; plusieurs années après, cet optimisme s’est refroidi autant à
cause des éléments réducteurs de pouvoir créés par l’ère mondiale que par la
distribution inégale des opportunités qui y est associée. Particulièrement, il y a
les limitations sévères imposées à l’expansion de la citoyenneté sociale par les
ancrages néolibéraux de l’idéologie et de la politique de la mondialisation
contemporaine.

Les préoccupations de citoyenneté sont aussi vieilles que l’histoire des formations
politiques. En tant que thème de recherche, la citoyenneté a capté l’attention
des universitaires dès le début des communautés politiques ; en tant
que sujet de préoccupations politiques, il est source de questions sur la définition
du citoyen, sur ses droits et sur ses responsabilités, et la nature du contrat
social dominant. Les théories de citoyenneté ont proliféré au cours des années
et sont aussi nombreuses dans leurs préoccupations particulières que les différentes
pratiques de citoyenneté qui ont été développées. Mais pour la longue
et riche histoire derrière le concept et la pratique de la citoyenneté, la tâche
de lui donner une dimension genre est restée à la fois ardue et inaccomplie, à
cause des luttes incessantes pour la levée des restrictions contre les femmes –
et les hommes- qui vont du patriarcal patent au discriminatoire flagrant. Ce
faisant, bien qu’il soit vrai que l’humanité a parcouru un long chemin depuis
que l’idée de citoyenneté a été conçue et opérationnalisée exclusivement en
termes mâles/masculins, les progrès sont lents, fragmentés et inégaux dans la
tâche de donner une dimension genre vivante et pertinente à la citoyenneté.
Hier et aujourd’hui, du point de vue du genre, les questions centrales incluent
les luttes pour l’expansion des droits des femmes ; la promotion de l’égalité
homme-femme ; la reconfiguration des féminités et des masculinités ; la reconstitution
de la sphère publique pour améliorer la présence et la participation
des femmes ; la politisation du personnel ; la réforme du code de la famille
 ; et la redéfinition des conditions de citoyenneté.

Dans ses usages historiques, la théorie de citoyenneté et les pratiques développées
autour ont été généralement confinées aux droits, privilèges, devoirs
et responsabilités des membres individuels d’une communauté politique donnée.
Les attributs de citoyenneté n’ont, cependant, pas été statiques ou uniformes,
ou même limités à une application exclusive aux individus en opposition
aux communautés ; au contraire, leur contenu et leurs contours ont changé en
même temps que la société. Telles qu’elles se sont développées, les influences
mondiales ont toujours des répercussions sur les espaces nationaux-territoriaux
qui alimentent les luttes locales autour la citoyenneté, faisant de sa négociation
et de sa renégociation des éléments des quêtes de redéfinition des relations
Etat-société. De même, les luttes locales ont résonné dans l’arène mondiale
de manière à stimuler les mouvements mondiaux pour une dimension
genre de la citoyenneté. Mais de toutes les phases de la mondialisation
connues par l’humanité, peut être aucune n’a été objet d’intérêt dans les possibilités
qu’elle semble offrir à l’approfondissement et l’expansion simultanés
des espaces d’exercice de la citoyenneté en général et de la citoyenneté
avec une dimension genre en particulier que la phase contemporaine. Soutendue
par une révolution de l’information et de la communication, elle semble
promettre un monde plus mobile, plus intégré et plus cosmopolite avec des
avantages pour une émergence d’une citoyenneté mondiale.

Dans le contexte des opportunités offertes par les structures et les processus
de mondialisation contemporaine à travers la création d’espaces sans frontières
qui transcendent les frontières nationales-territoriales existantes, de
nouvelles ouvertures pour se faire entendre, la négociation de l’appartenance
et l’expansion de la reconnaissance ont des conséquences bénéfiques pour les
efforts de redéfinition de la citoyenneté d’un point de vue genre. En offrant
de nouvelles ouvertures à la redéfinition de la citoyenneté et une infusion
simultanée de nouveaux contenus prenant en compte la dimension genre, la
mondialisation a eu d’importants bénéfices d’exercice du pouvoir à la fois
localement et internationalement qui méritent d’être plus étudiés. Mais la
mondialisation contemporaine a également des conséquences néfastes sur les
luttes pour donner une dimension genre à la mondialisation, ces conséquences
néfastes se manifestant aussi bien dans les arènes locales que mondiales sous
différentes formes. L’attention a été attirée, par exemple, sur les déficits
mondiaux dans la citoyenneté sociale qui sont apparus pendant les deux
dernières décennies et leurs manifestations dans des formes de plus en plus
féminisées de pauvreté.

Les participants au Symposium sur le genre sont invités à considérer le
paysage du genre et de la citoyenneté construit à partir de la mondialisation
en réfléchissant aux manières de venir à bout des nouvelles barrières et des
anciens obstacles dans la recherche d’une citoyenneté avec une meilleure dimension
genre. Le symposium se penchera sur les questions suivantes :

· Théories de citoyenneté locales et mondiales – et les interfaces entre elles –
vues d’une perspective genre ;

· Pratiques locales et mondiales de citoyenneté – et les interfaces entre elles vues
d’une perspective genre ;

· Modèles et schémas de la réfraction des préoccupations locales dans les
processus et luttes mondiaux autour du genre et la citoyenneté ;

· Impact des processus mondiaux sur les luttes local pour donner une dimension
genre à la citoyenneté ;

· Rôles des sociétés civiles locales et mondiales dans la mobilisation d’une citoyenneté
à dimension genre dans le contexte de la mondialisation contemporaine
 ;

· Dialectiques des identités multiples et la citoyenneté à l’ère mondiale ;

· Tensions entre l’administration nationale-territoriale et les citoyennetés multiples
et leurs conséquences dans la quête d’une citoyenneté à dimension
genre ;

· Articulation du genre et de la citoyenneté dans les espaces sans frontières ;

· Masculinités, féminités et identités citoyennes à l’ère de la mondialisation ;

· Nouvelles formes de marchandisation internationale de la citoyenneté et ses
implications sur le genre ;

· Nouvelles formes de commerce trans-national de filles et de femmes ;

· Les schémas genre de la mobilité citoyenne à l’ère de la mondialisation ;

· Cultures de mondialisation et leurs implications sur la citoyenneté des femmes.

Rapport scientifique

décembre 30 2009



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