Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Genre, esclavage et asservissement

12-14 novembre 2007, Le Caire (Egypte)

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Dès le début des années 1990, le CODESRIA a été à la pointe d’une mobilisation
des universitaires africains dans le but de repousser les frontières de la
production de savoir sur les questions de genre. Il le faisait de manière à ce
que dans ses réseaux de nombreux universitaires soient actifs et que dans
d’autres sites de recherche académique, le genre soit intégré dans les cadres
d’analyses. Ceci résulte, non seulement, de l’engagement du Conseil, émanant
de sa Charte, à produire un savoir non seulement ancré dans les réalités du
continent africain mais en plus qui contribue à la transformation progressive
des modes de vie. Les résultats des expériences du Conseil et d’autres institutions
ont culminé dans une efflorescence d’études sur les divers aspects des dynamiques
de genre dans le développement, dans une expansion de la communauté
universitaire africaine intéressée par la recherche sur le genre, dans la
mise en réseau de cette communauté sur une échelle sous-régionale et panafricaine.

Malgré les progrès accompli dans la promotion du genre dans la recherche
sociale et dans les projets de transformation sociale, beaucoup de travail
reste à faire. Les enjeux sont nombreux mais, en résumé, sont centrés autour du
besoin de renforcer les nombreuses critiques du développement à partir de
différentes perspectives de genre. Donner une dimension genre au développement
africain demande une attention soutenue aux outils analytiques du chercheur
et une critique du type de développement, ce qui questionne les fondations
mêmes sur lesquelles le processus développemental africain repose et les
prérequis des approches et des théories politiques nouvelles avancées, ce qu’il
faut aujourd’hui est un changement total de paradigmes pour lesquels une nouvelle
recherche est nécessaire.

Divers auteurs ont identifié des points d’entrée de leurs projets de développement
pour l’Afrique. Ce qui est vraiment important à noter est qu’il est inconcevable
que le projet de développement, quelle que soit sa définition, aboutisse
sans une totale intégration du genre dans l’équation. Et c’est précisément là où
les silences ont été les plus retentissants en dépit des déclarations officielles
des gouvernements sur la promotion des droits des femmes et l’égalité entre
les hommes et les femmes. Nulle part ceci n’a été plus évident que dans les
nouvelles formes d’esclavages et d’asservissement qui ont, jusqu’à présent, été
un aspect en vue du présent millénaire et qui ont particulièrement affecté les
femmes et les filles. En allant au-delà des différentes formes d’exploitation des
femmes et des filles dans les travaux domestiques, champêtres, et d’ouvrières,
le nouveau commerce d’êtres humains implique la vente de femmes et de filles
et les livre au servage duquel seules les plus chanceuses, réussissent éventuellement
à s’échapper. Catalysées par divers évènements socio-économiques qui
sont localement ou internationalement associés à la mondialisation, les nouvelles
formes d’esclavage et d’asservissement se sont traduites par des transactions
commerciales de femmes et de filles organisées en des réseaux internationaux
avec des attaches locales et mises en oeuvre sous différentes formes.
Les transactions alimentent les demandes nombreuses qui couvrent divers secteurs
socio-économiques qui vont de l’agriculture et l’industrie au tourisme et à
l’économie domestique. Elles sont construites sur leurs propres chaines d’approvisionnement
qui vont du local à l’international – complètes avec les asymétries
Nord-Sud usuelles dans la chaîne de valeur – et implique la négociation de
diverses frontières nationales et internationales à travers lesquelles les femmes
et les filles circulent jusqu’à leur destination finale. La motivation des différents
acteurs et actrices de cette chaîne d’approvisionnement peuvent avoir des détails
matériels différents mais leur objectif est de faire des femmes et des filles
des marchandises à vendre par le biais de divers intermédiaires.

Que la communauté internationale soit confrontée à un problème contemporain
d’esclavage et d’asservissement au 21ème siècle est probablement une ironie
tragique de notre temps. Il y a seulement 200 ans, en 1884, l’ancien commerce
des esclaves était officiellement abolie par un jugement en Grande Bretagne
dans ce qui était célébré comme l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire
humaine. Assurément, la proclamation de l’abolition qui suivit le jugement
de 1884 n’était pas sans adversaires qui organisèrent une résistance prolongée
afin de préserver ce commerce et il y avait clairement des intérêts de
classes et des changements structurels dans les économies d’Europe et d’Amérique
qui sous-tendaient la substitution du commerce des esclaves au soit-disant
commerce « légitime », une nouvelle forme d’échange qui présageait l’imposition coloniale. La proclamation de l’abolition était tout de même pleine de symbolisme
et les luttes qui suivirent ont abouti à la naissance du panafricanisme, les luttes
nationalistes pour l’indépendance, les mouvements de droits civils et le mouvement
féministe étaient autant de raisons de penser que les pratiques d’esclavage et
d’asservissement et l’exploitation des femmes par ces pratiques n’avaient plus de
place dans l’histoire humaine. Cependant, les preuves collectées de par le monde
pendant les deux dernières décennies prouvent que l’esclavage et l’asservissement
non seulement persistent dans certains pays mais qu’ils sont devenus un commerce
mondial de femmes et de filles en particulier. Par ailleurs, les jeunes garçons n’ont
pas été épargnés par cette nouvelle forme d’asservissement car la pédophilie, liée
aux dynamiques d’exploitation sexuelle des enfants dans l’industrie du tourisme, est
en progression. Comme avec l’ancienne traite des esclaves, l’Afrique est particulièrement
affectée par le nouveau commerce des êtres humains, un fait qui ne devrait
pas passer inaperçu au moment où nous célébrons les 50 ans d’indépendance introduite
par la libération du Ghana de la domination britannique en 1957.

L’ancien commerce des esclaves avait ses propres relations oppressives de genre
que les historiens n’ont pas particulièrement étudiées comme un domaine d’intérêt
distinct mais qui sont décrites par tous les documents disponibles comme traumatisantes
pour les femmes qui étaient capturées et transportées vers le soit-disant
Nouveau monde. Les preuves existantes sur les formes contemporaines d’esclavage
et d’asservissement comme commerce local et international suggèrent que l’exercice
dans les ménages et les communautés de pouvoirs patriarcaux dans un contexte
d’inégalités sociales profondes et d’extrême pauvreté est un facteur clé qui alimente
le nouveau commerce des femmes et des filles.

Les participants au Symposium
sur le Genre 2007 du CODESRIA seront invités à essayer de remédier aux
lacunes de genre dans la littérature sur l’ancien commerce des esclaves qui s’est
focalisé seulement sur l’esclave mâle, et dans la critique produite sur le nouveau
commerce en procédant à une analyse comparative des différents aspects de
genre de l’ancien commerce avec le commerce contemporain qui cible particulièrement
les femmes et les jeunes filles. Ceci requière une relecture critique de l’ancien
commerce des esclaves et des formes nouvelles d’asservissement de femmes et de
filles. Des études comparatives examinant les expériences contemporaines de femmes
esclaves et de garçons soumis à l’exploitation sexuelle sont également les bienvenues.
Les participants au symposium seront encouragés à explorer les chemins
possibles de libération que le monde « libre » pourrait offrir.

Parmi les sous-thèmes autour desquels la réflexion sera organisée, il y a :

1. Le genre dans l’histoire de l’esclavage et de l’asservissement en général :

- i. Les enjeux théoriques et conceptuels ;
- ii. Les enjeux méthodologiques.

2. Origines, nature et dimensions de l’asservissement contemporain des femmes :

- i. Les facteurs favorables et défavorables locaux, régionaux et
mondiaux ;
- ii. La couverture sectorielle et géographique ;
- iii. La chaine commerciale ;
- iv. L’étendue du problème dans les perspectives locales et mondiales ;
- v. Les populations cibles de femmes et de filles les plus affectées.

3. Expériences d’esclavage et d’asservissement au 21ème siècle ;

4. Evaluation des coûts et des conséquences de l’asservissement des femmes, des
jeunes garçons et filles

5. Perspectives comparées de genre sur l’ancienne traite des esclaves et la nouvelle
traite des femmes, des garçons et des filles ;

6. Une lecture du point de vue genre des législations nationales et des conventions
internationales sur le trafic d’êtres humains et l’exploitation sexuelle des
enfants ;

7. L’asservissement des femmes et l’exploitation sexuelle des jeunes enfants, métaphore
pour les relations inflexibles dans la société ;

8. Voies pour la libération des victimes du nouveau commerce des êtres humains.

Rapport scientifique

décembre 30 2009



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