Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Le genre dans la construction de l’Etat de développement démocratique

12–14 novembre 2006, Le Caire (Egypte)

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Dès le début des années 1990, le CODESRIA a été à la pointe d’une mobilisation d’efforts des
universitaires africains dans le but de repousser les frontières de la production de savoir autour
des questions de genre. Il le faisait de manière à ce que de nombreux universitaires soient
actifs dans ses réseaux et que dans d’autres sites de recherche académique, le genre soit intégré
dans les cadres d’analyses. Ceci résulte, non seulement, de l’engagement du Conseil, contenu
dans sa Charte, à produire un savoir non seulement ancré dans les réalités du continent africain
mais en plus à contribuer à la transformation progressive des modes de vie qui est basé
sur des contributions tirées des perspectives multidisciplinaires. Les résultats des expériences du
Conseil et d’autres institutions ont culminé dans une efflorescence d’études sur les divers aspects
des dynamiques de genre dans le développement, une expansion de la communauté universitaire
africaine intéressée par la recherche sur le genre, la mise en réseau de cette communauté
sur une échelle sous-régionale et panafricaine, et à se faire entendre à l’échelle mondiale.

Malgré tout le progrès accompli dans la promotion du genre dans n’importe quelle recherche
sociale et dans n’importe quel projet de transformation sociale, beaucoup de travail reste à
faire. Les enjeux sont nombreux mais en résumé sont centrés autour du besoin de fortifier les
nombreuses critiques du développement à partir de différentes perspectives de genre. Donner
une dimension genre au développement africain demande une attention soutenue non seulement
aux outils analytiques du chercheur mais aussi une critique de type de développement, ce
qui questionne les fondations mêmes sur lesquelles le processus développemental africain repose
et les pré-requis des approches et des théories politiques nouvelles, ce qu’il faut aujourd’hui est un changement total de paradigmes pour lesquels une nouvelle recherche est nécessaire.

Assurément, les stratégies des Femmes en Développement, Femmes et Développement/Genre
et Développement qui ont influencé les interventions politiques et informé les réflexions académiques
des années 1960 et 1970 ont fait avancer la question des silences et contradictions
dans le processus de développement. Cependant, elles sont limitées par le fait qu’elles sont
pour la plupart restées dans les paramètres définis des théories conventionnelles du développement
et des discours des partisans des approches traditionnelles. Aussi, elles ont tendance à
limiter le terrain d’analyse soit à des considérations économiques/économétriques étroites ou à
des perspectives en accord avec la notion du développement comme croissance économique.
De plus, les femmes ont continué à être traitées plus en objets d’histoire que comme sujets d’histoire,
elles « reçurent » le développement mais n’étaient pas les sujets de ce développement.
Des efforts méritoires dans le but d’attirer l’attention sur les tendances de l’économie informelle,
les expressions artistiques et culturelles du travail développementaliste des femmes, le
statut de l’économie domestique, les transformations du genre dans les processus de production
et les processus commerciaux, et les innovations en science et la technologie n’ont pas réussi à
changer les termes du débat et à générer un discours alternatif libérateur, en partie à cause
de la « donorisation » accentuée du genre comme outil politique.

Le déclin de la stratégie de développement de l’Etat interventionniste survenue à la suite de la
révolution néo-libérale des années 1980 fut un recul pour les approches WID/WAD/GAD
particulièrement parce que leurs racines intellectuelles étaient sapées par le changement radical
de direction quand survinrent les programmes d’ajustement structurel du tandem Banque
Mondiale/FMI. Des efforts ont ensuite été faits pour accroître l’accès au micro-crédit et aux
formules de protection sociale afin d’atténuer les coûts de l’ajustement économique néolibéral
et améliorer la participation des femmes dans les processus commerciaux. Plus tard, des investissements
ont été fait pour modifier les modèles et politiques macro-économiques pour mieux
intégrer les préoccupations de genre. Dans ce même ordre d’idée, la prise en compte du genre
dans les budgets prit de l’importance. Le corollaire de ceci fut la montée du féminisme d’état
symbolisé par la fonction des Premières Dames et la campagne pour un plus grand équilibre
de genre dans les institutions d’Etat. Mais ces approches aussi, malgré leur succès pour maintenir
la centralité de la question du genre, n’ont pas, dans la plupart des cas, dépassé les paramètres
établis par les nouveaux discours du marché et de la politique économique néolibérale ;
leurs revers politiques ont peut être servi à renforcer les structures existantes de pouvoirs irresponsables.

En jetant un regard sur l’Afrique des années 1980 et 1990, il y a beaucoup à regretter, notamment
le rôle joué par les universités et les professionnels dans les discussions dominantes sur
le développement. Car, quand l’Etat déclinait, les échecs du marché proliféraient, des violents
conflits éclataient ou redémarraient, de nouvelles diasporas locales et internationales étaient créées, les limites de l’économie informelle reculaient, un lourd tribut était payé à la pandémie
de VIH/SIDA, et l’économie domestique prit une part significative, le rôle des femmes dans le
bien-être des ménages et de la société devint plus important. Nul doute que, la constante reproduction
de l’économie et de la société en Afrique dépendait de la ténacité et de l’ingénuité
des femmes. Dans ce nouveau contexte, la nature des relations de genre devint plus centrale
que jamais de l’espoir développementaliste qu’elles soient perçues à partir du processus de
production (y compris le marché du travail), la relation Etat-citoyen, la négociation et des relations
marchands, les efforts pour réinventer l’Etat, les innovations dans les arts, la culture et la
technologie. Ces développements mis ensemble ont créé un contexte radicalement différent
pour les relations de genre qui doivent, par nécessité, être pris en compte dans une réflexion
holiste sur le développement en Afrique.

Le calendrier de transformation social dans le processus de développement est resté très actuel
mais a besoin d’être revisité de manière créative au moment où de questions s’accumulent sur
les limites du marché et les coûts du malajustement des économies et sociétés africaines. Les
questions posées sont accompagnées par un regain d’intérêt politique et académique pour le
développement le rôle que l’Etat doit y jouer. Dans cette optique, la notion d’Etat de développement
a été ravivée et gagne rapidement en importance. Parmi thèses de l’Etat de croissance
comme piste pour l’Afrique pour dépasser les crises socio-économiques prolongées et transcender
les mal-ajustements du fondamentalisme de marché des années 1980 et 1990 du tandem
FMI/Banque mondiale, un fondamentalisme moins confiant qu’avant mais qui n’a pas été définitivement
vaincu, lar préoccupation première étant d’éviter les erreurs qui ont entravé les efforts
faits en Afrique dans les années 1960 et 1970 pour apporter le développement et promouvoir
un projet d’Etat de croissance. Ces erreurs sont d’abord perçues comme installées dans l’arène
politique comme une traduction du déficit de démocratie. C’est sur la base de ces déficits que
les discussions ravivées sur l’importance de la renaissance du projet d’état de croissance a placé
un accent sur la nécessité que, cette fois, l’Afrique s’engage à construire des états de croissance.

Différents auteurs ont identifié divers points d’entrée pour l’apport démocratique du projet d’Etat
de croissance qu’ils ont en tête mais ces différences ne devraient pas nous retenir maintenant.
Ce qui est réellement important c’est qu’il est inconcevable que l’Etat démocratique de
croissance, bien qu’il soit défini, peut être construit sans une claire intégration du genre dans
l’équation. Et c’est précisément ici que les silences ont été les plus remarqués et, ou les voix du
genre ont été notées, c’est plus pour leur faiblesse que pour leur revendication de droits. La
nécessité de corriger ceci s’impose. Une telle correction assurera que la lutte afin de mieux
prendre en compte la dimension genre dans le développement en Afrique évitera les erreurs
historiques. C’est le défi que constitue l’objectif central du Symposium sur le Genre 2006 du
CODESRIA qui, comme l’édition porte plus loin le thème plus large d’alternatives de développement
qui étaient également le premier point de convergence de la 11ème Assemblée générale
du Conseil tenue à Maputo, Mozambique, en décembre 2005.

Les participants au Symposium sur le Genre 2006 du CODESRIA seront invités a engager un
débat renouvelé sur l’Etat de développement en Afrique qu’il soit construit sur des bases démocratiques
ou sur l’assise sociale/institutionnelle dans la perspective d’inclure le genre dans ses
fondements théoriques et tisser les préoccupations de genre dans le tissu des politiques opérationnelles
envisagées. Ceci demandera une lecture critique et de nouvelles bases épistémologiques
sur la théorie et la pratique du développement, la théorie de l’Etat, la théorie de la démocratie,
ainsi la question des institutions publiques. A cet effet, le CODESRIA a commissionné des
contributions qui souligneront tous les aspects du débat sur l’Etat de développement afin de
permettre aux participants au Symposium de considérer et, autant que possible, de développer
ensemble des nouvelles perspectives conceptuelles et des possibilités théoriques sur la base de
la relecture de l’histoire, une réflexion nouvelle sur les connaissances héritées et de la génération
de nouvelles preuves. Une relecture aussi intrépide est nécessaire à cause des changements
intervenus dans les économies et les sociétés africaines depuis la période après les indépendances
pour favoriser le développement. Que ce soit au niveau des ménages et des secteurs formels
et informels de l’économie, les femmes ont un rôle plus important sur une plus grande
échelle qu’aux moments des indépendances même si cela n’apparaît pas dans les calculs de la
richesse nationale ou dans le partage du pouvoir. Il incombe à la communauté universitaire de
corriger cette anomalie et, ce faisant, d’assurer que le facteur genre est placé au centre de la
quête pour de nouvelles démocraties de développement en Afrique. Parmi les sous-thèmes autour
desquels les réflexions seront organisées, il y a :

1. Saisir le genre dans les expériences de développement d’Afrique :

- a.les enjeux théoriques et conceptuels ;
- b.les enjeux méthodologiques.

2. Le genre dans les théories des Etats de développement démocratiques :

- a.les silences du genre dans la théorie et la pratique du développement ;
- b.les silences du genre dans la théorie et la praxis de l’Etat ;
- c.les silences du genre dans la théorie et la pratique de la démocratie.

3. Le genre dans les fondations macro-économiques de l’Etat de développement démocratique
 ;

4. Le genre dans les fondations macro-sociales de l’Etat de développement démocratique ;

5. Le genre dans le tissu institutionnel politique de l’Etat de développement démocratique ;

6. Le genre dans la construction des institutions politiques de l’Etat de développement démocratique
 ;

7. Le genre dans les régimes de travail du projet d’Etat de développement ;

8. Le genre dans le financement de la démocratie de développement ;

9. Vers de nouvelles formes de participation des femmes dans le projet de développement
démocratique.

décembre 30 2009



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