Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Les politiques de succession dans les démocraties ouest-africaines

24-25 septembre 2007, Cotonou (Bénin)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
(CODESRIA) et OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) sont heureux de vous
annoncer la tenue d’une conférence de recherche avancée et de dialogue politique de
deux jours qu’ils organisent à Cotonou, en République du Bénin, en septembre sur le thème
Les politiques de succession dans les démocraties ouest-africaines. Le dialogue politique est
la suite d’une étude, menée en 2006 sous les auspices des deux institutions, portant sur les
tendances en matière de gouvernance. De cette étude, il ressort une série de préoccupations,
parmi lesquelles la question épineuse et récurrente de la succession qui occupe le
devant de la scène politique dans le processus de démocratisation en Afrique de l’Ouest.
Aucun pays n’a été épargné par les tensions et pressions liées aux processus de succession
 ; dans nombre de cas, les luttes de succession ont affecté de manière significative le
projet démocratique et même menacé d’y mettre un terme. Articulée de manières différentes,
et interconnectée à différents niveaux dans chacun des pays, la politique de succession
mérite qu’on s’y attarde à la fois comme perspective politique et modalités des
recherches supplémentaires à entreprendre pour deux raisons fondamentales. La première
raison tient au fait que la politique de succession est centrale à la qualité du projet
démocratique et à sa viabilité à long terme. Deuxièmement, les ramifications du processus
de succession font partie de l’apparent divorce existant entre la pratique réelle de la
démocratie telle que vécue en Afrique de l’Ouest et les aspirations démocratiques de la
majorité de la population.

Pour le CODESRIA et OSIWA, l’intérêt porté à la politique de succession à ce moment de
l’histoire où des efforts d’élargissement des limites des réformes politiques et des droits
des citoyens en Afrique représente une contribution concrète aux réflexions engagées sur
la bonne santé, dans le long terme, des systèmes de gouvernement de cette sous-région,
bonne santé qui est menacée par une instabilité postcoloniale et de violents conflits. L’urgence
immédiate de ce dialogue est soulignée par le fait que dans 10 des 16 pays qui
forment la sous-région, des élections présidentielles et/ou législatives ont été organisées
ou vont l’être en 2007. Vu dans une perspective historique, il serait difficile de ne pas se
rappeler les luttes de succession, entre et parmi les militaires et les civils, aspect important
de la politique de gouvernance en Afrique de l’Ouest. La transition vers le pluralisme
électoral qui a marqué la fin des partis uniques et des régimes militaires a également mis
fin à certains types de politiques de succession et en a légitimé d’autres. Les résultats de
l’étude CODESRIA-OSIWA sur les tendances en matière de gouvernance suggèrent que la
gestion des aspects à multiples facettes du processus de succession légitimé par le nouveau
contexte est l’objet d’un mécontentement grandissant décisif quant aux perspectives
du projet démocratique et le bien-être général du système politique que n’importe quelle
autre question.

CONTESTATIONS DES SUCCESSIONS EN AFRIQUE DE L’OUEST

L’Afrique de l’Ouest est entrée dans la décennie 1990 avec des pressions populaires généralisées
exigeant des réformes politiques dans plusieurs des pays de la sous-région.
Commençant par la République du Bénin où la mobilisation citoyenne contre l’ancien régime
de Mathieu Kérékou a conduit à la convocation d’une conférence nationale souveraine
qui a balisé la voie pour un nouvel ordre constitutionnel, les partis uniques et les
régimes militaires dans la sous-région se sont effondrés remplacés par différents types de
pluralisme électoral. Ce processus, structuré dans un cadre multipartite, a produit une variété
de gouvernements élus et des réorganisations politiques dont les dynamiques sont la
substance même de la démocratisation en Afrique de l’Ouest. De nombreux pays ont
connu des élections multiples qui conduisirent à des transitions d’un gouvernement élu à un
autre même quelquefois si ces transitions signifiaient le retour des chefs d’Etats et/ou partis
sortants.

Les changements intervenus dans le paysage politique ouest-africain au début des années
1990 étaient largement accueillis comme traduisant une nouvelle phase politique dans la
sous-région. Après tout, l’Afrique de l’Ouest, avec sa succession de coups d’Etats militaires
et la violence politique liée aux systèmes de parti unique, avait la réputation de région la
plus volatile et la plus instable du continent africain. Pendant que des règles de succession
de jure et de fait fonctionnaient clairement et que l’on constatait de nombreux exemples
de successions légales, l’imprédictibilité du changement, la vitesse avec laquelle celui-ci
survenait, et le recours aux pratiques illégales qui l’accompagnaient, constituèrent le fondement
de la réputation d’instabilité de l’Afrique de l’Ouest. La renaissance du pluralisme
électoral était acceptée comme offrant l’opportunité d’un nouveau départ dans le développement
économique de la sous-région. Cependant, plus d’une décennie après que les
premières réformes aient été introduites, et malgré les divers progrès enregistrés, subsistent
toujours des mécontentements liés à la pratique du projet démocratique et à son impact
sur les vies de population en général. Un élément central de ces mécontentements est
lié à l’organisation des politiques de succession dans la sous-région.
La politique de succession dans les démocraties ouest africaines s’est jouée à plusieurs
niveaux. Un niveau inclut la dimension de l’alternance au pouvoir dans et entre les partis
et les coalitions de partis politiques. Un autre niveau est centré sur les changements de
pouvoir intergénérationnels manifestes dans les opinions sur le besoin pour la vieille garde
de céder la place à une plus jeune génération de politiciens et de technocrates. A un troisième
niveau, le processus de gestion du processus de succession entre les militaires et un
gouvernement civil élu n’était pas acquis dans tous les pays, avec des régimes militaires
plus ou moins rigides en raison de conflits armés prolongés. Quatrièmement, la politique
devait également tenir compte du genre à la fois pour accroître la participation féminine
et assurer aux femmes un rôle dans le processus de succession. Cinquièmement, l’on constate
la persistance de préoccupations sur le rôle des agences électorales et du système
judiciaire dans la gestion et l’arbitrage crédibles du processus de succession. Mais la
sixième question et la plus contestée dans le processus de succession est la tendance des
sortants à amender des dispositions constitutionnelles existantes, à changer les règles et
procédures des partis afin de se maintenir au pouvoir ou à désigner un successeur qu’ils
espèrent manipulable à distance. Dans certains cas, les sortants ont positionné leurs propres
fils pour leur succéder au pouvoir et ont entrepris de réarranger le système politique
afin d’avoir une meilleure chance d’atteindre ces objectifs. Cette dernière composante de
la politique de succession en Afrique de l’Ouest mérite l’attention puisqu’elle s’est jouée
de différentes manières avec des conséquences néfastes sur l’ordre politique.

QUESTIONS DU DIALOGUE

Parmi les questions qui seront couvertes pendant le dialogue, il y a :

- 1. Etat du débat contemporain sur la succession dans les pays d’Afrique de l’Ouest ;
- 2. La politique contemporaine de succession : fléau du projet démocratique ouest
africain ?
- 3. Gestion de la succession pour le développement démocratique :

- a. Respect des dispositions constitutionnelles ;
- b. Renforcement de la démocratie dans les partis ;
- c. Renforcement de l’autonomie du pouvoir judiciaire ;
- d. Revitalisation du pouvoir judiciaire ;
- e. Revigoration des partis politiques de l’opposition ;
- f. Approfondissement des réformes dans la gestion des élections
 ;
- g. Le genre dans le processus de successions en Afrique de
l’Ouest,
- h. Préoccupations inter-générationnelles dans le projet de succession
 ;
- i. Constance de la vigilance citoyenne ;
- j. La vie après le pouvoir pour les dirigeants sortants.

STRUCTURE DES SESSIONS DU DIALOGUE

Le dialogue réunira 50 participants de toute l’Afrique de l’Ouest. Ils viendront d’horizons
divers : il y aura des chercheurs, des décideurs gouvernementaux tels que les commissions
électorales et des organisations intergouvernementales comme la CEDEAO, des leaders
de partis politiques, des organisations de la société civile, d’anciens et des chefs d’Etat en
exercice, et des représentant du secteur privé organisé. Il sera demandé à un groupe de
chercheurs, de politiciens et d’activistes de la société civile de produire des documents de
réflexion sur les différents aspects et schémas de politiques de succession en Afrique de
l’Ouest. Ces papiers serviront de base aux discussions dans les débats en sessions plénières.
Les débats seront structurés pour permettre la présentation de la recherche menée sur
les politiques de succession, les perspectives des politiciens et des législateurs et celles des
activistes de la société civile, afin d’assurer un échange de vues qui permette que soient
tirées des conclusions qui seraient applicables du point de vue de toutes les parties intéressées
ou celle préoccupées par les problèmes et les perspectives de la démocratie
ouest-africaine.

décembre 30 2007



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