Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Conférence internationale sur : Institutions, Culture et Corruption en Afrique

29–31 octobre 2008, Addis Abeba (Ethiopie)

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La Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Conseil
pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
(CODESRIA) sont heureux de vous annoncer une initiative conjointe visant à
organiser une grande conférence sur la question épineuse des causes et des
conséquences de la corruption en Afrique. ils invitent les chercheurs et les
intellectuels à soumettre des résumés et des propositions de contributions devant être présentés lors de la conférence. Cette conférence est l’une des principales activités organisées pour marquer le 50ème anniversaire de la CEA. Elle se tiendra du 29 au 31 octobre 2008au Centre de Conférence de la CEA, à Addis Abeba (Ethiopie),. Les langues de travail de la conférence seront le français et l’anglais.

Dans le discours conventionnel sur le développement, la corruption est identifiée comme un obstacle majeur à la promotion d’une gouvernance efficace, à la croissance économique et au développement national dans les pays en développement, particulièrement en Afrique. Dans le domaine de la gouvernance, la corruption est vue comme un facteur sapant les capacités de l’Etat et des institutions à fonctionner efficacement et de fournir des biens et des services publics. Elle compromettrait également le processus électoral tout en érodant la confiance et la légitimité dont doit bénéficier la sphère politique. Dans l’économie, la corruption est accusée d’encourager le gaspillage, de biaiser les marchés et la compétition, d’entrainer des pertes de recettes fiscales, de réduire les opportunités d’investissement, de privilégier des activités non-productives de rente, et d’alimenter les distorsions des politiques économiques. Sur le plan social, elle génèrerait des tensions entre divers groupes, et parfois, des conflits politiques. En d’autres termes, l’idée selon laquelle la corruption a un effet dévastateur sur le développement national est fortement répandue.

Du fait du caractère rampant et envahissant de la corruption dans différentes
régions du monde, elle occupe une position de premier plan sur l’agenda mondial, et les institutions internationales et régionales, les gouvernements nationaux, les milieux de la recherche et de production de savoir ainsi que les organisations de la société civile l’ont cité comme enjeu majeur en matière de prise de décisions, de politique, de plaidoyer et de recherche. Les Nations-Unies, l’Union africaine (UA), la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et d’autres institutions multilatérales en ont fait une priorité, bien qu’il y a des différences marquées dans les perceptions et la compréhension du problème. Les Nations-Unies et l’Union africaine ont créé des conventions anti-corruption qui offrent des cadres et des mécanismes internationaux et régionaux pour combattre le problème. La BAD est en train de développer des codes et des standards dans le secteur financier pour s’attaquer au problème, tandis que la Banque mondiale a développé une stratégie gouvernance et anti-corruption.

Dans son rapport de 2004, la Banque mondiale estimait que les agents publics
recevaient, dans le monde, plus d’un trillion de dollars par an. Dans le Rapport sur
la gouvernance africaine 2005 de la CEA, la corruption est classée parmi les trois
plus grands problèmes nationaux après la pauvreté et le chômage. Dans des pays
comme le Cameroun, le Maroc, le Nigéria et la Tanzanie, plus de 25 % des
ménages, interrogés pour les besoins de ce rapport, indiquent que la corruption
est un problème national de grande importance. Dans les 27 pays étudiés dans le
rapport, 35% des panels d’experts réunis pour discuter des enjeux de la
gouvernance pensent que le gouvernement est corrompu. La police et la justice sont
notamment reconnues comme étant les deux institutions publiques les plus
corrompues. Dans l’index de perception 2007 de Transparency International, sur
les 52 pays africains, 36 ont obtenu une note inférieure à trois, indiquant un taux
élevé de corruption, pendant que 14 étaient notés entre trois et cinq, indiquant
que la corruption y était perçue comme un sérieux problème. Seuls deux pays
africains ont obtenu une note supérieure à cinq, suggérant de faibles niveaux de
corruption.

Bien qu’il existe un consensus sur l’ampleur et les conséquences de la corruption, un
désaccord persiste sur la manière de comprendre ses racines et des dynamiques,
ainsi que sur les solutions politiques pour la combattre. Parmi les explications
théoriques de la problématique dans le contexte africain, les choix institutionnels et
publics et les théories culturelles sont les plus courantes. La théorie institutionnelle porte sur ce qu’elle considère comme les structures, processus et capacités
institutionnelles faibles des pays africains, arguant que l’Afrique opère plus à
travers des structures et des processus informels, avec une « économie d’affection »
qui permet des règles flexibles et manipulatrices en matière de transactions
politiques et économiques dans lesquelles la négociation de pots-de-vin est le
moyen principal de signer des accords, des contrats et des ententes politique. La
loi est faible, le régime des contrats est faible, le système judiciaire est handicapé,
et les institutions de contrôle sont soit des havres de corruption ou sont inefficaces.
Même quand des institutions anti-corruption existent, elles reproduisent les
disfonctionnements du secteur public. La solution réside dans la création
d’institutions et leur renforcement.

La théorie du choix public est enracinée dans le paradigme néo-libéral. Selon
cette perspective, la nature « surdimensionnée » des gouvernements encourage la
corruption dans laquelle les fonctionnaires, en l’absence de pouvoirs de contrôle,
se comportent comme des acteurs rationnels qui exploitent au maximum le système
à leur profit. Les décideurs manipulent les politiques macro-économiques à des fins
pécuniaires et promeuvent différentes sortes d’activités de rente. De ce fait, pour
combattre la corruption, une restructuration complète de l’Etat est nécessaire, avec
des mesures pour en réduire la taille, ainsi que la mise en oeuvre de réformes néolibérales
de deuxième génération. Bien sur, il y existe des affinités entre les
théories du choix public et institutionnel. Les fonctionnaires exploitent le système à
leur avantage du fait d’institutions de contrôle faibles. Les deux approches
divergent cependant sur les options politiques qu’elles soutiennent.

La théorie culturelle argue que, dans la structure sociale africaine, ses valeurs, ses
moeurs et son organisation sociale sont des traits normatifs qui encouragent le
développement de la corruption. Le mode « traditionnel » des relations sociales,
de parenté et le système de famille élargie encouragent les relations clientélistes
par lesquelles le pouvoir politique est souvent utilisé pour servir les liens familiaux,
ethniques et d’intérêt. La corruption s’épanouit dans ce milieu car la culture
capitaliste « wébérienne » de valeurs sociales « modernes » de réussite, de
dépersonnalisation et de formalisme dans les relations sociales est absente de la
sphère publique en Afrique. La solution proposée est que l’Afrique « modernise »
ses traditions culturelles et ses valeurs sociales pour les rendre plus propices au
développement social et à la « bonne » gouvernance.

En critiquant les perspectives institutionnelles, culturelles de choix public sur les
sources et les conséquences de la corruption, l’approche néo-marxiste suggère que
le problème est structurel et enraciné dans le processus capitaliste de production
de biens et dans les relations sociales qui se tissent autour. La poussée
unidirectionnelle pour le profit, qui constitue la force motrice du système
capitaliste, génère des comportements de chercheurs de rentes de différents types
et promeut une approche machiavélienne des transactions économiques en
général. Les dessous de table ou les formes plus subtiles de corruption constituent
la force motrice du système. Cependant, dans le contexte d’hégémonie capitaliste
mondiale, le paradigme néo-marxiste fait l’objet de peu d’intérêt ou
d’interrogation dans le discours intellectuel et politique sur les questions de
corruption.

La question de la corruption requiert une analyse critique, nuancée et basée sur
des fondements historiques qui prend en compte la trajectoire de l’expérience de
développement de l’Afrique, le contexte politique et idéologique, les forces
institutionnelles, sociales, culturelles et politiques, les conflits et les contradictions
dans les rencontres mondiales sur le développement, et la place de l’Afrique dans
l’économie mondiale. En d’autres termes, la question de la corruption gagnerait à
s’enrichir de perspectives théoriques/conceptuelles et d’interventions politiques
novatrices qui pourraient fournir une base plus complète de compréhension de ses
fondements, de sa dimension, de son impact et de ses conséquences. La conférence
proposée est une invitation à répondre » à ce besoin d’une pensée novatrice et
imaginative capable de soutenir des décisions politiques efficaces et un plaidoyer
significatif.

Objectifs de la conférence

- Promouvoir la génération et le partage de connaissances sur la corruption
comme une question de gouvernance générale ;
- Revisiter les paradigmes sur la corruption, principalement du point de vue
institutionnel et culturel, et faciliter une meilleure compréhension de la
problématique dans le contexte africain ;
- Evaluer les manifestations et les dimensions de la corruption en Afrique ;
- Situer l’historicité, les contextes et les dynamiques de la corruption en
Afrique ;
- Revisiter les cadres internationaux, régionaux et sous-régionaux de lutte
contre la corruption et leur efficacité ;
- Identifier les bonnes pratiques dans les programmes anti-corruption aux
niveaux local, national et international, et
- Intégrer une perspective genre dans les nouvelles orientations politiques
visant à lutter contre la corruption en Afrique.

Sous-thèmes de conférence :

- Approches conceptuelles et théoriques de la corruption en Afrique ;
- Histoire, structure sociale, culture et corruption en Afrique ;
- Leadership et corruption en Afrique ;
- Institutions, capacité de l’Etat et corruption (parlement, administration, pouvoir
judiciaire, pouvoir exécutif, police et collectivités locales) ;
- Société civile et corruption ;
- Pauvreté, inégalités sociales et corruption ;
- Mondialisation, multinationales et corruption ;
- Expériences d’institutions et de programmes anti-corruption nationaux ;
- Réseaux de blanchiment d’argent, rapatriement de biens et banques
étrangères, institutions et gouvernements
- Partenaires internationaux au développement, aide et corruption en Afrique ;
- Dynamiques des cadres et mécanismes internationaux, régionaux et sousrégionaux anti-corruption en Afrique.

octobre 10 2008



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