Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Colloque international : Libertés académiques et responsabilité sociale des universitaires et des chercheurs en Afrique : Quels nouveaux défis ?

9-11 mars 2010, Oran (Algérie)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir d’annoncer l’organisation d’un colloque international sur le thème “Libertés académiques et responsabilité sociale des universitaires et des chercheurs en Afrique : Quels nouveaux défis ?”. Ce colloque s’insère dans le programme sur les libertés académiques du CODESRIA. Il a pour but de faire le point de l’évolution des libertés académiques en Afrique au cours des trente dernières années, d’évaluer la situation des droits fondamentaux des citoyens dans les pays africains et de porter un regard sur les perspectives qui semblent se dessiner. Cette rencontre est organisée à l’attention de la communauté des universitaires et chercheurs africains et de la diaspora ayant un intérêt particulier aux questions de libertés académiques. Elle se déroulera les 9-11 mars 2010 à Oran (Algérie).

Le programme sur les libertés académiques et les droits humains a été mis en place au CODESRIA depuis le début des années 90. Les initiatives développées lui ont permis d’être à l’avant garde des combats menés depuis bientôt deux décennies pour la défense des libertés académiques et la responsabilité sociale des universitaires et chercheurs africains. Ce programme a eu comme point de départ, l’adoption, en novembre 1990, de la Déclaration de Kampala (Ouganda) qui stipule entre autres que « tout intellectuel africain a le droit d’exercer en toute liberté une activité intellectuelle, notamment la recherche et la diffusion des résultats de recherches, pourvue qu’il respecte les principes de la recherche scientifique et les normes éthiques et professionnelles universellement reconnues ». Depuis la conférence de Kampala, le CODESRIA a développé un grand nombre d’activités parmi lesquelles on peut retenir : le soutien à la recherche, la publication des résultats de recherche en la matière et l’organisation régulière de conférences dans les pays africains pour discuter et examiner les contraintes et les avancées relatives aux questions touchant les libertés académiques dans les universités africaines. Ces conférences ont d’ailleurs été souvent l’occasion de passer en revue les réformes entreprises ou subies au cours de ces dernières vingt années par les institutions d’enseignement supérieur et de recherche africaines.

Depuis la Déclaration de Kampala, le débat sur les questions relevant des libertés académiques est devenu, prépondérant dans les milieux académiques, et son importance n’est plus à démontrer au niveau de la communauté universitaires et des chercheurs africains. Cependant le débat sur le concept de liberté académique ou de son contenu reste toujours actuel. Tandis que les uns préconisent un retour à une approche/définition plus orthodoxe et restrictive des libertés académiques, en les définissant comme un droit et un devoir qui doit s’exercer dans l’espace universitaire, d’autres appréhendent les libertés académiques comme un concept lié à l’exercice de la citoyenneté et par conséquent dans une perspective de défense de la liberté d’expression des citoyens. La question se pose donc de savoir quelle est l’option la plus pertinente dans le contexte africain.

Parallèlement à la mise en place de ce programme en 1994, les systèmes politiques africains ont connu de réelles avancées. De nombreux progrès ont été réalisés notamment dans le domaine des droits de l’Homme, de liberté de penser, de liberté d’expression, d’association et de liberté de la presse. Les sociétés africaines sont devenues beaucoup plus allergiques aux actes et propos arbitraires. L’évolution de l’espace public africain dans le sens d’une plus grande tolérance envers une plus large diversité d’opinions et de points de vue n’est plus à démontrer. Ces espaces eux-mêmes sont devenus pluriels, configurant une multitude de lieux dans lesquels les citoyens peuvent prendre librement positions sur la vie de la citée. La tendance à l’amélioration de l’état des droits de l’Homme sur le continent est réelle, même si beaucoup d’efforts restent encore à faire en particulier sur des questions de types structurelles. On assiste encore, malgré l’interdiction, à des violations des franchises universitaires par les autorités politiques supposées garantir le respect des textes en vigueur. Aussi, des chercheurs universitaires continuent d’être poursuivis pour avoir exprimés des opinions critiques ou contraires à celles du pouvoir en place ou par l’ordre social établi.

Par ailleurs, durant ces dernières décennies, les institutions d’enseignement supérieur et les universités africaines, ont connu, et continuent de subir, des transformations profondes. D’importants reformes ont vu le jour à tous les niveaux du système et pratiquement dans tous les pays. Parmi les éléments majeurs, généralement considérés comme les causes de ces profonds changements et transformations, ont peut citer :

(i) La mondialisation de l’économie, du commerce, des finances, des services, du travail, etc.

(ii) Le rôle croissant de la production des connaissances, la diffusion et l’évolution de la technologie comme élément déterminant de tout développement ;

(iii) Le progrès phénoménal des technologies de l’information et de la communication (TIC) et leur rôle déterminant dans les sociétés émergentes basées sur la connaissance (accompagné par le progrès dans les sciences cognitives et dans les théories de l’apprentissage) ;

(iv) Les nouveaux rapports qui se développent entre l’enseignement supérieur, l’Etat, le marché et la société dans son ensemble ;

(v) Les changements sociaux et politiques constants allant dans le sens de la protection des droits de l’Homme pour des sociétés démocratiques et plus équitables ;

(vi) L’évolution des tendances démographiques au niveau mondial.

La mondialisation, et la révolution des technologies d’information et de communication, rendent plus complexe la question des violations et des standards, dans la mesure où elles offrent des possibilités de services de formation et d’éducation à une échelle plus globale. L’autonomie des universités devient alors de plus en plus relative. Dans ce contexte, on est en mesure de se demander si les règles du jeu, établies entre autres par l’OMC, sont elles en mesure de rendre compte de la complexité, ou sont elles équitables pour tous les acteurs impliqués dans ce processus ?

Ces transformations au niveau global sont à la base d’un processus de transition qui touche d’autres sous-secteurs et domaines. Cette transition impose de nouvelles exigences auxquelles les universités sont appelées à répondre en diversifiant les filières et les cours dispensés. L’enseignement supérieur opère ainsi une transition d’un système strictement national vers un système de plus en plus transfrontalier. Aussi, dans nombre de pays africains, la tendance est de plus en plus au recul de l’enseignement public au profit de l’enseignement privé. Les conditions de la production du savoir en général et les droits des universitaires et des chercheurs en particulier restent parmi tant d’autres les défis majeurs à relever.

Ce mouvement, qui n’est pas uniforme, a permis un élargissement de l’espace réservé à la liberté intellectuelle, même si dans certains pays, l’emprise du pouvoir politique sur la société en général et sur les différentes formes d’expression de la citoyenneté reste toujours aussi visible.

Pour ce qui est de la responsabilité sociale des universitaires et des chercheurs, beaucoup restent encore à faire. En effet, en se référant aux critiques faites par les étudiants, il ressort que nombre d’universitaires ne s’acquittent pas de leurs responsabilités les plus élémentaires. Le fait que certains universitaires ont tendance à privilégier la consultance au détriment d’autres responsabilités qui leurs incombent en tant qu’enseignants et éducateurs posent des questions d’éthique auxquelles il faut trouver des réponses adéquates, de manière à sauvegarder et les intérêts de l’institution et les libertés du corps enseignant. L’existence d’un système permettant d’évaluer les performances et la qualité des prestations des enseignants fait défaut dans la plupart des universités africaines. Ainsi, aux anciens défis qui persistent, viennent s’ajouter de nouveaux, résultant des transformations subit par le système d’enseignement supérieur ces vingt dernières années.

Les conférences organisées ou réalisées avec l’appui du CODESRIA ont généralement porté sur la réforme de l’enseignement supérieur en Afrique. Or, sur le terrain, un des défis majeurs consiste à combiner les réformes universitaires et la question des libertés académiques. En effet, les réformes comportent non seulement une composante technique, mais également des aspects ayant trait au contenu et au format des programmes. Dès lors, un meilleur suivi de ces réformes s’avère nécessaire, surtout du point de vue des libertés académiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pensons qu’il y a lieu de réfléchir à un élargissement des compétences du programme sur la liberté académique, pour y inclure les questions liés à la réforme de l’enseignement supérieur en Afrique de manière à renforcer notre capacité à bien comprendre les processus de réforme.

Il est donc important de faire un bilan du chemin parcouru en matière de libertés académiques et d’en tirer les leçons. Ceci permettra au Conseil d’évaluer la pertinence des instruments et des stratégies élaborés et mis en place il y a une quinzaine d’années. L’intérêt d’un tel exercice est notamment de réajuster ces instruments et/ou de les adapter aux nouveaux besoins. Le colloque sera également l’occasion de revisiter des questions clés liées aux différentes approches, concepts et outils de recherche sur la liberté académique et la responsabilité sociale des universitaires et des chercheurs.

Pour consulter les communications présentées lors ce ce colloque, Cliquez ici

janvier 4 2010



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