Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Colloque international : Liberté académique et réforme de l’enseignement supérieur en Afrique du Nord

27- 28 mars 2008, Rabat (Maroc)

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Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) et l’Institut des études africaines de l’Université Mohammed V-Souissi organisent les 27 et 28 mars 2008 à Rabat (Maroc) un colloque international sur Liberté académique et réforme de l’enseignement supérieur en Afrique du Nord.

Ce colloque, qui participe du « Programme des libertés académiques” du CODESRIA, renforce une des missions principales du Conseil qu’est la promotion de la liberté de pensée et de recherche dans les universités africaines. La rencontre s’inscrit dans une suite de débats initiés ces dernières années par le Conseil sur les réformes en cours dans les universités africaines et la façon dont ces reformes affectent le statut des libertés académiques. Plus concrètement, il fait suite aux discussions de la Conférence sur « la liberté académique dans les pays africains et arabes : problèmes et défis », organisée conjointement par le Comité scientifique du Forum régional de l’UNESCO pour les pays arabes, le Centre de recherche africain et arabe (AARC), l’Institut suédois d’Alexandrie et le CODESRIA, à Alexandrie du 10 au 11 septembre 2005.

Durant les trois dernières décennies, les questions des libertés d’expression et des libertés académiques, ainsi que les droits humains ont été au centre des luttes sociales et politiques des pays de l’Afrique du Nord. Cet ensemble de sociétés regroupant à la fois plusieurs des plus vieilles universités au monde (al-Azhar en Egypte, Al-Karaouine en Tunisie et au Maroc) et les plus anciens systèmes politiques que l’humanité ait connus, témoigne d’un long et complexe rapport entre d’un coté, ceux qui produisent le savoir et de l’autre côté, ceux qui détiennent le pouvoir politique. La modernisation de ces sociétés, de même que leur intégration dans le processus de mondialisation, s’accompagne d’une prise de conscience des jeunes générations sur les questions de droits civiques, politiques et culturels, notamment l’accès universel à un enseignement scientifique de qualité, les droits des femmes à participer au même titre que les hommes au développement social et économique de leur pays, ainsi que le droit à l’information à tous les niveaux. Cette prise de conscience qui s’est traduite par des luttes extrêmement complexes n’a pas laissé en marge les chercheurs et universitaires, mettant ainsi en exergue la forte liaison entre la revendication des droits civiques et la lutte pour les libertés académiques. La notion de liberté académique reconnaît aux universitaires le droit de jouissance de toute liberté d’expression au sein et en dehors des institutions universitaires et celui de la dissémination les résultats des recherches issus des travaux académiques.

Le colloque sera une occasion de rappeler les longues et difficiles années pendant lesquelles il était aventureux surtout dans l’Algérie des années 1970 et 1980, d’essayer d’accéder à certaines catégories d’informations, telles que les statistiques sur les conflits et les grèves. La rencontre offrira aux participants l’opportunité de revisiter les moments où les royautés et la bureaucratie avaient limité le champ de la recherche sociale selon une logique de pouvoir corrélant le savoir à l’action, s’attelaient à multiplier et à élargir les zones interdites à la connaissance libre.

Une attention particulière sera accordée aux rapports entre l’Etat, la société civile, les acteurs politiques, les militaires et les pouvoirs économiques. Pour bien comprendre les relations de collaboration et de confrontation entre l’Etat et les intellectuels, les participants seront invités à se pencher et à clarifier les rapports complexes qui existent entre l’Etat, la société civile et les intellectuels. Les différents contextes politiques que ces sociétés ont connu, notamment l’époque des partis uniques et les reformes dites démocratiques qui y ont eu lieu, et leurs impacts sur les libertés académiques feront aussi objet de discussions. Y- a t- il une différence entre la façon dont les monarchies sont intervenues sur les libertés académiques et les autres systèmes politiques ? Comment comprendre les « démocraties directes » par rapport aux enjeux qui se posent à la liberté académique ? La question du rapport entre la religion et les mouvements religieux d’un coté et les libertés d’expression de l’autre sera aussi revisitée au cours des deux journées. Est-il vrai que la religion a toujours été l’idéologie dominante des Etats de l’Afrique du Nord, l’outil principal de légitimation politique et de mobilisation sociale ? Dans le cas échéant, quel a été son rôle dans la limitation ou promotion des libertés académiques ? A-t-on dépassé la « révolution conservatrice » de l’Algérie du début des années 1990, qui, au nom de valeurs religieuses, revendiquait, non pas la liberté ou les libertés, mais le pouvoir de normer et de normaliser, le droit d’interdire ? A quels coûts a-t-on pu surmonter la vague islamiste dans ce pays du début des années 1990, qui voulait faire taire les intellectuels en tant que porteurs de « sens », en tant que représentants actifs d’une autre hégémonie culturelle, contraire à celle portée par les islamistes d’antan ?

En regardant le parcours de la lutte pour ces libertés, le colloque doit faire un bilan critique des engagements des universitaires par rapport à ces luttes. Depuis la déclaration de Kampala qui a eu lieu dans un contexte où les libertés étaient encore bafouées et qui, entre autres, a statué sur la responsabilité sociale des chercheurs et universitaires, un long chemin a été parcouru. Les libertés d’expression et d’association sont devenues une réalité palpable dans beaucoup de pays d’Afrique, y compris ceux de l’Afrique du Nord. Cependant des défis importants restent à relever. On est à même de se demander qu’a-t-on fait des libertés chèrement acquises ? Quels nouveaux défis se posent aux intellectuels de l’Afrique du Nord face à l’avancée du terrorisme ?

Le débat en vue sur la liberté académique ne se limitera pas seulement à la dimension politique. Le colloque donnera l’occasion de revisiter l’épineuse question de l’universalisation des universités arabes versus leur arabisation et africanisation des curricula. Durant les deux dernières décennies, les universités africaines en général et celles de l’Afrique du Nord en particulier ont subi des influences et tendances qui ont affecté les pratiques et les normes liées à la liberté académique. La mondialisation a offert des opportunités pour la liberté académique, notamment en termes de possibilités de production de connaissances, recherche et enseignement. Mais elle pose aussi un certain nombre des contraintes et de défis auxquels les pays moins développés doivent faire face. La question de l’impact des valeurs occidentales, souvent considérées comme des donnés universelles, sur les libertés académiques, doit sans doute avoir toute sa place dans les débats, ainsi que la question du poids voire l’hégémonie de l’idéologie néolibérale dans la recherche des solutions aux problèmes de l’enseignement supérieur.

L’objectif du colloque vise le renforcement de la capacité de l’enseignement supérieur en Afrique à œuvrer pour une formation et une recherche de qualité, pour la production de connaissances et de techniques nécessaires au développement et au bien-être des populations africaines. Cela ne peut se faire qu’en mettant en concertation les différents acteurs œuvrant dans le secteur de l’enseignement supérieure (Enseignants, pouvoirs publiques, société civile et partenaires internationaux) et en promouvant un dialogue franc et ouvert susceptible de contribuer à la transformation de la situation.

On note, cependant depuis quelques années, un regain d’intérêt chez les décideurs nationaux et internationaux sur les questions de la réforme de l’enseignement supérieur en Afrique, du fait de la révolution informatique et la mutation globale vers une société d’information où la connaissance a pris, de nos jours, la place du capital comme source de richesse pour le présent et le futur.

Pour faire face à ce défi de l’accélération de la production des connaissances, le Maroc a lancé, depuis 2002, une série d’initiatives nationales pour le développement humain dont l’objectif primordial est d’intégrer les marocains au nouvel ordre global. La réforme de l’enseignement supérieur, inaugurée en 2002-2003, fait partie de ces chantiers. Elle est basée sur une Charte Nationale de l’éducation et de la formation qui définit les droits et les obligations des différents partenaires dans cette entreprise – les enseignants, les étudiants, l’Etat et la société civile. Au cœur de cette réforme se place la question des droits de l’homme tels que définis par les conventions et déclarations internationales ratifiées par le Maroc, et qui comprennent la « liberté académique », « l’autonomie institutionnelle » et « la responsabilité sociale ».

Partant de l’expérience marocaine en matière des droits de l’homme et de réforme de l’enseignement supérieur et en tenant compte des expériences d’autres pays africains en la matière, le CODESRIA et l’Institut des Etudes Africaines invitent les experts et décideurs de l’enseignement supérieur ainsi que les militants des droits humains, marocains et d’ailleurs, à réfléchir dans une perspective comparative sur les points suivants :

- Les concepts de “liberté académique”, « d’autonomie institutionnelle » et de « responsabilité sociale » dans le cadre des réformes de l’enseignement supérieur en Afrique,
- L’histoire et l’état actuel de l’enseignement supérieur en Afrique en général, en Afrique du Nord et au Maroc en particulier,
- Les contextes -nationaux, régional et global- de la réforme de l’enseignement supérieur en Afrique du Nord, les implications avec le processus de démocratisation, et dans quelle mesure la présente réforme a renforcé la liberté académique, développé la capacité de production de connaissances et contribué à la promotion du progrès social en Afrique du Nord,
- les stratégies pour un renforcement de la liberté académique et la responsabilité sociale dans les contextes d’Afrique du Nord
- L’apparition des universités privés et la privatisation des certains services dans les institutions d’enseignement supérieur et leur impacte sur les libertés académiques
- L’impact des réformes en vue d’universalisation de l’enseignement supérieur des pays de l’Afrique du Nord sur la liberté académique
- Les acteurs sociaux dans la lutte pour les libertés académiques
- L’autonomie des universités et l’Etat

janvier 4 2010



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