Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Déclaration de Kampala sur l’histoire africaine

27-29 octobre 2008

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La conférence sur la relecture de l’histoire et de l’historiographie de la domination et de la résistance en Afrique a été organisée par le CODESRIA, comme la première étape d’un long processus intellectuel dénommé SOS Histoire Africaine, visant à réaliser le triple objectif de :

- Promouvoir l’étude de l’histoire africaine,
- Mobiliser les soutiens en faveur de la discipline historique dans l’enseignement supérieur en Afrique,
- Mettre en réseau les historiens africains en vue d’atteindre ces buts.

Cette conférence s’est tenue du 27 au 29 octobre 2008 à Kampala (Ouganda). Elle a commencé par une brève cérémonie d’ouverture, introduite par le Secrétaire exécutif du CODESRIA, le Professeur Adebayo Olukoshi. Dans un discours incisif et stimulant, le Pr. Olukoshi a souligné les facteurs qui démontrent indéniablement le peu d’intérêt accordé à l’étude de l’histoire africaine en Afrique, depuis l’enseignement primaire jusqu’au l’enseignement supérieur. Il a ensuite demandé aux universitaires et chercheurs présents de trouver, à travers leurs discussions, des stratégies permettant d’inverser la tendance à l’oubli de l’oubli l’histoire africaine dans les systèmes éducatifs africains.

Après l’intervention du Secrétaire exécutif du CODESRIA, le conférencier principal, le Professeur Adiele Afigbo du Département d’Histoire et des Relations Internationales de l’Université de l’État d’Ebonyi (Nigeria), a fait son discours liminaire dans lequel il a montré tout d’abord, les différentes formes et étapes que la domination impériale des puissances étrangères, en particulier occidentales, avaient prises depuis 1450. Il a ensuite montré que c’est à travers la voie ininterrompue de la domination impériale que l’Afrique en est arrivée à l’ère actuelle de la mondialisation. Il a cependant souligné que la mondialisation ne doit pas être considérée comme la dernière étape de la domination impériale de l’Occident, car ce dernier est capable d’entreprendre des mutations imprévisibles. Le Pr. Afigbo a également souligné que l’Afrique doit apprendre à avoir un impact sur le reste du monde au lieu de demeurer passive face à celui-ci.

Ensuite, la conférence s’est penchée sur l’examen de 30 communications présentées par les participants. Ceci a été fait dans le cadre de neuf panels, chacun ayant traité un ensemble de communications thématiquement liés. Les panels se présentaient comme suit :

- La politique et la philosophie de la relecture de la résistance et de la domination en Afrique
- L’économie politique de la domination et de la résistance
- La religion et les rituels dans l’histoire de la domination et de la résistance
- Le genre, la résistance et la domination en Afrique
- Les figures de la résistance et de la domination
- Les souvenirs de la domination et de la résistance
- La domination et la résistance à travers les arts et la littérature
- L’historiographie de la domination et de la résistance : Quelques études de cas (1)
- L’historiographie de la domination et de la résistance : Quelques études de cas (2)

Après les panels, la conférence s’est transformée en une Table Ronde afin d’examiner le thème : "la relecture de l’historiographie de la domination et de la résistance en Afrique : Quelle prochaine étape ?" La Table Ronde a débouché sur l’élaboration d’un plan d’action organisé autour des axes suivants :

Les organisations africaines qui ont un intérêt dans l’enseignement de l’histoire africaine dans les établissements d’enseignement africains de même que les associations d’histoire, les départements d’histoire, les archéologues, les linguistes, les associations d’archivistes et de muséologues, les instituts d’études africaines ou d’études culturelles africaines, les organismes de recherche, l’Union africaine et les autres organismes panafricains (à caractère politique, économique et social) sont invités à :

- Organiser des conférences et des ateliers de formation à tous les niveaux utiles (continental, régional, national, etc.)
- Mobiliser des ressources matérielles pour des études d’histoire et les relier aux niveaux continental, régional et national.
- Encourager la production de matériel pédagogique dans le domaine de l’histoire africaine pour l’utilisation aux niveaux primaire, secondaire et supérieur
- Instituer des bourses d’études d’histoire à tous les niveaux du système éducatif
- Instituer des prix d’histoire à tous les niveaux du système éducatif. Aux niveaux secondaire et supérieur, des prix peuvent être créés pour des cours d’histoire africaine
- Créer des prix en l’honneur des plus grands historiens de l’Afrique aux niveaux national et régional
- Créer des postes d’enseignants visiteurs spécialisés en matière d’histoire africaine
- Encourager les chercheurs et les institutions d’Afrique à utiliser la méthode historique dans leurs travaux de recherche

Le CODESRIA est vivement encouragé à

- Poursuivre les conférences au niveau actuel
- Aider à l’organisation de conférences en aval sur le Projet SOS Histoire africaine aux niveaux régional et national
- Encourager la production de livres surtout de manuels sur l’histoire africaine aux niveaux secondaire et supérieur
- Aider à l’organisation de concours d’histoire aux niveaux régional et national
- Élaborer un mémorandum sur le Projet SOS Histoire africaine à envoyer et à défendre au niveau de l’Union africaine. Dans ce mémorandum, l’accent devrait être mis sur le financement et sur la mise en place de centres régionaux ou d’instituts pour la promotion de l’histoire africaine
- Attirer l’attention des Africains et des organismes africains de la diaspora sur l’importance du Projet SOS Histoire africaine
- Élaborer une stratégie ou des stratégies pour la collecte de fonds pour le projet
- Vulgariser l’exemple de la République démocratique du Congo (RDC) dans laquelle des enseignants d’histoire au niveau universitaire ont créé un fonds pour l’octroi d’une aide financière aux étudiants qui choisissent d’étudier l’histoire
- Rendre publiques toutes les démarches faites à tous les niveaux pour mener à bien le projet

Enfin, les participants à la conférence doivent :

- Travailler comme des missionnaires et des ambassadeurs du Projet SOS Histoire africaine en ramenant ce projet ainsi que les travaux de cette conférence au niveau de leurs départements, centres et instituts et si possible aux départements, centres et instituts voisins qui ne sont pas représentés à cette conférence,

- S’engager à assister le CODESRIA et tout autre organisme dans toutes les questions destinées à promouvoir le Projet SOS Histoire africaine.

Les représentants des pays suivants ont participé à la conférence :

- Afrique du Sud
- Burkina-Faso
- Cameroun
- Congo
- Ile Maurice
- Kenya
- Madagascar
- Niger
- Nigeria
- Ouganda
- RDC
- Sierra Leone
- Swaziland
- Zimbabwe

(...)

Enfin, avec un profond sens des responsabilités, la conférence appelle les gouvernements et les peuples de l’Afrique, sans exception, à reconnaître le lien organique entre leur histoire et leur culture d’une part, et leur identité et leur confiance en eux d’autre part, et à faire tout ce qui est nécessaire pour accorder toute l’attention souhaitée au fait d’étudier et de vivre leur histoire et leur culture.

octobre 29 2008



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