Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Les média dans la gouvernance africaine

2005

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Les quinze dernières années de l’histoire africaine ont été témoins de changements dramatiques dans les média, la plupart de ces changements survenant en même temps ou annonçant l’ouverture de l’espace politique dans différents pays au moment où déclinait le système de parti unique et de gouvernements militaires et au moment où s’amorçait la restauration des systèmes multipartites. Également, la révolution mondiale dans les techniques de l’information et de la communication (TIC) a touché l’Afrique si bien que ses effets ont transformé le domaine des média sur le continent. Les changements survenus sont visibles même par les observateurs les moins avertis : l’effondrement du monopole de l’État sur la presse écrite et électronique avec l’émergence, voire la prolifération, de stations de radio et de télévision privées ainsi que de journaux, l’essor du téléphone portable, le déploiement de satellites améliorant la couverture territoriale et la qualité des transmissions, l’adoption de nouvelles technologies d’impression qui facilitent la production et la distribution simultanée de journaux à partir de sites multiples et l’expansion rapide de l’accès et de l’utilisation d’Internet comme médium pour obtenir et diffuser l’information. Ces nouveaux développements ont non seulement remodelé les manières de production et de distribution d’informations mais aussi le mode de consommation de ces informations, les publics de consommateurs, et les types d’informations recherchés. En d’autres termes, les changements ont eu des implications dans la structuration du rôle des média dans la gouvernance africaine contemporaine.

Nombre d’étudiants en sciences politiques, en études sur les média et les communications de masse on crû avec la formule qui dit que les média constituent le quatrième pouvoir en gouvernance, les trois autres étant l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Mais les relations entre les média et l’État ont historiquement été un terrain chaudement contesté, ce qui est compliqué par le fait que les média, théoriquement du moins, ont aussi une responsabilité principale d’informer, d’éduquer et de divertir des lecteurs et des audiences, avec l’autonomie, la créativité et l’orientation critique nécessaires à leur crédibilité. Dans le contexte de l’histoire récente africaine, cette complexité a été « résolue » en plusieurs endroits, soit par l’imposition d’un monopole d’État sur la propriété des média ou sur la promulgation de lois très restrictives qui limitent la marge de manœuvre de la presse privée ou non gouvernementale. Dans l’environnement de répression et d’intolérance qui a prévalu, il n’est pas rare de voir des média pirates ou clandestins prospérer grâce à la prise de risque et au dévouement des journalistes qui les animent. Normalement, la libéralisation de l’espace politique dans la plupart des pays africains durant les quinze dernières, et les nouvelles possibilités offertes par la révolution des TIC, devraient représenter une importante et nouvelle ouverture dans le rôle que peuvent jouer les média dans les processus de gouvernance, y compris le développement d’une culture civique qui aiderait au renforcement de la transition démocratique. La portée du rôle des média et ses conséquences est une question pertinente qui constitue le point saillant de la session 2005 de l’Institut sur la Gouvernance démocratique. Les participants à l’Institut seront invités à examiner le rôle des média dans la gouvernance africaine contemporaine avec en perspective l’examen des progrès enregistrés, des reculs, des causes des avancées et celles des reculs et des perspectives d’avenir.

Les participants à l’institut seront également encouragés à, entre autres questions, examiner les schémas de distribution des média entre presse écrite et média électroniques ; les changements intervenus dans la relative influence d’un médium comparé aux autres ; la structure d’appartenance des différents média qui existent et les implications de la propriété dans l’exercice de l’intégrité journalistique dans la présentation des informations ; le rôle des journalistes non seulement en tant que rapporteurs d’informations mais aussi en tant que faiseurs d’informations sous la forme de questions qu’ils traitent et qu’ils amplifient ; l’état de la liberté de la presse dans différents pays et dans quelle mesure il serait un indicateur de l’ancrage du processus de démocratisation en cours ; la quête pour un meilleur accès à l’information et les campagnes en faveur de législations pour la liberté d’information ; la capacité du journalisme d’enquête et des exemples de journalismes d’investigation qui ont contribué à repousser les limites de la gouvernance démocratique ; la capacité des média à jouer le rôle de tour de garde du gouvernement dans un contexte caractérisé par l’hétérogénéité du secteur des média et l’hétérogénéité des intérêts de leurs propriétaires ; le rôle des média dans les politiques identitaires communes en Afrique aujourd’hui et qui, dans les cas les plus difficiles, ont conduit à de violents conflits et à l’effondrement de l’autorité du gouvernement central ; les tensions entre les fonctions de service public des média et la logique de commercialisation qui anime ces organisations ; l’utilité de la propagation des technologies de téléphonie portable pour la gouvernance démocratique ; le statut et le rôle d’Internet comme outil de création de nouveaux publics capables d’unir l’opinion pour la transformation des politiques ; l’Internet comme ressource de création de nouvelles communautés sociales et politiques, ou la propagation de nouveaux types d’identités et leurs implications dans la gouvernance démocratique ; enfin, le contenu et l’orientation des services multimédia dans les différents pays et comment ils s’articulent à différents niveaux à la gouvernance.

A travers l’institut sur la gouvernance 2005, le Conseil entend poursuivre le travail effectué dans un passé récent sur les média et sur la démocratisation en portant son attention sur l’éventail et la diversité des questions suscitées et posées par les changements dans le domaine des média en Afrique. Les participants potentiels sont encouragés à définir les contours des changements en cours, de produire de nouvelles perspectives empiriques et analytiques, d’entreprendre une analyse comparative de leurs résultats et de réfléchir aux défis posés par leur propre travail aux cadres conceptuels hérités/dominants.

novembre 5 2006



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