Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


La gestion du secteur de la sécurité en Afrique

2007

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La vague de pressions populaires pour une réforme politique qui déferla de la fin des années 1980 aux années 1990 a atteint son paroxysme avec l’instauration du pluralisme électoral dans nombre de pays africains. Cette dynamique allait de pair avec l’adoption de cadres institutionnels qui, au moins nominalement, garantissaient les libertés publiques.

Dans la plupart des pays où il y eut des transitions vers des gouvernements élus, le signe le plus visible de ces changements fut le retrait des militaires de l’arène politique où ils jouaient naguère un rôle et la réduction de leur influence dans les débats politiques. Il est vrai, l’un des objectifs des réformes politiques était d’assurer que l’armée serait sous le contrôle total d’un gouvernement civil élu. Par conséquent, pendant les années 1990, il y eut plusieurs discussions sur la théorie et la pratique du contrôle civil de l’armée dans un contexte de démocratisation ; nombre de pays africains conclurent des accords bilatéraux avec les Etats-Unis et l’Union européenne, prétendument dans ce but. Différentes études universitaires et politiques furent produites dans le but principal d’identifier les moyens d’atteindre les objectifs à la fois de dépolitisation de l’armée et de démilitarisation de la politique. Mais peu ont reconnu que les deux projets requéraient une attention constante à la base même sur laquelle le système d’état moderne fut construit, et particulièrement, aux modalités de la domination politique qui déterminent sa structure. Encore moins nombreux furent ceux qui se sont penchés sur les distorsions occasionnées par l’érosion de la logique sécuritaire sur laquelle est bâti l’Etat. Egalement, peu d’attention a été portée au fait que les objectifs des deux projets pouvaient les transformer en pseudo-politiques favorisant les pouvoirs hégémoniques du système international. De plus, l’association des services militaires au secteur de sécurité a conduit à une attention disproportionnée sur les forces armées en excluant les autres composantes de l’Etat et les autres systèmes non étatiques de sécurité qui, pour le meilleur et pour le pire, jouent encore un rôle important dans le domaine politique.

L’importance donnée au secteur formel de la sécurité, avec l’armée comme un élément central mais pas unique, et le fait que plusieurs opérations essentielles à la direction générale de la chose politique peuvent être et sont protégées du regard public pour les raisons mêmes de sécurité souligne le besoin d’une plus grande attention à sa gestion. C’est un fait que cette tendance est confirmée partout dans le monde, mais ses conséquences sont probablement ressenties plus fortement en Afrique dans les luttes en cours pour la consolidation des fragiles processus et structuration démocratiques. Il est vrai, également que, dans le cas du continent, les récents efforts de démocratisation sont allés de pair avec une croissance du secteur de la sécurité même lorsque les militaires ont renoncé à leur rôle de contrôle direct dans la gouvernance politique. Les raisons de cette expansion apparue dans le secteur de la sécurité sont légions, facteurs à la fois internes et externes sur lesquels nous ne nous attarderons pas. Le point important à noter est que bien que de nombreux programmes aient été mis en œuvre depuis les années 1990 pour réformer le secteur de la sécurité en Afrique, ils n’ont pas donné naissance à un système de gouvernance du secteur qui est soit démocratique en interne ou ouvert au contrôle démocratique populaire. A l’exception de l’armée qui fonctionne encore dans la plupart des pays avec beaucoup de contrôle, les services de police continuent des pratiques d’extorsion et de prédation sur la population, violant impunément les droits des citoyens, sapant les processus démocratiques, et réalisant les desseins bureaucratiques des élites dirigeantes. Les services secrets ont également connu une expansion généralisée de leur mandat et pouvoirs sans avoir répondu aux questions que pose leur intervention dans le domaine politique. Finalement, les services de sécurité privés formels et informels, structurés comme des opérations commerciales ou de vigiles de quartier, ont également connu une évolution considérable, exerçant des pouvoirs sur les citoyens, sans aucun système de recours pour les exactions commises. En tout, au même moment où les pays africains sont plongés dans la politique ritualisée, ils connaissent un développement des secteurs de sécurité sans avoir mis en place des mécanismes de responsabilité démocratiques. Quand même, certains nieront que, dans l’analyse finale, le mode de fonctionnement du secteur reflète et résume l’histoire du processus démocratique lui-même, servant d’étalon de mesure de sa qualité.

A travers l’Institut sur la Gouvernance 2007, le Conseil propose de mettre l’accent sur les mécanismes du secteur de la sécurité comme une expression et un espace où sont débattues les questions de la quête contradictoire de gouvernance démocratique populaire, et où apparaissent les impératifs de dominations politiques locaux et mondiaux tels que rendus par la logique sécuritaire au fondement du système d’Etat moderne. Dans cette lutte, il semblerait très peu important que le projet de domination soit personnalisé ou soit plus étendu. Les participants seront encouragés à revoir les débats existants sur les précédents précoloniaux, historiques, à l’établissement de la sécurité moderne ; comment la structuration du système affecte l’Etat moderne ; le rôle et la place des services de sécurité dans la politique, l’économie et la société africaines ; les facteurs qui sous-tendent l’émergence et le développement des modalités de sécurité informelle et les interfaces de ces modalités avec le secteur formel ; les stratégies élaborées afin de légitimer les systèmes formels et informels de sécurité, y compris les idéologies produites à cet effet ; et, l’univers éthique dans lequel le personnel des services de sécurité fonctionne.

Les participants seront invités à produire de nouvelles perspectives analytiques et empiriques sur la question des processus de sécurisation – ou de sa remise en cause – de la domination politique à travers le mode d’opération des services de sécurité ; ils seront également invités à entreprendre une analyse comparative et à réfléchir aux enjeux de leur propre travail en relation aux cadres légués/dominants conceptuels sur le secteur de sécurité et de sa réforme. Les services de sécurité officiels, éléments de l’Etat génèrent et diffusent l’information – et la désinformation- sur les différentes tendances et les luttes dans leur quête de contrôle de l’espace territorial national. Les lauréats de l’Institut sur la Gouvernance 2007 seront encouragés à lire les politiques de démocratisation en Afrique contemporaine à la lumière de l’étendue de la soumission du secteur de la sécurité à la gouvernance démocratique. Il leur sera également demandé d’identifier et d’analyser les pressions pour le changement dans les débats publics en cours sur le besoin d’un programme de réforme en profondeur du secteur de sécurité.

novembre 5 2007



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