Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا


Religions et religiosités dans la gouvernance africaine

2008

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Pendant les deux décennies et demie passées, il y eut un renouveau religieux en Afrique, de même qu’une effervescence de nouvelles religiosités qui se manifestent aussi bien en privé qu’en public. Des preuves du renouveau religieux et de la religiosité se manifestent sous différentes formes dans plusieurs pays africains. Ces manifestations incluent : l’émergence de nouvelles obédiences religieuses et une restructuration doublée d’une recomposition des plus anciennes ; la propagation d’une ferveur religieuse généralisée qui va de pair avec des innovations dans les manières de prier et une grande variété dans l’interprétation doctrinale ; la production massive et la distribution de la littérature religieuse, d’objets et d’icônes ; la prolifération d’institutions et de lieux de culte dans les centres ruraux et urbains ; la mobilisation d’un grand nombre de personnes dans les croisades, rassemblements religieux habituels sur une échelle et avec une fréquence inhabituelle sur le continent ; la multiplication d’émissions religieuses, de musique religieuse et de télé-évangélisme ; l’expansion massive de la fonction de fournisseur de bien-être social et de la présence des églises et des mosquées ; le ré-établissement sur une large échelle des écoles confessionnelles (y compris des universités) et l’émergence d’institutions religieuses ainsi que des acteurs économiques/financiers majeurs.

Bien que la majeure partie de la littérature soit sur le renouveau et la religiosité chrétienne, la résurgence ne s’est pas limitée à la foi chrétienne ; l’Islam et les religions « traditionnelles » ont connu un boom, souvent accompagné d’une compétition entre les différentes confessions et sectes pour la conquête du cœur et les âmes de la population. De même, bien que la préoccupation dominante dans la littérature sur le renouveau en cours chez les musulmans s’est focalisée sur « l’extrémisme » et le « terrorisme » islamistes, il est clair que des pratiques qui peuvent être considérées comme extrémistes sont également présentes dans le renouveau chrétien, se manifestant de différentes manières qui méritent d’être étudiées de plus près. Au même moment, le syncrétisme dans les pratiques religieuses a connu un regain, quelquefois traduit dans les mouvements sociaux avec des revendications politiques. De plus, les raisons qui sous-tendent le regain des religions et d’effervescence de nouvelles religiosités ont été débattues dans la littérature et continuent d’être des sujets de discussion qui méritent d’être abordés. Notons seulement que les discussions ont souvent évité la question de l’impact du renouveau religieux et des religiosités sur la gouvernance de l’Etat et de la société sur le continent. C’est précisément ce vide que veut combler la session 2008 de l’Institut sur la gouvernance.

Dans la construction du système d’Etat africain contemporain, l’assertion sous-jacente est que la religion appartient à la sphère privée et que, dans un « vrai » esprit libéral et républicain, doit être séparé de l’Etat. Il ne faut donc pas s’étonner que les auteurs des constitutions des pays africains indépendants soulignent ce statut séculier de l’Etat et insistent sur le principe de la séparation de l’Etat et de la religion dans le système de gouvernance. Cependant, même dans les années 1950 et 1960, à la fin du colonialisme et au début des indépendances, il était clair que la question du rôle de la religion dans la gouvernance ne pouvait pas être réduite à une question législative/constitutionnelle. Puisque, les raisons et processus sociologiques qui rendaient les interpénétrations des sphères publiques et privées telles que, malgré les efforts, les religions et les religiosités se sont introduites dans la conduite des affaires de l’Etat ; de la même manière elles étaient représentées au cours de la création et la reproduction de la sphère publique. Dans les cas extrêmes, des enjeux légaux et politiques directs étaient posés par les partisans des religions dominantes et les porteurs de nouvelles religiosités au principe et à la pratique de l’Etat séculier pour imposer la reconnaissance du rôle et de la place de la religion dans la vie nationale. La polarisation sociale causée par de tels enjeux ont souvent résulté dans de violents conflits entre chrétiens et musulmans ; des heurts entre les militants religieux et les forces locales de police ; des conflits ethno-régionaux dans des endroits où la couverture de différentes religions coïncidaient avec des régions géographiques administratives et l’ethnicité, les pressions continues pour les changements constitutionnels et la réforme de l’administration nationale-territoriale pour s’adapter aux demandes religieuses ; des efforts pour limiter la moralité dans la vie publique à son aspect religieux ; et des campagnes pour la redéfinition des enjeux civiques et les enseignements en accord avec différents credo religieux.

A travers la session 2008 de l’Institut sur la Gouvernance, le Conseil propose que l’attention soit portée sur les implications du renouveau religieux et les nouvelles religions qu’a connues la gouvernance sur le continent. A cet effet, différents modes de gestion de cette résurgence des religions et des religiosités seront explorées. A un niveau, l’attention sera portée sur l’impact de la nouvelle religiosité sur la gestion de la sphère publique en Afrique, cette sphère qui comprend les dimensions politique, économique, sociale, culturelle, artistique, esthétique, étique et morale qui imprègnent les différentes relations de classes, de genres, ethno-régionales et inter-générationnelles. A un autre niveau, les lauréats de l’institut seront encouragés à examiner l’impact de la religion et des religiosités sur l’Etat africain et son fonctionnement, à partir d’une perspective historique qui prend en compte la multitude des enjeux légal-constitutionnels, politico-administratifs et socio-culturels qui en découlent. De plus, les conséquences des discours religieuxs en compétition sur le projet de construction de l’Etat, spécialement dans des contextes multi-ethniques où différentes sectes et obédiences religieuses existent côte à côte seront également examinées. Le rôle des associations religieuses dans la politique national sera étudié de même que leur impact sur la mobilisation et la reproduction du leadership et de la légitimité. La manière dont les pouvoirs religieux/spirituels et l’autorité et le pouvoir temporels interagissent dans le processus historique et contemporain de gouvernance en Afrique. Le rôle des institutions religieuses, y compris les organisations de presse qu’elles contrôlent, dans les processus démocratiques en cours en Afrique seront examinées, étant entendu qu’une grande part du projet démocratique africain est la promotion de l’égalité des genres. Les nouvelles religiosités ont également été accompagnées par une émergence de nouveaux mouvements sociaux fondées sur la religion tels que le Mouvement du Saint-Esprit et l’Armée de résistance du Seigneur. La politique de ces mouvements sera examinée.

novembre 5 2008

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