Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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Afrique australe : De la libération nationale à la renaissance démocratique

Conférence sous-régionale pour l’Afrique australe, 18-19 octobre 2003, Gaborone (Botswana)

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) célèbre cette année son 30e anniversaire. Le Conseil a été créé en 1973, suite au désir collectif exprimé par les chercheurs africains en sciences sociales de créer un forum viable en Afrique, qui leur permettrait de transcender les barrières à la production de connaissance, et de contribuer ainsi au développement démocratique du continent. Dans le cadre des festivités prévues à l’occasion de cet anniversaire, cinq conférences sous-régionales seront organisées en Afrique Centrale, de l’Est, du Nord, du Sud et de l’Ouest. Celles-ci seront suivies d’une grande conférence de clôture, qui aura lieu au siège du Conseil, à Dakar, au Sénégal, en décembre 2003. La Conférence sous-régionale pour l’Afrique Australe sera organisée à Gaborone, au Botswana, du 18 au 19 octobre 2003. Elle aura pour thème : L’Afrique australe : de la libération nationale à la renaissance démocratique.

La région d’Afrique australe a connu un des développements politiques les plus intéressants de l’histoire africaine. Dans la période précédant la domination coloniale, cette zone a été le foyer d’élaboration d’importants projets relatifs à la formation, à la dissolution et à la recomposition de l’État. Ces projets étaient caractérisés par des expériences fort intéressantes et bien documentées sur la pratique de la politique étatique. Cette région a connu un des systèmes coloniaux les plus longs et les plus sévères ; elle a également été le théâtre d’une des formes de racisme, de domination et d’exclusion raciales les plus systématiques et les mieux institutionnalisées de l’histoire humaine. Cette sous-région fut le foyer d’un important mouvement de travailleurs affluant vers les centres miniers et agro-industriels situés principalement en Afrique du Sud, en partie à cause de la structuration raciale des opportunités, inhérente à l’établissement et la consolidation de la domination coloniale. Les retombées démographiques associées au développement de la population de travailleurs migrants, ainsi que les systèmes raciaux de contrôle du travail instaurés dans les mines et les plantations coloniales ont influé non seulement sur l’organisation du pouvoir étatique et celle de la société rurale, mais également sur l’organisation de la famille et de la citoyenneté. En outre, ces retombées ont servi de base au schéma d’urbanisation qui s’est développé, et ont été à la source de la violence qui lui était associée.

Étant donné la violence de l’établissement du régime colonial et de la domination raciale blanche dans cette sous-région, il n’est pas surprenant que l’Afrique australe ait été une des premières poches de résistance au régime étranger et minoritaire en Afrique. Le Congrès national africain (ANC) a le mérite d’être le plus ancien parti politique de libération en Afrique. Lorsqu’elle fut adoptée, sa Charte pour la Liberté inspira le mouvement panafricain de libération de l’oppression coloniale. L’exemple de l’ANC et de sa Charte pour la Libération allait pratiquement inspirer tous les autres grands hommes politiques nationalistes de la sous-région, dans le cadre de leur campagne de libération nationale. Plusieurs de ces pays, tels que la Zambie, le Botswana et le Malawi sont parvenus à obtenir leur indépendance relativement plus tôt que les autres pays, pour qui, la lutte de libération était devenue un combat interminable et de plus en plus violent, compliqué par la Guerre Froide Est-Ouest, étant donné les avantages géopolitiques et les ressources minières stratégiques de cette sous-région. Il n’est pas surprenant que la lutte armée soit donc devenue un instrument important et presque omniprésent du mouvement visant à mettre fin au colonialisme et au racisme institutionnalisé. Cette lutte armée allait dans un premier temps jouer un rôle majeur dans la libération des anciennes colonies portugaises d’Angola, du Mozambique, puis du Zimbabwe et de la Namibie, et enfin de l’Afrique du Sud, avec l’élection de Nelson Mandela en 1994, en tant que premier président élu par les Sud-africains de toutes les races, et premier personnage issu de la majorité noire à diriger ce pays.

La réalisation de la libération nationale et l’installation d’un régime majoritaire en Afrique du Sud a toujours été considérée comme un important projet du mouvement panafricain au niveau du continent et de la Diaspora. Les principaux dirigeants de la sous-région participaient activement aux réunions panafricaines convoquées dans le but de discuter de l’avenir du continent et de la race noire, à partir de 1945. La première série de pays africains ayant obtenu leur indépendance, ainsi que tous ceux qui les ont suivis allaient faire preuve de solidarité et proposer un soutien matériel au projet de libération en Afrique australe. En effet, le mandat de l’Organisation de l’unité africaine, au moment de sa création, consistait en la promotion de l’unité et de la libération du continent. Pour servir cet objectif, l’OUA avait mis en place un Comité de Libération, qui jouait un rôle majeur dans la lutte pour l’indépendance et l’instauration d’un système majoritaire en Afrique australe. À la fin de l’Apartheid et à la suite de l’installation d’un gouvernement majoritaire noir en Afrique du Sud, l’Afrique australe s’est consacrée à l’effort de démocratisation, de coopération et d’intégration régionale, et à la renaissance continentale. Les processus de démocratisation, de régionalisme et de renaissance renvoient à la détermination à créer des sociétés plus ouvertes, plus inclusives et plus justes basées sur un système de gouvernance représentatif, une énergie créatrice des populations, ainsi que sur une communauté panafricaine. Cependant, ce projet est confronté à diverses difficultés historiques et contemporaines, dont celles de la gestion de la complexe équation de la race, des droits et de la justice ; de la gestion de la xénophobie post-libération ; des persistants et profonds problèmes d’exclusion sociale ; des problèmes non encore résolus de la dépossession historique et des défis actuels de représentation ; de la structure des travailleurs migrants dans la sous-région ; enfin, ce projet est également confronté aux difficultés liées à la conquête unidirectionnelle par le capital sud-africain de nouveaux terrains économiques dans la sous-région.

Nous invitons les participants à cette conférence à relancer la réflexion sur le volet Afrique australe de l’idéal panafricain, à travers les éléments qu’offrent la lutte de libération nationale de la sous-région et la quête actuelle d’une renaissance démocratique, qui passe par de plus importants efforts de coopération et d’intégration régionale. Dans cette perspective, nous encourageons les communications provenant de chercheurs souhaitant revisiter les théories, historiographies et expériences de la libération nationale ; de même que les divers courants et contestations idéologiques qui sous-tendaient la lutte de libération dans la période précédant et suivant la publication de la Charte de Libération, parmi lesquels figurent le Black Consciousness Movement (Mouvement de conscience noire) ; les principaux acteurs et facteurs du projet de libération en Afrique australe ; les processus de travail qui ont défini l’économie coloniale de travail, ainsi que les mesures et réactions politiques que ceux-ci ont suscitées, et leurs conséquences ; les dynamiques de gestion politique post-libération, incluant la poursuite du processus vérité et réconciliation, la discrimination positive, la responsabilisation économique des Noirs, ainsi que les diverses politiques d’intégration sociale ; la négociation de l’identité et de la citoyenneté post-libération ; le rôle de la terre dans l’économie politique de libération nationale ; la montée des tendances xénophobes post-libération, les forces et facteurs expliquant ce phénomène, et les réactions provoquées par ce dernier ; les problèmes et perspectives de renouveau démocratique en Afrique australe, parmi lesquels les changements et le renouveau au sein de la société civile de cette zone ; l’économie post-libération et l’élaboration de politique économique, en fonction du projet de la liberté nationale ; l’effort de collaboration et d’intégration régionale ; la quête d’un projet de renaissance africaine et sa relation avec l’idéal panafricain ; l’Afrique australe et l’initiative du NEPAD ; la place de l’Afrique dans les politiques étrangères des pays d’Afrique australe ; et enfin, les liens de l’Afrique australe avec la Diaspora.

mars 26 2010