Council for the Development of Social Science Research in Africa
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Conselho para o Desenvolvimento da Pesquisa em Ciências Sociais em África
مجلس تنمية البحوث الإجتماعية في أفريقيا
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Afrique de l’Est : à la recherche d’un renouveau national et régional

Conférence sous-régionale pour l’Afrique de l’Est, 30-31 octobre 2003, Addis Abeba (Ethiopie)

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales
en Afrique (CODESRIA) célèbre cette année son 30e anniversaire. Le
Conseil a été créé en 1973, suite au désir collectif exprimé par les
chercheurs africains en sciences sociales de créer un forum viable en
Afrique, qui leur permettrait de transcender les barrières à la production de
connaissance, et de contribuer ainsi au développement démocratique du
continent. Dans le cadre des festivités prévues à l’occasion de cet
anniversaire, cinq conférences sous-régionales seront organisées en
Afrique Centrale, de l’Est, du Nord, du Sud et de l’Ouest. Celles-ci seront
suivies d’une grande conférence de clôture, qui aura lieu au siège du
Conseil, à Dakar, au Sénégal, en décembre 2003. La conférence sousrégionale
pour l’Afrique de l’Est se tiendra à Addis-Abeba, en Ethiopie, du
30 au 31 octobre 2003. Elle portera sur le thème suivant : « Afrique de l’Est :
à la recherche d’un renouveau national et régional ».

La sous-région est-africaine offre un intéressant mélange d’expériences
qui, au niveau historique et contemporain, se sont trouvées au coe ur des
préoccupations des nationalistes africains, mais également au coe ur de la
quête de l’idéal panafricain. Considérée par la recherche archéologique
comme le berceau de la race humaine, cette sous-région occupe une
place importante dans l’histoire africaine, à divers égards. Elle abrite
l’unique pays d’Afrique (l’Éthiopie) ayant échappé à un régime colonial
direct, et dont la résistance à l’invasion militaire italienne a donné une
impulsion à la résistance africaine face à la domination coloniale. C’est
précisément pour cette raison qu’Addis-Abeba avait été choisie pour
abriter le siège de l’Organisation de l’unité africaine au moment de sa
création. Par la suite, cette sous-région a été témoin des grands moments de
l’action collective pendant la période post-indépendance en Afrique. En outre,
plusieurs des grandes figures du nationalisme africain sont originaires de
cette zone ; certaines des tentatives d’indépendance les plus audacieuses
ont été entreprises en Afrique de l’Est. À cet égard, l’exemple de Mwalimu
Julius Nyerere et de ses tentatives de concrétisation des idéaux du
nationalisme africain compte certainement parmi les expériences les plus
fortes et les plus remarquables. Il a encouragé l’africanisation des
structures de gouvernance, l’adoption du Swahili comme langue officielle
de la Tanzanie, et a sensibilisé la population aux mérites et aux impératifs
de l’autosuffisance, à l’investissement des énergies dans la construction
de la communauté est-africaine. Il a offert un soutien indéfectible aux
luttes de libération en Afrique australe, et a également été l’initiateur du
programme Ujamaa. Cependant, l’expérience du socialisme africain, adopté
par Nyerere n’était pas l’unique modèle en vigueur en Afrique de l’Est. Le
Kenya, voisin immédiat de la Tanzanie, dirigé par une autre grande figure
du nationalisme africain, également vétéran de la résistance Mau Mau face
à la domination britannique, avait opté pour une approche complètement
différente, consistant en l’adoption d’un système de développement privé
capitaliste, mettant fortement l’accent sur le rôle primordial des investisseurs
privés étrangers. L’Éthiopie, elle, fut pendant longtemps gouvernée par une
monarchie héréditaire, jusqu’à ce qu’un coup d’État militaire survenu
dans un contexte de protestations populaires, vienne renverser le régime
de Haile Selasie. La monarchie fut alors abolie et le pays devint un État
marxiste. En un mot, tous régimes des pays de cette sous-région véhiculaient
cette idéologie, et parfois même, passaient officiellement d’un cadre
idéologique à un autre, suivant les exigences de survie politique et les
alliances changeantes de la Guerre Froide, comme ce fut le cas de la
Somalie de Siad Barre.

Colonisés ou non, et indifféremment de leurs choix politiques et idéologiques,
tous les pays de l’Afrique de l’Est ont été confrontés aux défis pratiquement
identiques de construction de la nation et de développement socio-économique.
Ces problèmes ont été aggravés par les différents fardeaux historiques,
qui ont joué un rôle important dans la formation d’alliances politiques
internes, dans des contextes extrêmement pluralistes (particulièrement
au vu des considérations ethniques et religieuses), et ont fait l’objet d’une
grande polarisation sociale. En conséquence, la sous-région a été
exposée à de graves conflits au niveau inter étatique et intra étatique, qui ont
impliqué presque tous les pays de la zone. Les conflits les plus sévères se
sont déroulés en Ouganda, en Éthiopie, en Erythrée, au Soudan, en
Somalie, à Djibouti, et dans la partie tanzanienne et comorienne de
Zanzibar. Tandis que les sources des conflits sont multiples et offrent
matière à débat, leurs effets, eux, ont été les mêmes dans toute la sousrégion.
Ils ont provoqué le renforcement de l’autoritarisme politique,
agrandi le fossé entre l’État et la société, exacerbé les inégalités sociales et
perturbé les activités économiques. Certains États ont également été affaiblis
par de longues périodes de conflit, alors que plusieurs sombraient dans un
régime militaire. Pour tous ces pays, le règne du parti unique fut imposé
de facto et de jure, d’une manière ou d’une autre, après l’accession à
l’indépendance. Ce n’est qu’à partir des années 1980, qu’une certaine
pression concertée, provenant principalement des mouvements sociaux,
s’est mise à pousser les régimes au pouvoir vers une réforme de l’espace
politique. Comme dans le reste du continent africain, la plupart des efforts de
réforme ont conduit à l’adoption ou à la réintroduction du multipartisme, la
grande exception à cette règle étant l’Ouganda, sous Museveni, et son
fameux « movement system », sur la base duquel le NRM a exercé le
pouvoir. Des efforts de décentralisation politique et de réforme
constitutionnelle ont également été entrepris, parmi lesquels le modèle
fédéraliste ethno-régionaliste introduit en Éthiopie, après la chute du
Dergue. Dans cette sous-région on a également assisté à un regain
d’intérêt pour les processus de coopération et d’intégration destinés à
promouvoir des objectifs inter étatiques communs, mais également à
explorer des solutions communes.

Un aperçu des défis auxquels l’Afrique de l’Est est confrontée, laisse
penser qu’ils portent principalement sur :

- la gestion de la diversité ;
- la
redéfinition de la citoyenneté dans le cadre d’un nouveau contrat social
entre l’État et la société ;
- l’extension de la base de l’intégration sociale, en
impliquant particulièrement les travailleurs pauvres des zones rurales et
urbaines ;
- la promotion d’une culture civique basée sur des droits
démocratiques fondamentaux, et prenant particulièrement en charge la
jeunesse frustrée ;
- la re dynamisation de la vie associative, tendant vers
un renforcement de la participation démocratique populaire ; la
restauration d’un programme de développement au sein du processus
politique ;
- la promotion d’un projet complet de régionalisation ; la promotion
d’une plus grande ouverture de l’espace politique, pour davantage de
responsabilité ;
- et enfin, la reconstruction de l’État et du processus
politique, dans un environnement de paix et de stabilité.

Ces défis se
situent au centre de la quête d’un renouveau national et sous-régional. Leur
niveau de concrétisation sera également crucial à la réalisation des idéaux de
développement autonome et de justice sociale, qui, au début, avaient
propulsé le nationalisme africain et le mouvement panafricain. La
conférence sous-régionale pour l’Afrique de l’Est, organisée par le
CODESRIA dans le cadre des manifestations pour la célébration de son
30e anniversaire, sera consacrée à l’examen des différents défis associés
au renouveau, défis auxquels sont confrontés les pays de cette zone. Cet
examen sera effectué de sorte à ne pas négliger les points faibles et/ou
les points troubles de la théorie et de la pratique du nationalisme africain,
tout en prenant en considération les contextes et conditions changeants,
qui caractérisent l’Afrique d’aujourd’hui. Nous encourageons toutes les
communications portant sur les différents aspects de ces changements,
les diverses séries de changements et de réformes en cours, et leur
potentialité à établir les bases de l’émergence d’un système étatique
inclusif, démocratique et préoccupé par l’objectif de développement. Nous
sommes également ouverts aux contributions portant sur des lectures
alternatives des problèmes de cette sous-région, mais également sur des
approches alternatives permettant de surmonter ces défis.

mars 26 2010