INSTITUT SUR LA GOUVERNANCE DEMOCRATIQUE 2026
THÈME: « GOUVERNANCE DES MIGRATIONS » : REPENSER LA MOBILITÉ ET L’AGENCÉITÉ DÉMOCRATIQUE EN AFRIQUE
Dates : 28 septembre au 9 octobre 2026
Lieu : Lagos (Nigéria)
Date limite de dépôt des candidatures : 31 août 2026
Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) a le plaisir de lancer un appel à candidatures à l’intention des universitaires, des acteurs des politiques publiques engagés dans la recherche ainsi que des chercheurs affiliés aux universités africaines et aux centres de recherche apparentés, en vue de participer à la session 2026 de l’Institut sur la gouvernance démocratique. Cette édition est organisée en partenariat avec le Centre d’études sur la migration (CMS) de l’Université du Ghana. L’Institut se tiendra à Lagos (Nigéria), du 28 septembre au 9 octobre 2026, et portera sur le thème : « Gouvernance des migrations » : Repenser la mobilité et l’agencéité démocratique en Afrique.
Thème de l’Institut 2026
La migration constitue l’une des caractéristiques les plus structurantes, mais aussi les plus mais aussi les plus durablement mal caractérisées, des sociétés africaines et de l’économie politique du continent. À travers l’Afrique, les mobilités ont historiquement constitué une dimension fondamentale des moyens de subsistance, de l’acquisition et de la transmission des savoirs, de l’identité culturelle et de l’appartenance régionale. À ce titre, les mobilités sont bien antérieures à l’imposition coloniale des frontières étatiques contemporaines. Pourtant, les principaux cadres conceptuels à travers lesquels les migrations en Afrique sont comprises et gouvernées, qu’ils soient nationaux, régionaux ou continentaux, demeurent largement tributaires de référentiels exogènes qui privilégient les impératifs de sécurité, de confinement, et de contrôle des mobilités au détriment de leurs dimensions transformatrices, sociales, démocratiques et fondées sur les droits humains. Il en résulte une contradiction persistante entre les expériences vécues par les millions d’Africains qui se déplacent à l’intérieur du continent ou au-delà de ses frontières, et les dispositifs de gouvernance censés encadrer, faciliter ou protéger ces mobilités. L’Institut sur la gouvernance démocratique 2026 du CODESRIA invite les chercheurs et chercheuses à interroger cet écart à travers le prisme de la gouvernance démocratique entendue dans son acception la plus large, ancrée dans les dynamiques populaires et porteuse d’émancipation.
Gouvernance régionale et continentale des migrations: souveraineté, influences extérieures et tensions démocratiques
Près des deux tiers des migrants internationaux africains se déplacent à l’intérieur même du continent. Pourtant, les cadres destinés à faciliter la mobilité intra-africaine demeurent structurellement sous-financés, conceptuellement fragmentés et politiquement contestés. Les Communautés économiques régionales (CER), notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), ont élaboré des cadres distincts de gouvernance de la circulation des personnes, reflétant la diversité des trajectoires historiques, des réalités migratoires et des priorités institutionnelles propres à chaque sous-région. La CEDEAO, par exemple, s’appuie sur un protocole relativement formalisé sur la libre circulation, qui reconnaît aux ressortissants des États membres les droits d’entrée, de résidence et d’établissement. À l’inverse, l’IGAD s’est historiquement davantage appuyée sur des mécanismes de coopération informels pour faire face à l’une des situations de déplacement forcé les plus complexes au monde. Malgré cette diversité d’architectures institutionnelles, un défi commun demeure : l’écart considérable entre les engagements adoptés au niveau régional et leur mise en œuvre effective aux niveaux national et infranational. Cet écart est accentué par l’affaiblissement des capacités de l’État dans le contexte de la gouvernance néolibérale, par des réflexes protectionnistes dans les politiques publiques, ainsi que par les contradictions entre les engagements régionaux et les impératifs des économies politiques nationales.
À l’échelle de l’Union africaine, le cadre normatif censé régir les migrations s’est considérablement renforcé au cours des deux dernières décennies, depuis le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique adopté en 2006 jusqu’à l’engagement actif de l’Union africaine dans le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Toutefois, la traduction de ces engagements continentaux dans les politiques et les pratiques aux niveaux sous-régional et national demeure profondément inégale. Cette situation soulève des interrogations fondamentales quant à l’autonomie décisionnelle de l’Afrique, à la volonté politique des États et à la légitimité démocratique des institutions de gouvernance des migrations. Les attitudes des populations à l’égard de la mobilité transfrontalière ne sont pas uniformes. Des travaux empiriques récents menés dans plusieurs pays africains montrent que le soutien à l’ouverture des frontières est sensiblement plus élevé dans les régions où existent des protocoles bien établis de libre circulation. Ces résultats suggèrent que les structures de gouvernance façonnent les perceptions populaires de la mobilité tout autant qu’elles en sont le reflet. Cette observation a des implications majeures pour la réflexion sur les fondements démocratiques de la gouvernance des migrations, ainsi que sur les convergences ou les décalages entre les institutions formelles, les préférences des élites politiques et les points de vue ainsi que les capacités d’action des citoyens ordinaires, y compris des migrants eux-mêmes.
Cette situation est davantage complexifiée par le rôle des acteurs extérieurs, au premier rang desquels figure l’Union européenne. Son agenda en matière de « gouvernance des migrations » a progressivement pénétré les espaces africains d’élaboration des politiques publiques à travers des partenariats bilatéraux, des conditionnalités financières et des programmes de renforcement des capacités présentés comme des mécanismes de coopération. Les recherches consacrées aux relations entre l’Union européenne et l’Afrique dans ce domaine mettent en évidence un décalage marqué entre le discours du partenariat et les pratiques d’externalisation du contrôle migratoire. Si les deux parties mobilisent un vocabulaire technocratique similaire dans leurs documents de politique publique, les objectifs européens demeurent essentiellement orientés vers la restriction de la mobilité et le transfert des responsabilités humanitaires vers les États africains, souvent au détriment de leur souveraineté, des engagements en faveur de l’intégration régionale et des droits fondamentaux des migrants en transit. Ces dynamiques produisent ce que plusieurs chercheurs qualifient d’« effets en cascade », dont les conséquences dépassent largement les résultats immédiats des politiques migratoires pour reconfigurer les économies politiques locales, les capacités institutionnelles, les relations entre l’État et la société, ainsi que les formes de solidarité et de tension entre les groupes sociaux. Ces transformations restent encore insuffisamment documentées par la recherche africaine. Dans ce contexte, le Plan stratégique 2023-2027 du CODESRIA, qui place au cœur de sa réflexion l’État et à la démocratisation en Afrique dans un contexte de transitions et de transformations mondiales, souligne l’urgence pour les chercheurs africains de reprendre l’initiative intellectuelle dans ce domaine.
Plus récemment, les technologies numériques sont devenues un facteur majeur de reconfiguration de la gouvernance des migrations en Afrique. Des systèmes d’identification biométrique aux dispositifs numériques de contrôle des frontières, en passant par les technologies de surveillance fondées sur les données, ces innovations sont souvent présentées comme des instruments favorisant l’efficacité et la sécurité. Elles soulèvent toutefois des préoccupations importantes en matière de protection de la vie privée, de propriété des données et de souveraineté numérique, préoccupations qui s’inscrivent dans les rapports de pouvoir entre les États africains et leurs partenaires extérieurs, souvent concepteurs et gestionnaires de ces systèmes. L’ampleur et la rapidité de ces évolutions rendent indispensable une réflexion critique sur la manière dont la numérisation transforme la gouvernance des migrations et sur ses implications pour la responsabilité démocratique ainsi que pour les droits des migrants.
Une gouvernance par le bas : agencéité, informalité et inégalités
En deçà du niveau des États et des organisations régionales, l’architecture de la migration en Afrique repose sur un écosystème complexe d’acteurs non étatiques : organisations de la société civile, associations communautaires, réseaux de migrants, organisations non gouvernementales et institutions universitaires. Ces acteurs investissent des espaces qui sont parfois construits par le bas, parfois intégrés aux processus formels d’élaboration des politiques publiques, et parfois instrumentalisés par les États ou par des partenaires extérieurs afin de légitimer des agendas déjà définis. La manière dont ces acteurs participent à la gouvernance des migrations, la façonnent, la contestent, y résistent, la cooptent ou, au contraire, sont eux-mêmes cooptés par les discours et les dispositifs qui la sous-tendent, constitue une question centrale pour toute évaluation du caractère démocratique de ces cadres de gouvernance. De même, les voix et les micro-récits des migrants eux-mêmes – qu’il s’agisse de celles et ceux qui empruntent les corridors côtiers de l’Afrique de l’Ouest, traversent les routes sahariennes ou naviguent dans les méandres réglementaires des systèmes de migration de travail en Afrique australe – trouvent rarement une place véritable dans les architectures politiques censées régir leur existence. Recentrer l’analyse sur ces expériences ne relève pas seulement d’un impératif éthique ; c’est également une exigence épistémologique.
C’est également à l’échelle des expériences individuelles que l’on constate que la migration est loin d’être vécue de manière uniforme. Les rapports sociaux de genre influencent les conditions dans lesquelles les personnes migrent, les possibilités qui leur sont offertes ainsi que les risques auxquels elles sont exposées, notamment en ce qui concerne les économies du « care » et le travail informel. Au-delà du genre, les inégalités générationnelles et de classe montrent également que les expériences migratoires sont profondément différenciées. Les mobilités des jeunes, par exemple, traduisent à la fois des aspirations et des frustrations liées à l’emploi, à l’exclusion politique et aux perspectives, tandis que l’accès à la mobilité et à la protection juridique demeure inégalement réparti selon les positions sociales. Ces expériences différenciées soulèvent des interrogations fondamentales sur la gouvernance des migrations, notamment quant aux mobilités qui sont reconnues, protégées et représentées dans les cadres politiques existants, et à celles qui demeurent invisibilisées ou marginalisées.
Production des savoirs, récits et justice épistémique
Le travail conceptuel qu’exige cette réflexion est tout aussi important que les recherches empiriques. Ces dernières années, les travaux africains sur la gouvernance des migrations ont apporté des contributions majeures en remettant en question les lectures eurocentriques, en historicisant les régimes frontaliers et en proposant une théorisation de l’économie politique de la gouvernance des mobilités à partir de perspectives africaines. Toutefois, ce champ demeure insuffisamment articulé entre les différentes traditions sous-régionales et les frontières disciplinaires. En outre, il continue, dans une large mesure, de négliger la dimension de classe ainsi que le contenu social et politique de la gouvernance. En effet, dans une Afrique façonnée par les politiques néolibérales, où l’incapacité de la démocratie libérale à répondre aux besoins fondamentaux des populations remet profondément en question les relations entre l’État et la société, la gouvernance des migrations doit être pensée à partir des fondements même de la communauté politique. Autrement dit, à quoi ressemblerait une gouvernance dont le point de départ serait les réalités vécues, les luttes et les aspirations des travailleuses et travailleurs ordinaires à travers le continent, qu’ils soient mobiles ou sédentaires ?
Une telle approche ouvre un espace de réflexion permettant de mieux comprendre les intérêts qui sous-tendent les tensions au cœur même de la gouvernance des migrations en Afrique : la tension entre une conception des migrations comme problème de gouvernance à gérer et la migration considérée comme un droit à protéger ; les rapports entre les engagements en faveur de l’intégration régionale, l’héritage du panafricanisme ainsi que sa réaffirmation contemporaine par les jeunesses africaines, d’une part, et les revendications de souveraineté nationale, d’autre part ; les interactions entre les migrations, les marchés du travail, les rapports de genre, les dynamiques climatiques et les régimes de citoyenneté ; enfin, le choix du vocabulaire conceptuel le plus approprié pour comprendre les mobilités africaines dans leur spécificité, plutôt que comme une simple variante des migrations du Sud vers le Nord. Toutes ces questions demeurent à la fois controversées et insuffisamment théorisées. Cette sous-théorisation tient en partie au fait que les migrations africaines sont souvent étudiées de manière isolée, sans être replacées dans les réalités sociales et structurelles plus larges, façonnées par l’histoire, l’économie politique et d’autres facteurs déterminants. Ainsi, la gouvernance des migrations, tout comme les études sur les migrations africaines elles-mêmes, est trop souvent abordée dans des silos analytiques, au lieu d’être située à l’intersection des multiples enjeux sociaux auxquels les mobilités donnent lieu. L’Institut sur la gouvernance démocratique 2026 offre un espace privilégié pour dépasser ces limites et promouvoir une compréhension théorique et empirique plus riche de ces questions. Il réunira une nouvelle génération de chercheurs africains afin d’approfondir l’analyse et de contribuer à l’élaboration d’un programme de recherche à la hauteur de la complexité des défis que pose aujourd’hui la gouvernance des migrations sur le continent.
L’Institut 2026 s’articulera autour d’un ensemble de questions interdépendantes.
- Le premier axe porte sur l’historicisation du contrôle des populations et des luttes autour de la gouvernance des mobilités en Afrique. Quelles normes, quelles institutions et quels facteurs économiques et politiques ont historiquement encadré les dynamiques de peuplement du continent africain ? Comment les luttes menées par le bas ont-elles contribué à façonner, contester ou transformer les modalités historiques de gouvernance des mobilités ? Quels enseignements pouvons-nous tirer de ces expériences passées afin d’éclairer les défis contemporains ?
- Le deuxième axe s’intéresse aux architectures de gouvernance et à leur légitimité démocratique. Comment les cadres de gouvernance des migrations en Afrique sont-ils élaborés, contestés et mis en œuvre aux échelles nationale, régionale et continentale ? Dans quelles conditions la gouvernance régionale des migrations peut-elle être véritablement démocratique, c’est-à-dire responsable, inclusive et attentive aux besoins et aux aspirations des populations qu’elle est censée servir ?
- Le troisième axe concerne les politiques de production des savoirs et des représentations. De quelle manière les récits dominants sur les migrations africaines, produits par les africanistes, les acteurs extérieurs, les gouvernements nationaux ou les organisations internationales, influencent-ils les réponses politiques au risque de s’écarter, voire de marginaliser, les réalités vécues par les migrants et les communautés frontalières ? Quels fondements alternatifs de production des savoirs sont nécessaires pour ancrer les connaissances sur les migrations africaines dans les réalités historiques, sociales et politiques du continent ?
- Enfin, le quatrième axe s’intéresse à l’avenir de la gouvernance des migrations en Afrique. Dans un contexte marqué par de profonds bouleversements géopolitiques et par la recomposition de l’économie politique mondiale, quelles innovations en matière de gouvernance démocratique sont nécessaires pour faire de la migration un véritable levier de transformation démocratique ?
Ces interrogations sont guidées par une conviction qui est au cœur des engagements intellectuels fondateurs du CODESRIA : la gouvernance ne trouve son sens que dans les luttes démocratiques menées par les populations, et la recherche a la responsabilité de produire des connaissances au service de ces luttes, plutôt que de légitimer les architectures de pouvoir, de contrôle et d’exploitation qui les contraignent.
Appel à candidatures
Candidatures au poste de personne-ressource
Les personnes souhaitant postuler en qualité de personne-ressource sont invitées à soumettre les documents suivants :
- Une lettre de motivation ;
- Un curriculum vitae ;
- Deux (2) publications en rapport avec le thème de l’Institut ;
- Une proposition de cinq (5) pages au maximum présentant les questions qui seront abordées dans deux (2) conférences proposées, dont l’une devra porter sur les questions méthodologiques.
Candidatures des lauréats
Les candidats souhaitant être sélectionnés en qualité de lauréats doivent être des doctorants ou des chercheurs en début de carrière universitaire ayant démontré leur capacité à mener des recherches sur le thème de l’Institut. Les intellectuels engagés dans les processus d’élaboration des politiques publiques, ainsi que ceux actifs au sein des mouvements sociaux et des organisations de la société civile, sont également vivement encouragés à candidater.
Le nombre de places financées par le CODESRIA est limité à quinze (15) participants par session. En outre, le CODESRIA offrira jusqu’à cinq (5) places supplémentaires à des participants disposés à prendre en charge les frais liés à leur participation. Les jeunes chercheurs africains de la diaspora ainsi que les chercheurs non africains en mesure d’autofinancer leur participation peuvent également postuler pour un nombre limité de places. Il est essentiel que les candidats démontrent, dans leur proposition de recherche, une compréhension approfondie des enjeux intellectuels soulevés dans le présent appel.
Les candidatures pour participer à l’Institut en qualité de lauréat doivent comprendre :
- Un formulaire de candidature dûment rempli ;
- Une lettre de motivation ;
- Une lettre attestant de l’affiliation institutionnelle ou organisationnelle du candidat ;
- Un curriculum vitae ;
- Un projet de recherche n’excédant pas dix (10) pages, comprenant une analyse descriptive de la recherche envisagée, un exposé de l’intérêt théorique du sujet choisi ainsi qu’une explication de la manière dont celui-ci s’inscrit dans la problématique et les axes de réflexion de l’Institut 2026 ;
- Deux (2) lettres de recommandation rédigées par des universitaires ou des chercheurs reconnus pour leur expertise dans le domaine de recherche du candidat (disciplinaire et/ou géographique), comprenant leurs noms, adresses postales, numéros de téléphone et adresses électroniques ;
- Une copie du passeport.
Calendrier
La date limite de réception des candidatures est fixée au 31 août 2026.
Les candidats retenus seront informés de leur sélection au plus tard le 11 septembre 2026.
Les lauréats devront ensuite réviser leur proposition de recherche, laquelle sera présentée pendant l’Institut sous la forme d’un premier projet d’article scientifique.
Les projets d’articles devront être soumis au CODESRIA au plus tard le 18 septembre 2026.
Les lauréats seront également tenus de poursuivre la rédaction et la révision de leurs articles tout au long de l’Institut, en vue de leur publication à l’issue de celui-ci.
Soumission des candidatures
Toutes les candidatures, ainsi que les demandes d’informations complémentaires, doivent être transmises par voie électronique à : https://apply.codesria.org/