Bulletin en ligne du CODESRIA, No 11, Juillet 2026
Introduction
Le programme de Bourses africaines pour la recherche sur les savoirs autochtones et alternatifs (AFRIAK) est mis en œuvre par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), en partenariat avec la Fondation Mastercard. Il a pour objectif de renforcer les écosystèmes africains de recherche et de formation en soutenant de jeunes chercheurs engagés dans la promotion des savoirs autochtones et des systèmes de connaissances alternatifs. AFRIAK repose sur la volonté de replacer les systèmes de connaissances africains au cœur de la production intellectuelle, de promouvoir l’apprentissage intergénérationnel et de favoriser une recherche socialement pertinente.
Le programme soutient de jeunes chercheurs, en particulier de jeunes femmes chercheuses, pour qu’ils mènent des recherches innovantes basées sur les perspectives des savoirs autochtones (Indigenous Knowledge – IK). Il cherche à favoriser la mobilisation de ces systèmes de connaissances et des savoirs ancrés localement pour revitaliser des secteurs stratégiques de l’économie et contribuer ainsi à la durabilité des conditions de vie des jeunes et au bien-être des communautés. À plus long terme, AFRIAK ambitionne de replacer les savoirs autochtones au cœur de la transformation de l’Afrique en encourageant une approche plus collaborative, réciproque et non extractive de la production des connaissances.
Comme l’énoncent ses documents fondateurs, le programme accorde une attention particulière aux débats historiques et conceptuels entourant la notion de savoirs autochtones (Indigenous Knowledge), notamment à ses connotations coloniales et parfois péjoratives. Tout en reconnaissant les critiques formulées par des penseurs tels que Paulin Hountondji concernant l’externalisation de la production des connaissances en Afrique, AFRIAK emploie cette notion dans une acception plus large et plus dynamique. Elle renvoie à des systèmes de connaissances qui émergent de manière organique des sociétés africaines et évoluent en interaction avec d’autres formes de savoir. Si les savoirs autochtones sont, à bien des égards, enracinés dans des traditions, ils ne se limitent pas pour autant à un héritage du passé. Ils englobent également des connaissances contemporaines propres aux communautés, qui constituent le socle à partir
duquel se développent la pensée, la créativité et l’innovation des peuples.