Annonce de colloque – L’empreinte indélébile de B. A. Ogot dans les annales du temps: Histoire, Méthodologie et production des savoirs en Afrique
Colloque international co-organisé par le Département d’Histoire, d’Archéologie et d’Études Politiques de l’Université Kenyatta et le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA), en hommage au Professeur Bethwell Allan Ogot. L’événement se tiendra au Tom Mboya Labour College, à Kisumu, du 21 au 23 septembre 2026.
Le Professeur Bethwell Allan Ogot (1929 – 30 janvier 2025) est l’un des historiens les plus célèbres d’Afrique ainsi qu’un universitaire et intellectuel pionnier. Formé et mûri dans la même tradition qui a produit certains des penseurs les plus novateurs d’Afrique, le professeur Ogot s’est distingué parmi ses pairs en cherchant à reconstituer l’histoire africaine à partir de sources dont ses propres maîtres et mentors doutaient de la légitimité. Il est intervenu de manière unique et novatrice dans le débat sur la question de savoir si l’Afrique avait une histoire en utilisant les traditions orales comme sources historiques. Grâce à son approche, il a ensuite transformé la discipline en remettant en cause l’historiographie coloniale et en établissant des approches centrées sur l’Afrique pour l’écriture de l’histoire. Ses travaux pionniers démontrent que l’Afrique possède de riches traditions historiques remontant à bien avant l’arrivée du colonialisme européen, ce qui a grandement contribué à la décolonisation du savoir historique. Bien que le concept de décolonialité n’ait pas encore adopté ce vocabulaire à l’époque, ses vastes recherches ont accompli ce que la terminologie n’a fait que rattraper plus récemment. Les travaux du professeur Ogot sur l’histoire des Luo du Sud, l’accent qu’il a mis sur les possibilités offertes par les traditions orales comme sources de l’histoire, ainsi que ses réflexions sur l’expérience du nationalisme et de la formation de l’État, ont donné naissance à une historiographie africaine qui demeure influente dans les universités du monde entier. Ses nombreuses publications, trop vastes pour être toutes citées ici, continuent de façonner la recherche et l’enseignement de l’histoire contemporaine à l’échelle mondiale. Au-delà de ses travaux érudits, il a soutenu les luttes nationalistes kenyanes, a servi avec distinction en tant qu’administrateur universitaire, et a contribué en tant qu’intellectuel public et défenseur du patrimoine culturel africain. Le professeur Ogot a également encadré des générations d’historiens et de dirigeants au sein d’institutions universitaires qui ont jeté les bases intellectuelles de l’essor des études historiques professionnelles au Kenya, en Afrique de l’Est et à travers le continent africain.
Le professeur Ogot était le fondateur et président de la Historical Association of Kenya (HAK) – une plateforme qui réunissait les historiens du Kenya et de la région. La HAK a dirigé des initiatives éditoriales et a publié, pendant une certaine période, la Kenya Historical Review (Revue Historique du Kenya), où ont paru des travaux révolutionnaires sur l’histoire de l’Afrique. Au moment de sa retraite en tant que directeur de la HAK, l’empreinte qu’il avait laissée sur la reconstruction de l’histoire kenyane était devenue indélébile. Il a notamment été président du conseil d’administration de l’East African Publishing House (Maison d’édition d’Afrique de l’Est) et premier secrétaire général de la Jomo Kenyatta Foundation. Au-delà du Kenya, l’héritage d’Ogot était inextricablement lié à son rôle central dans le projet de l’Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO. Cet ambitieux programme d’édition visait à reconstruire le passé de l’Afrique, de l’Antiquité à l’ère postcoloniale, une tâche monumentale entreprise à une époque où l’écriture de l’histoire était dominée par les africanistes. Aux côtés d’historiens de renom tels que Joseph Ki-Zerbo, Adu A. Boahen, Jacob Ade Ajayi, D. T. Niane, M. El Fasi, Ivan Hrbek, Gamal Mokhtar et Ali Mazrui, pour ne citer qu’eux, Ogot a contesté les récits eurocentrés dominants qui niaient l’histoire de l’Afrique ou positionnaient l’histoire africaine comme dépendante de marqueurs temporels dérivés de l’histoire européenne.
En reconnaissance de l’héritage du Prof. B. A. Ogot, le CODESRIA, en collaboration avec le Département d’histoire, d’archéologie et d’études politiques de l’Université Kenyatta, organisera un colloque international qui réunira des historiens, des spécialistes des sciences sociales et des décideurs politiques afin d’entamer le processus de commémoration et de canonisation de son œuvre.
Les participants qui viendront d’Afrique et d’ailleurs — comprendront des collègues, des amis, des membres de la famille, d’anciens étudiants ainsi que des acteurs politiques du comté de la ville de Kisumu et des organismes nationaux responsables de la préservation des cultures nationales. En résumé, nous prévoyons des engagements à la fois intellectuels et politiques au cours de cette réunion de trois jours, qui invitera également le corps professoral, les administrateurs et les étudiants de troisième cycle des universités.
L’objectif de cette rencontre est de mener une réflexion sur les contributions intellectuelles remarquables du professeur Ogot, et d‘apprécier leur pertinence par rapport aux débats contemporains sur l’histoire africaine, la production des connaissances et la possibilité d’utiliser son exemple comme une passerelle pour influencer les programmes scolaires d’enseignement de l’histoire. Ce colloque offre une opportunité majeure d’honorer l’un des plus grands historiens d’Afrique, tout en faisant progresser des conversations cruciales sur l’avenir de la recherche historique sur le continent. En rassemblant des chercheurs de diverses disciplines et régions, elle célèbrera un héritage extraordinaire et réaffirmera le rôle central des historiens africains dans la compréhension des expériences historiques, des traditions intellectuelles et des aspirations propres à l’Afrique.
Le professeur B. A. Ogot a enseigné à l’université Kenyatta (KU) de 1983 à 1991, avant de rejoindre l’université de Moi, puis l’université de Maseno, d’où il a pris sa retraite. Durant son passage à KU, un dynamisme intellectuel remarquable s’est développé autour du département d’histoire, dont la culture des séminaires attirait des chercheurs de toute la région et d’ailleurs. Il a inspiré de nombreux étudiants qui, par la suite, sont devenus des figures incontournables de la recherche historique de haut niveau. Un ouvrage collectif en son honneur a été publié en 1989 sous le titre A Modern History of Kenya (Histoire moderne du Kenya), dirigé par le regretté William Ochieng’ et composé d’une série d’essais rédigés principalement par ses anciens élèves. Ce livre comprenait également une riche bibliographie de ses travaux. KU était donc l’institution de choix par excellence pour s’associer à l’organisation de cette rencontre.
L’empreinte du professeur B. A. Ogot sur le CODESRIA s’est manifestée à travers plusieurs canaux interconnectés. Le plus important fut sans doute son rôle de président du Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, une fonction qu’il a acceptée à la suite du soutien inédit apporté à la communauté des historiens africains sous la direction d’Amadou-Mahtar Mbow (1921–2024), le premier Africain directeur général de l’UNESCO. Cette influence était indirecte : les historiens associés au projet de l’UNESCO ont également marqué de leur empreinte l’agenda du CODESRIA. Outre Amadou-Mahtar Mbow, qui est demeuré un pilier solide pour le CODESRIA et est intervenu lors de la 13e Assemblée générale triennale du CODESRIA à Rabat, au Maroc, en 2011, il y avait Joseph Ki-Zerbo, membre à vie du Conseil et auteur de nombreuses publications au sein du CODESRIA. Beaucoup d’historiens associés à ce projet ont aussi joué un rôle clé au sein de l’Association des historiens africains, dont le CODESRIA a soutenu la revue scientifique, Afrika Zamani, jusqu’en 2020, date à laquelle elle a été officiellement restituée à l’association. En sa qualité de président du Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique — une magnifique collection d’ouvrages qui représente le meilleur de la pensée historique africaine —, Ogot a présidé à la publication de volumes édités par des contributeurs, et rassemblant ces derniers, qui ont affirmé l’existence d’une communauté scientifique dynamique en Afrique. Le projet de l’UNESCO, qui a initialement publié huit volumes et en a récemment lancé trois autres, s’est imposé comme l’initiative la plus ambitieuse de ce genre jamais entreprise, surpassant les huit volumes de The Cambridge History of Africa.
Bien que le professeur Ogot n’ai jamais occupé une fonction au sein du CODESRIA, ce n’était pas faute d’avoir essayé. Son rôle s’inscrivait dans le cadre du SOS Histoire de l’Afrique en 2008. Le professeur Ogot avait accepté une invitation à être le conférencier d’honneur lors de la conférence inaugurale du CODESRIA sur le SOS Histoire de l’Afrique, initialement prévue à Nairobi. Il n’a cependant pas pu s’y rendre une fois que la réunion a été déplacée à Kampala en octobre 2008.
En hommage à cette histoire et à l’héritage durable du professeur B. A. Ogot, ce colloque conjoint entre le CODESRIA et l’Université Kenyatta (KU) visera à atteindre les objectifs spécifiques clés suivants :
- Examiner et établir une appréciation prospective des contributions de B. A. Ogot à l’historiographie africaine.
- Situer cette appréciation de l’œuvre de B. A. Ogot dans l’influence qu’il a exercée sur le développement institutionnel de l’histoire en Afrique.
- Identifier les leçons et tracer les voies par lesquelles son influence peut être canalisée pour repenser l’étude de l’histoire africaine, en l’utilisant pour le mentorat et pour tracer l’avenir de la prochaine génération d’historiens.
- Identifier et présenter les orientations de la recherche contemporaine inspirées par l’œuvre du professeur Ogot.
Pris dans leur ensemble, ces objectifs visent à célébrer et à perpétuer l’héritage du professeur B. A. Ogot en veillant à ce que ses travaux continuent d’orienter la manière dont l’histoire africaine est étudiée et enseignée.